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mardi 18 juin 2013
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SYRIE: Pas d'endroit où aller
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Jodi Hilton/IRIN
Des enfants installés dans un camp de fortune accueillant les déplacés du nord de la Syrie qui attendent d'entrer en Turquie
DAMAS, 31 décembre 2012 (IRIN) - Dans un quartier huppé de la capitale, 238 familles syriennes ont trouvé refuge dans une école. Les salles de classe ont été transformées en dortoirs avec des draps suspendus à des cordes à linge improvisées.
Par comparaison avec les autres refuges établis à travers le pays, cet édifice de Damas est qualifié de « cinq étoiles ». Des Syriens déplacés par le conflit qui secoue le pays depuis près de deux ans se sont installés dans ces bâtiments en béton inachevés, sans électricité et sans eau courante ; la neige et la pluie entrent par les fenêtres sans vitre.
Mais bien qu'ils bénéficient des meilleures conditions possibles à Damas, les déplacés installés dans cette école disent qu'ils « vivent les uns sur les autres ».
Un homme originaire de Daraya, une ville du Damas rural (le gouvernorat qui englobe la capitale) bombardée à de multiples reprises au cours de ces dernières semaines, s'est récemment présenté à l'école, à la recherche d'un abri pour lui et sa famille, mais le responsable du refuge, Firaz Tarbouch, n'a pas réussi à lui trouver de place.
Alors que le conflit syrien se prolonge, les refuges se remplissent, les systèmes de soutien s'effondrent, les économies s'amenuisent et la violence s'installe dans un nombre croissant de communautés. Les centaines de milliers de personnes qui fuient les violences et qui, pour certaines, se déplacent à travers le pays à la recherche d'un abri sûr - souvent en vain - ont de plus en plus de difficultés à trouver un hébergement.
Selon un déplacé, « il n'y a plus d'endroit sûr en Syrie aujourd'hui ».
Radhouane Nouicer, coordinateur humanitaire régional à Damas, partage cet avis. Récemment, il a dit à des journalistes : « Il n'y a presque plus de lieux sûrs ».
Un nombre croissant de villes « se vident »
« Les villes et villages des gouvernorats de Lattaquié, d'Idlib, de Hama et de Deraa se sont vidés de leurs habitants », indique le
dernier rapport
de la Commission internationale indépendante d'enquête sur la Syrie. « Des quartiers entiers du sud et de l'est de Damas, de Deir al-Zour et d'Alep ont été détruits. Le centre-ville de Homs a été dévasté ».
Depuis plusieurs mois, la région du Damas rural est le théâtre d'affrontements. Autrefois, les habitants d'une ville touchée par le conflit pouvaient trouver refuge dans une ville voisine, mais au cours de ces dernières semaines, ils ont eu davantage de difficultés à trouver un hébergement, car les communautés sont consumées par la violence, selon des travailleurs humanitaires.
« Aujourd'hui, toute la région du Damas rural est affectée », a dit Sliman Jawabra, qui distribue l'aide fournie par le Service jésuite aux réfugiés (JRS) dans les villes de la région touchées par le conflit.
« Nous connaissons des familles qui ont été déplacées jusqu'à six fois », a dit Alexandre Equey, chef adjoint de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en Syrie, qui distribue des colis alimentaires spécifiques aux personnes déplacées à de multiples reprises afin de mieux répondre à leurs besoins. Les colis comprennent du hummus (pois chiche) en conserve et d'autres produits alimentaires prêts à être consommer sans gaz, sans huile et sans électricité, alors que les familles cherchent des abris plus permanents, équipés d'accessoires permettant de cuisiner. « Le conflit est tellement fluide. Il se déplace rapidement, donc les besoins humanitaires augmentent sensiblement », a dit à IRIN M. Equey.
Le 16 décembre, un bombardement a frappé le camp densément peuplé de Yarmouk, à Damas, où vivent des Palestiniens réfugiés ainsi que des déplacés syriens : des milliers de personnes ont pris la fuite en même temps - en direction de la capitale et des camps de réfugiés palestiniens installés au Liban (qui sont déjà surpeuplés).
Les limites de la solidarité
Le nombre de déplacés internes syriens varient selon les organisations : il s'élève à deux millions selon les Nations Unies, à 2,5 millions selon le Croissant-Rouge arabe syrien (CRAS) et à 3,2 millions selon le Premier ministre syrien. Les responsables de certains gouvernorats indiquent cependant que les chiffres pourraient être plus élevés.
Certains déplacés se sont installés chez des parents, d'autres louent de petits appartements (plusieurs familles pouvant partager une seule pièce). Des déplacés sont également accueillis dans les 460 bâtiments publics, les 2 000 écoles gouvernementales et autres établissements gérés par l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA).
« Je ne sais pas combien de temps je pourrai tenir financièrement. Nous continuerons jusqu'à ce que nous n'ayons plus d'argent. Si demain, nous n'avons plus rien, je dirais : "Nous n'avons rien. Nous mourrons avec vous" »
Mais alors que la crise du déplacement s'aggrave, les réseaux informels qui permettaient aux populations de survivre commencent à s'effondrer. Les familles qui accueillaient des parents déplacés ne peuvent plus supporter ce fardeau.
« Les personnes qui venaient en aide aux autres ont aujourd'hui besoin d'aide », a dit M. Jawabra du JRS.
Lorsque Marwa Alu, 15 ans, et ses parents ont fui le camp de Yarmouk il y a quelques mois, ils se sont installés chez son grand-père, à Damas. Mais d'autres membres de la famille sont à leur tour venus trouver refuge dans la maison et il a fallu prendre une décision. Pendant un mois et demi, Marwa et sa famille de onze personnes ont dormi à l'extérieur, dans un parc, avant de trouver un nouvel hébergement.
Les nombreux entrepreneurs qui avaient l'habitude de verser des dons ont quitté le pays. Les propriétaires d'appartement et d'hôtel qui prêtaient leurs chambres vacantes aux personnes déplacées sont désormais obligés de leur demander de payer un loyer.
C'est le cas de déplacés syriens, pour la plupart originaires de la ville assiégée de Homs, qui occupent 35 des 50 chambres d'un hôtel délabré du centre-ville de Damas. Le propriétaire de l'hôtel qui les héberge depuis plusieurs mois leur demande aujourd'hui de payer les chambres. Alors que l'économie syrienne s'effondre, il a lui aussi besoin de gagner sa vie.
Depuis sept mois, la famille d'Um Hassan quitte rarement les couloirs de cet hôtel.
Elle a trois enfants, dont une fille handicapée. Celle-ci dort sur le sol, car il n'y a plus de place dans la petite chambre d'hôtel, et elle ne prend pas ses médicaments, car sa mère n'a pas l'argent nécessaire pour les acheter. La famille survit grâce aux dons réalisés par des organisations caritatives locales en juillet et en août, pendant le Ramadan. La mère de famille s'est montrée prudente et les a rationnés.
« Nous sommes des mendiants », a dit Um Hassan.
Chaque jour, elle lutte pour sa survie et elle se demande comme elle paiera son loyer à la fin du mois, et où elle s'installera avec ses enfants, si elle n'a pas suffisamment d'argent.
« Je ne sais pas quoi faire », dit-elle, des larmes coulant le long de ses joues. Elle n'est pas la seule personne perdue.
Des choix difficiles
Les personnes affectées par les violences qui secouent le Damas rural sont confrontées à des choix difficiles : certaines repartent vers la ville, où elles pensent retrouver la sécurité, mais elles peinent à survivre, car les loyers sont élevés et le nombre de places limité. D'autres sont reparties vers leur région d'origine, car ces zones sont plus sûres que les lieux qu'elles ont fuis et les loyers y sont moins élevés.
Selon l'UNRWA
, les 2 000 réfugiés palestiniens qui ont fui le camp de Yarmouk après l'attaque de ce mois-ci sont partis à Homs - l'une des villes les plus affectées par le conflit.
Alors que les Syriens trouvent de moins en moins de solutions, des villes comme Homs ou Hama, où il semblait auparavant inconcevable de s'installer, apparaissent aujourd'hui comme des refuges possibles.
Photo:
Heba Aly/IRIN
Des déplacés syriens installés dans la périphérie de Damas s'entassent dans un mini-van de location afin d'aller récupérer l'aide humanitaire
Khadija a fui la banlieue de Hama, pieds nus, alors que les combats se rapprochaient de son domicile. Accompagnée de son mari et de leurs trois enfants, elle s'est tout d'abord installée chez des proches, dans le gouvernorat voisin d'Idlib, mais le conflit a rapidement gagné la région. La famille a ensuite rejoint la capitale, mais elle avait des difficultés à payer le loyer de l'appartement qu'elle occupait dans la banlieue pauvre de Jaramana. Depuis le début du mois de décembre, les bombes frappent régulièrement Jaramana, et son mari, un travailleur manuel, a des difficultés à trouver un emploi.
Khadija n'a pas suffisamment d'argent pour acheter des couches, donc elle ne change son bébé que deux fois par jour. Sa famille n'a pas mangé de viande depuis six mois, et sans couverture, « nous nous tenons chaud ». Dans son sac, elle a rangé une vieille robe trouvée dans la rue.
« Je ne sais pas comment nous allons faire pour payer le loyer ce mois-ci », a-t-elle dit à IRIN. « Nous allons peut-être repartir à Hama. Que pouvons-nous faire ? Que pouvons-nous faire ? C'est la crise partout maintenant ».
Manque d'aide
Dans ce contexte, un nombre croissant de personnes se tournent vers les agences d'aide humanitaire. Chaque mois, les Nations Unies et le CRAS distribuent de la nourriture à 1,5 million de personnes ; ils fournissent également des couvertures, des équipements de cuisine, des kits d'hygiène et d'autres produits à des centaines de milliers de personnes. Mais l'hiver est arrivé et les déplacés ont besoin de vêtements chauds, de radiateurs et de fuel de chauffage, entre autres choses. Les agences d'aide humanitaire reconnaissent qu'elles n'ont pas les moyens de venir en aide à tous les déplacés : il n'y a tout simplement pas suffisamment d'aide.
Bon nombre de refuges où les déplacés se sont installés ne sont pas équipés pour les protéger du froid et ne disposent pas d'installations sanitaires adaptées.
Le ministre de l'Administration locale a identifié 520 centres d'hébergement collectif qui nécessitent des réparations. Les agences des Nations Unies et les organisations non gouvernementales (ONG) ont pour objectif de réparer 40 pour cent de ces bâtiments d'ici à la fin de l'année.
« Il faut des solutions d'hébergement à plus long terme », a indiqué le dernier
bulletin
publié par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).
Le 19 décembre, les Nations Unies ont réévalué leur appel de fonds, qui s'élève désormais à 520 millions de dollars pour les
six premiers mois de l'année 2013
. Les appels lancés en 2012 n'ont pas reçu les fonds escomptés.
En octobre, le JRS, qui distribue des colis alimentaires à 900 familles, a reçu 200 nouvelles familles dans son petit bureau du quartier de Dwelaa à Damas, dont 80 familles en l'espace d'une seule journée, ce qui a mis à mal les ressources de cette petite organisation.
« Je n'ai pas pu leur dire non », a dit le père Nawras Sammour, directeur régional du JRS. « Mais je ne sais pas combien de temps je pourrai tenir financièrement. Nous continuerons jusqu'à ce que nous n'ayons plus d'argent. Si demain, nous n'avons plus rien, je dirais : "Nous n'avons rien. Nous mourrons avec vous" ».
ha/cb-mg/amz
Theme (s)
:
Economie
,
Paix et sécurité
,
Réfugiés et déplacés
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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MONDE: IRIN Service français - Bulletin hebdomadaire humanitaire 675 14 juin 2013
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Jodi Hilton/IRIN
Des enfants installés dans un camp de fortune accueillant les déplacés du nord de la Syrie qui attendent d'entrer en Turquie
DAMAS, 31 décembre 2012 (IRIN) - Dans un quartier huppé de la capitale, 238 familles syriennes ont trouvé refuge dans une école. Les salles de classe ont été transformées en dortoirs avec des draps suspendus à des cordes à linge improvisées.
Par comparaison avec les autres refuges établis à travers le pays, cet édifice de Damas est qualifié de « cinq étoiles ». Des Syriens déplacés par le conflit qui secoue le pays depuis près de deux ans se sont installés dans ces bâtiments en béton inachevés, sans électricité et sans eau courante ; la neige et la pluie entrent par les fenêtres sans vitre.
Mais bien qu'ils bénéficient des meilleures conditions possibles à Damas, les déplacés installés dans cette école disent qu'ils « vivent les uns sur les autres ».
Un homme originaire de Daraya, une ville du Damas rural (le gouvernorat qui englobe la capitale) bombardée à de multiples reprises au cours de ces dernières semaines, s'est récemment présenté à l'école, à la recherche d'un abri pour lui et sa famille, mais le responsable du refuge, Firaz Tarbouch, n'a pas réussi à lui trouver de place.
Alors que le conflit syrien se prolonge, les refuges se remplissent, les systèmes de soutien s'effondrent, les économies s'amenuisent et la violence s'installe dans un nombre croissant de communautés. Les centaines de milliers de personnes qui fuient les violences et qui, pour certaines, se déplacent à travers le pays à la recherche d'un abri sûr - souvent en vain - ont de plus en plus de difficultés à trouver un hébergement.
Selon un déplacé, « il n'y a plus d'endroit sûr en Syrie aujourd'hui ».
Radhouane Nouicer, coordinateur humanitaire régional à Damas, partage cet avis. Récemment, il a dit à des journalistes : « Il n'y a presque plus de lieux sûrs ».
Un nombre croissant de villes « se vident »
« Les villes et villages des gouvernorats de Lattaquié, d'Idlib, de Hama et de Deraa se sont vidés de leurs habitants », indique le
dernier rapport
de la Commission internationale indépendante d'enquête sur la Syrie. « Des quartiers entiers du sud et de l'est de Damas, de Deir al-Zour et d'Alep ont été détruits. Le centre-ville de Homs a été dévasté ».
Depuis plusieurs mois, la région du Damas rural est le théâtre d'affrontements. Autrefois, les habitants d'une ville touchée par le conflit pouvaient trouver refuge dans une ville voisine, mais au cours de ces dernières semaines, ils ont eu davantage de difficultés à trouver un hébergement, car les communautés sont consumées par la violence, selon des travailleurs humanitaires.
« Aujourd'hui, toute la région du Damas rural est affectée », a dit Sliman Jawabra, qui distribue l'aide fournie par le Service jésuite aux réfugiés (JRS) dans les villes de la région touchées par le conflit.
« Nous connaissons des familles qui ont été déplacées jusqu'à six fois », a dit Alexandre Equey, chef adjoint de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en Syrie, qui distribue des colis alimentaires spécifiques aux personnes déplacées à de multiples reprises afin de mieux répondre à leurs besoins. Les colis comprennent du hummus (pois chiche) en conserve et d'autres produits alimentaires prêts à être consommer sans gaz, sans huile et sans électricité, alors que les familles cherchent des abris plus permanents, équipés d'accessoires permettant de cuisiner. « Le conflit est tellement fluide. Il se déplace rapidement, donc les besoins humanitaires augmentent sensiblement », a dit à IRIN M. Equey.
Le 16 décembre, un bombardement a frappé le camp densément peuplé de Yarmouk, à Damas, où vivent des Palestiniens réfugiés ainsi que des déplacés syriens : des milliers de personnes ont pris la fuite en même temps - en direction de la capitale et des camps de réfugiés palestiniens installés au Liban (qui sont déjà surpeuplés).
Les limites de la solidarité
Le nombre de déplacés internes syriens varient selon les organisations : il s'élève à deux millions selon les Nations Unies, à 2,5 millions selon le Croissant-Rouge arabe syrien (CRAS) et à 3,2 millions selon le Premier ministre syrien. Les responsables de certains gouvernorats indiquent cependant que les chiffres pourraient être plus élevés.
Certains déplacés se sont installés chez des parents, d'autres louent de petits appartements (plusieurs familles pouvant partager une seule pièce). Des déplacés sont également accueillis dans les 460 bâtiments publics, les 2 000 écoles gouvernementales et autres établissements gérés par l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA).
« Je ne sais pas combien de temps je pourrai tenir financièrement. Nous continuerons jusqu'à ce que nous n'ayons plus d'argent. Si demain, nous n'avons plus rien, je dirais : "Nous n'avons rien. Nous mourrons avec vous" »
Mais alors que la crise du déplacement s'aggrave, les réseaux informels qui permettaient aux populations de survivre commencent à s'effondrer. Les familles qui accueillaient des parents déplacés ne peuvent plus supporter ce fardeau.
« Les personnes qui venaient en aide aux autres ont aujourd'hui besoin d'aide », a dit M. Jawabra du JRS.
Lorsque Marwa Alu, 15 ans, et ses parents ont fui le camp de Yarmouk il y a quelques mois, ils se sont installés chez son grand-père, à Damas. Mais d'autres membres de la famille sont à leur tour venus trouver refuge dans la maison et il a fallu prendre une décision. Pendant un mois et demi, Marwa et sa famille de onze personnes ont dormi à l'extérieur, dans un parc, avant de trouver un nouvel hébergement.
Les nombreux entrepreneurs qui avaient l'habitude de verser des dons ont quitté le pays. Les propriétaires d'appartement et d'hôtel qui prêtaient leurs chambres vacantes aux personnes déplacées sont désormais obligés de leur demander de payer un loyer.
C'est le cas de déplacés syriens, pour la plupart originaires de la ville assiégée de Homs, qui occupent 35 des 50 chambres d'un hôtel délabré du centre-ville de Damas. Le propriétaire de l'hôtel qui les héberge depuis plusieurs mois leur demande aujourd'hui de payer les chambres. Alors que l'économie syrienne s'effondre, il a lui aussi besoin de gagner sa vie.
Depuis sept mois, la famille d'Um Hassan quitte rarement les couloirs de cet hôtel.
Elle a trois enfants, dont une fille handicapée. Celle-ci dort sur le sol, car il n'y a plus de place dans la petite chambre d'hôtel, et elle ne prend pas ses médicaments, car sa mère n'a pas l'argent nécessaire pour les acheter. La famille survit grâce aux dons réalisés par des organisations caritatives locales en juillet et en août, pendant le Ramadan. La mère de famille s'est montrée prudente et les a rationnés.
« Nous sommes des mendiants », a dit Um Hassan.
Chaque jour, elle lutte pour sa survie et elle se demande comme elle paiera son loyer à la fin du mois, et où elle s'installera avec ses enfants, si elle n'a pas suffisamment d'argent.
« Je ne sais pas quoi faire », dit-elle, des larmes coulant le long de ses joues. Elle n'est pas la seule personne perdue.
Des choix difficiles
Les personnes affectées par les violences qui secouent le Damas rural sont confrontées à des choix difficiles : certaines repartent vers la ville, où elles pensent retrouver la sécurité, mais elles peinent à survivre, car les loyers sont élevés et le nombre de places limité. D'autres sont reparties vers leur région d'origine, car ces zones sont plus sûres que les lieux qu'elles ont fuis et les loyers y sont moins élevés.
Selon l'UNRWA
, les 2 000 réfugiés palestiniens qui ont fui le camp de Yarmouk après l'attaque de ce mois-ci sont partis à Homs - l'une des villes les plus affectées par le conflit.
Alors que les Syriens trouvent de moins en moins de solutions, des villes comme Homs ou Hama, où il semblait auparavant inconcevable de s'installer, apparaissent aujourd'hui comme des refuges possibles.
Photo:
Heba Aly/IRIN
Des déplacés syriens installés dans la périphérie de Damas s'entassent dans un mini-van de location afin d'aller récupérer l'aide humanitaire
Khadija a fui la banlieue de Hama, pieds nus, alors que les combats se rapprochaient de son domicile. Accompagnée de son mari et de leurs trois enfants, elle s'est tout d'abord installée chez des proches, dans le gouvernorat voisin d'Idlib, mais le conflit a rapidement gagné la région. La famille a ensuite rejoint la capitale, mais elle avait des difficultés à payer le loyer de l'appartement qu'elle occupait dans la banlieue pauvre de Jaramana. Depuis le début du mois de décembre, les bombes frappent régulièrement Jaramana, et son mari, un travailleur manuel, a des difficultés à trouver un emploi.
Khadija n'a pas suffisamment d'argent pour acheter des couches, donc elle ne change son bébé que deux fois par jour. Sa famille n'a pas mangé de viande depuis six mois, et sans couverture, « nous nous tenons chaud ». Dans son sac, elle a rangé une vieille robe trouvée dans la rue.
« Je ne sais pas comment nous allons faire pour payer le loyer ce mois-ci », a-t-elle dit à IRIN. « Nous allons peut-être repartir à Hama. Que pouvons-nous faire ? Que pouvons-nous faire ? C'est la crise partout maintenant ».
Manque d'aide
Dans ce contexte, un nombre croissant de personnes se tournent vers les agences d'aide humanitaire. Chaque mois, les Nations Unies et le CRAS distribuent de la nourriture à 1,5 million de personnes ; ils fournissent également des couvertures, des équipements de cuisine, des kits d'hygiène et d'autres produits à des centaines de milliers de personnes. Mais l'hiver est arrivé et les déplacés ont besoin de vêtements chauds, de radiateurs et de fuel de chauffage, entre autres choses. Les agences d'aide humanitaire reconnaissent qu'elles n'ont pas les moyens de venir en aide à tous les déplacés : il n'y a tout simplement pas suffisamment d'aide.
Bon nombre de refuges où les déplacés se sont installés ne sont pas équipés pour les protéger du froid et ne disposent pas d'installations sanitaires adaptées.
Le ministre de l'Administration locale a identifié 520 centres d'hébergement collectif qui nécessitent des réparations. Les agences des Nations Unies et les organisations non gouvernementales (ONG) ont pour objectif de réparer 40 pour cent de ces bâtiments d'ici à la fin de l'année.
« Il faut des solutions d'hébergement à plus long terme », a indiqué le dernier
bulletin
publié par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).
Le 19 décembre, les Nations Unies ont réévalué leur appel de fonds, qui s'élève désormais à 520 millions de dollars pour les
six premiers mois de l'année 2013
. Les appels lancés en 2012 n'ont pas reçu les fonds escomptés.
En octobre, le JRS, qui distribue des colis alimentaires à 900 familles, a reçu 200 nouvelles familles dans son petit bureau du quartier de Dwelaa à Damas, dont 80 familles en l'espace d'une seule journée, ce qui a mis à mal les ressources de cette petite organisation.
« Je n'ai pas pu leur dire non », a dit le père Nawras Sammour, directeur régional du JRS. « Mais je ne sais pas combien de temps je pourrai tenir financièrement. Nous continuerons jusqu'à ce que nous n'ayons plus d'argent. Si demain, nous n'avons plus rien, je dirais : "Nous n'avons rien. Nous mourrons avec vous" ».
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