Kenyi Chaplain Paul – Agent de sécurité au Soudan du Sud

Kenyi Chaplain Paul, 43 ans, est agent de sécurité et laveur de voitures occasionnel à Djouba, la capitale du plus jeune État au monde, le Soudan du Sud. Sa femme, leurs 10 enfants et son neveu vivent à environ 100 km de là, dans la ville de Kajo Keji, près de la frontière avec l’Ouganda.

Nom : Kenyi Chaplain Paul

Âge : 43 ans

Lieu : Djouba même si ma famille vit à Kajo Keji, près de la frontière avec l’Ouganda.

Est-ce que votre épouse vit avec vous ? Non.

Quelle est votre activité principale ? Agent de sécurité pendant la journée.

Quel est votre salaire mensuel ? 133 dollars [selon le taux de change non officiel].

Quel est le montant total de vos revenus – y compris le salaire de votre épouse, ainsi que toute autre source de revenus supplémentaire ? Environ 155 dollars, ainsi qu’un supplément de revenu gagné en lavant des voitures.

Combien de personnes vivent chez vous – quels sont vos liens de parenté ? 12 personnes à Kajo Keji : 10 enfants âgés de 19 mois à 18 ans, un neveu qui a été chassé par le nouveau mari de ma sœur, et ma femme. À Djouba, je vis avec mon beau-frère, des proches et quelques amis.

Combien de personnes dépendent de votre revenu ou du revenu de votre épouse – quels sont vos liens de parenté ? Les 13 membres de la famille.

Combien dépensez-vous par mois pour la nourriture ? 22 dollars.

Quel est votre aliment de base principal – combien cela vous coûte par mois ? Les haricots à 4,40 dollars, la farine de maïs à 1,10 dollar, le sel à 1,10 dollar et l’huile à 2,20 dollars.

Combien payez-vous pour le loyer ? Mon oncle possède une parcelle de terre à Djouba où je n’ai pas à payer de loyer. À Kajo Keji, la terre appartient à ma famille, donc il n’y a pas de loyer à payer non plus.

Combien dépensez-vous pour le transport ? Je ne dépense rien en transports, je me contente de marcher. Mon travail est assez loin. Si je marche très vite, cela me prend une heure dix et, si je vais doucement, une heure et demie. Parfois, quand il est tard, je prends le bus jusqu’à chez moi après avoir marché 30 minutes : ça coûte 0,20 dollar.

Combien dépensez-vous par mois pour l’éducation de vos enfants ? 66,60 dollars, mais j’envoie 111 dollars en tout à ma famille.

Après avoir payé toutes vos factures du mois, combien vous reste-t-il ? Pour ma famille, il me reste environ 44 dollars pour acheter du savon, du sel, du sucre et peut-être du poisson pour la famille qui vit à Kajo Keji où ils cultivent du sorgho et des légumes comme moyens de subsistance. Je ne peux pas économiser d’argent avec mon travail, mais j’en économise avec les animaux que j’élève à domicile lorsque j’ai besoin d’argent. Tous les ans en décembre, je vends des porcelets, ce qui peut me rapporter environ 133 dollars. Parfois, j’arrive à vendre des chèvres ou des poulets, mais parfois ils meurent. Cet argent est utilisé pour la période de Noël et pour acheter des vêtements aux enfants.

Avez-vous, vous ou un autre membre de votre famille, été obligé de sauter des repas ou de réduire les portions de nourriture au cours des trois derniers mois ? Non.

Avez-vous été obligé d’emprunter de l’argent (ou de la nourriture) au cours des trois derniers mois pour subvenir aux besoins essentiels de votre famille ? Oui. Ma femme était malade et j’ai dû emprunter de l’argent pour ses médicaments et aussi pour acheter de la nourriture, car la récolte n’avait pas été bonne cette année-là.

« Ma situation financière n’est pas bonne du tout, quand vous êtes obligé d’emprunter de l’argent, il y a toujours un fossé et, même si vous gagnez des sous, il sera difficile de [combler] l’écart.

« Le plus grand problème concerne deux de mes filles qui vont bientôt terminer l’école primaire. Si elles font une bonne année, elles commenceront le collège l’année suivante et j’aurai du mal à payer les frais scolaires à cause de mon faible revenu.

« Je lave aussi des voitures maintenant, sans ça, je serais obligé de démissionner pour aller travailler dans le bâtiment ou je devrais rentrer au village pour élever du bétail, car je ne serais pas en mesure d’envoyer assez d’argent.

« J’[espère] que je pourrai intégrer l’équipe de nuit, comme ça, je pourrais par exemple me reposer une heure ou deux puis, pendant la journée, trouver un autre travail. Je sais bien réparer les chaussures et je pourrais trouver un endroit où il y a beaucoup de monde et proposer mes services. Ou peut-être que je pourrais obtenir un prêt pour ma femme, afin qu’elle puisse s’occuper d’un petit commerce et vendre des produits dans un magasin par exemple.

« La meilleure nouvelle concerne la reprise de la production de pétrole*. En fait, nous n’en bénéficions pas directement, mais cela va stabiliser la situation. [Les prix] sur le marché ont augmenté d’un coup [après l’arrêt de la production de brut] et il était difficile d’acheter. Il y aura plus d’emplois dans les entreprises privées. Avant, les gens avaient peur que la guerre n’éclate encore et ils ne venaient pas ici. Aujourd’hui, peut-être que des gens viendront investir.

« Le pire est l’accaparement des terres. Si vous possédez une parcelle et que vous ne l’avez pas encore exploitée, quelqu’un peut venir vous la prendre, juste comme ça. Cela arrive souvent à Djouba, mais cela m’est aussi arrivé à Kajo Keji. La terre appartenait à mon grand-père et, à sa mort, un voisin qui habitait à côté a récupéré un bout de la parcelle, puis un autre voisin de l’autre côté s’est aussi approprié un bout ; les gens ont continué de grignoter des bouts de terrain et maintenant, je me retrouve avec presque rien.

« Je pense que la situation s’améliorera [d’ici un an]. Si les choses redeviennent normales, si la paix s’installe et que les affaires marchent, je pense que dans un an, les choses iront bien ».

*Le Soudan du Sud a arrêté sa production de brut en janvier à cause d’un conflit avec le Soudan. Au moment où M. Paul témoignait pour IRIN, une annonce avait été faite en novembre, disant que la production allait reprendre. Mais le 20 novembre, une nouvelle annonce a expliqué que la reprise était retardée par un nouveau désaccord avec le Soudan.

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