Recul du nombre de victimes de mines antipersonnel

Malgré une rechute exceptionnelle, le monde progresse petit à petit vers l’éradication des mines antipersonnel. Il y a dix ans, cette arme faisait au moins 32 victimes par jour. Selon le rapport 2012 de l’Observatoire des mines et armes à sous-munitions (Landmine and Cluster Munitions Monitor, LCMM), publié le 29 novembre, le nombre de victimes n’était plus que de 12 par jour en 2011.

Le rapport a été publié en prévision de la 12e réunion des pays signataires de la Convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines, qui commence le 3 décembre à Genève.

Le rapport a annoncé que les mines et les restes explosifs de guerre avaient fait 4 286 victimes dans le monde en 2011. Cette même année, trois États non-signataires de la Convention d’Ottawa ont utilisé des mines antipersonnel, à savoir Israël, la Libye et le Myanmar. Toujours en 2011, cette arme a été utilisée par des groupes armés et des milices dans six pays — l’Afghanistan, la Colombie, le Myanmar, le Pakistan, la Thaïlande et le Yémen — ce qui représente une augmentation par rapport à l’année précédente. Les groupes armés de seulement quatre pays avaient alors eu recours aux mines antipersonnel.

Jusqu’à maintenant, le seul État à avoir utilisé des mines antipersonnel en 2012 serait la Syrie, qui n’a pas non plus adhéré à la Convention d’Ottawa.

Moins de mines produites en usine

« Il est bien sûr inquiétant que des groupes armés non étatiques continuent d’avoir recours à cette arme ainsi qu’à des engins explosifs improvisés activés par les victimes, qui fonctionnent de la même manière », a dit à IRIN Mark Hiznay, chercheur principal à la Division armes de Human Rights Watch.

« Ce dernier point est subtil, mais important. Nous observons que les mines en circulation sont de moins en moins produites en usines et de plus en plus improvisées ou artisanales », a-t-il ajouté.

« Nous observons que les mines en circulation sont de moins en moins produites en usines et de plus en plus improvisées ou artisanales »

« Il semble que seulement quatre pays — l’Inde, le Myanmar, le Pakistan et la Corée du Sud — aient une production active de mines antipersonnel », a dit le LCMM dans une déclaration, même si aucune exportation de ces armes n’a été enregistrée ces dernières années.

Huit pays — la Chine, Cuba, l’Iran, la Corée du Nord, la Russie, Singapour, les États-Unis et le Vietnam — se réservent le droit de produire des mines antipersonnel.

« La meilleure façon de stigmatiser [l’utilisation des mines antipersonnel] est de persister à dénoncer et condamner ces actes », a dit M. Hiznay. « L’Inde, le Pakistan et la Corée du Sud ont tous trois adopté une forme de moratoire sur l’exportation des mines antipersonnel. L’aspect de la prolifération de la production est donc restreint. Il serait bon que le Myanmar commence à prendre des mesures en ce sens. »

Acteurs non étatiques

La Convention d’Ottawa exclut les groupes armés. Mais l’Appel de Genève, une organisation non gouvernementale (ONG) suisse qui incite les groupes armés à respecter le droit humanitaire durant les conflits, cherche à faire signer aux acteurs non étatiques des « actes d’engagement », par lesquels ils renoncent par exemple à abandonner l’utilisation des mines antipersonnel.

Depuis 2000, grâce aux efforts de l’Appel de Genève, 42 groupes armés se sont engagés à ne plus avoir recours aux mines antipersonnel. Katherine Kramer, directrice du programme mines terrestres et autres engins explosifs de l’ONG, a dit à IRIN qu’aucun groupe armé ayant passé un acte d’engagement ne semblait avoir à nouveau utilisé ce genre d’armes après la signature.

Selon Mme Kramer, les groupes armés considèrent les mines antipersonnel comme des armes économiques et efficaces, qui leur permettent de contrebalancer leur infériorité numérique. Cet argument peut être difficile à contrer. L’Appel de Genève avance donc plutôt des raisons humanitaires pour convaincre les groupes armés de signer l’acte d’engagement. Cette stratégie a généralement plus d’effet sur les groupes armés qui travaillent davantage avec les populations touchées lors des conflits.

Travailler avec les groupes armés implique une certaine instabilité. Certains peuvent se séparer, tandis que d’autres peuvent prendre le pouvoir de leur État, dans quel cas ils peuvent alors adhérer à la Convention d’Ottawa.

« Actuellement, 24 [groupes armés signataires d’un acte d’engagement] sont encore actifs — en Birmanie/Myanmar, en Inde, en Iran, aux Philippines, en Somalie, au Soudan, en Turquie et au Sahara occidental. Sept des signataires somaliens sont cependant en passe d’intégrer l’État fédéral de Somalie », a-t-elle dit.

Contamination et déminage

Selon le LCMM, « il a été confirmé qu’il existait des zones minées dans quelque 59 États et six autres régions. Une contamination présumée ou résiduelle par les mines aurait en outre été signalée dans treize autres États. »

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L’Observatoire a également remarqué que « la baisse soutenue du nombre de victimes se poursuivait dans certains des pays les plus contaminés par les mines, comme l’Afghanistan et le Cambodge, mais qu’elle était contrebalancée par une hausse dans des pays où des conflits étaient apparus ou s’était intensifiés, comme en Libye, au Pakistan, au Soudan, au Soudan du Sud et en Syrie. »

Environ 190 km2 de zones minées ont été nettoyés l’année dernière et plus de 325 000 mines antipersonnel et près de 30 000 mines antivéhicules ont été détruites. « Les plus grands déminages ont eu lieu en Afghanistan, au Cambodge, en Croatie et au Sri Lanka, où 80 pour cent du total des dépollutions ont été réalisés », a dit le LCMM dans son rapport.

« En 2011, 233 km2 d’anciennes zones de combat auraient par ailleurs été nettoyés et plus de 830 000 munitions non explosées ou abandonnées auraient été détruites dans ce processus. En outre, 55 km2 de zones contaminées par des armes à sous-munitions auraient également été dépollués, détruisant plus de 52 000 sous-munitions non explosées », précise le rapport.

Le budget des actions de lutte antimines s’élevait à environ 662 millions de dollars en 2011, soit le total annuel le plus élevé à ce jour. « Ce sont les États touchés par le problème des mines qui participent le plus à la croissance du soutien à cette lutte. Environ 30 pour cent des financements proviennent actuellement de ces États. La Croatie en est un bon exemple », a dit M. Hiznay.

Les « dirty thirty »

Selon le LCMM, l’aide aux victimes est en revanche en baisse. « Le soutien international direct pour les programmes d’aide aux victimes apporté dans le cadre des financements internationaux d’actions antimines a diminué de 13,6 millions de dollars, soit une baisse d’environ 30 pour cent par rapport à 2010. »

Par contre, les « dirty thirty », terme employé pour désigner les 36 États qui refusent d’adhérer à la Convention d’Ottawa, dont trois — la Chine, la Russie et les États-Unis — sont des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, perdent peu à peu du terrain. Les Îles Marshall et la Pologne ont récemment signé le traité, mais ne l’ont pas encore ratifié.

Le pouvoir du consensus mondial a cependant influencé les pays restés en dehors. Les États « non parties au traité ont pris des mesures intermédiaires conformes aux normes fixées par le traité, que ce soit par un examen des politiques, comme aux États-Unis, la prolongation d’un moratoire sur les exportations, comme en Israël, la destruction des stocks, comme au Vietnam et en Russie, ou la cessation apparente du recours à ces armes, comme au Myanmar », a dit M. Hiznay.

« Certains pays qui refusaient depuis longtemps d’adhérer [au traité] ont fini par le ratifier. C’est le cas de la Finlande et nous pouvons espérer que la Pologne suive son exemple avant la fin de l’année. Il est évident que la condamnation sociale dont font l’objet [les mines antipersonnel] n’a jamais été aussi forte », a-t-il ajouté.

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