Besoins humanitaires croissants à Goma

Lorsque les affrontements entre les rebelles du M23 et les milices Maï-Maï alliées au gouvernement ont éclaté à Sake, près de la frontière qui sépare la République démocratique du Congo (RDC) du Rwanda, 6 000 personnes ont fui dans une voie sans issue jusqu’au village de Nzulo, sur la rive du lac Kivu. Le jour suivant, ils se sont à nouveau retrouvés en zone de guerre. Les soldats du M23 sont arrivés et ont forcé les jeunes hommes à les aider à construire un camp au sommet d’une colline voisine.

La crise humanitaire s’accélère en raison des milliers de personnes qui fuient les combats, une reprise éventuelle des affrontements ou la possibilité d’être attaqués par les troupes gouvernementales furieuses qui battent chaque jour en retraite.

À Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, Tariq Riebl, coordinateur humanitaire d’Oxfam, qualifie les conditions de vie d’« effroyables ». Selon une évaluation d’Oxfam, les habitants manquent d’abris, de nourriture et d’eau : « Selon les informations qui circulent, le prix des denrées alimentaires de base a augmenté ces derniers jours et si l’on trouve encore de la nourriture sur les marchés, rares sont ceux qui ont les moyens de s’en procurer. »

Lorsque les rebelles ont pris le contrôle de Goma, le 20 novembre, l’accès à l’eau potable était la préoccupation majeure. De nombreuses personnes buvaient l’eau du lac, car l’électricité qui alimentait la pompe de la ville avait été coupée lors des affrontements. Des cas présumés de choléra sont traités et des organisations non gouvernementales (ONG), dont le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et Solidarités International, fournissent des unités de purification de l’eau. 

À la suite de négociations entamées avec les dirigeants régionaux sous l’égide de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs, le M23 a déclaré qu’il allait se retirer de Goma, de Sake et de Masisi, un territoire du Nord-Kivu.

Besoins croissants, moyens limités

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), des organisations humanitaires tentent de venir en aide à 140 000 personnes dans 12 camps pour personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) à Goma et aux alentours.

L’Union européenne (UE) a financé des équipements pour rétablir le réseau électrique de Goma, mais les organisations sont dans l’incapacité d’acheminer de l’aide et du personnel, car l’aéroport est fermé. Les banques restent elles aussi fermées. Les ONG et les organisations d’aide humanitaire sont limitées par l’insécurité et de nombreux programmes humanitaires sont suspendus.

Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui avait temporairement dû suspendre ses opérations lorsque les combats avaient éclaté à Goma, a repris ses distributions alimentaires et a fourni ces derniers jours des rations à 81 000 personnes. Le PAM a cependant annoncé être confronté à un déficit de financement de 23 millions de dollars pour ses opérations d’urgence des six prochains mois en RDC.

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Les derniers combats signalés auraient eu lieu le long de la frontière rwandaise et auraient opposé les troupes rwandaises et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe rebelle hutu rwandais. De nouveaux déplacements massifs de populations sont rapportés chaque jour. Or, la crise souffre d’un sous-financement chronique. Jusqu’à présent, seulement 56 pour cent des 791 millions de dollars de l’appel humanitaire lancé par les Nations Unies pour la RDC ont été récoltés.

Merlin, une ONG internationale dont le siège se trouve au Royaume-Uni, a installé son premier centre de santé d’urgence à Nzulo à peine plus de 24 heures après avoir eu connaissance du campement improvisé. « Les besoins sont si importants à l’heure actuelle », a dit à IRIN Arthur Sarazin, directeur de Merlin en RDC. L’ONG traite principalement des cas de diarrhée et de fièvre et a pris en charge deux cas présumés de choléra.

Alise Riziki, 23 ans, assise avec ses deux enfants sous un parapluie arc-en-ciel qui est son unique abri, a raconté son histoire à IRIN : « Lorsque les tirs ont commencé, j’ai quitté [Sake], parce que je ne voulais pas mourir. Nous avions peur, car ils disaient qu’ils allaient nous tuer ».

Mais le répit offert par Nzulo a été court. « Des colonnes de soldats du M23 sont entrées dans le village la nuit dernière. Ils ont dit [...] ‘si vous ne rentrez pas, vous serez tués’. Les soldats veulent que nous retournions à Sake ».

Un commandant du M23 appelé Jean Pierre a confirmé qu’il pensait que des éléments Maï-Maï se trouvaient parmi les PDIP. « Il n’est pas facile de savoir s’ils sont ici – mais ils y sont », a-t-il dit.

Deux jours après l’arrivée du M23, les Forces armées de la RDC (FARDC) se sont installées sur une autre colline voisine. Les habitants ont fui à nouveau, car on entendait encore des tirs, la nuit, sur les collines à l’ouest de Sake. Ils n’ont eu d’autre choix que de se rendre à Goma, occupée par les rebelles et déjà saturée par les PDIP.


Photo: Jessica Hatcher/IRIN
Des troupes gouvernementales au Nord-Kivu

Recrutements forcés et actes de barbarie

« Ils sont intimidants. Ils ont des armes. On ne peut pas répondre à ça », a dit Patrick Bahati, âgé de 15 ans. Il faisait partie des 60 000 PDIP réfugiés dans le camp de Kanyaruchinya, au nord de Goma, qui ont dû reprendre la fuite lorsqu’ils se sont à nouveau retrouvés en première ligne des combats.

Patrick a dit que son père avait été recruté de force par le M23 le 19 novembre au matin, la veille de l’entrée des rebelles dans Goma. « Ils sont venus en grand nombre. Ils sont entrés dans la maison, ont trouvé mon père et l’ont emmené de force », a-t-il dit à IRIN.

Sa mère n’était pas à la maison lorsque les rebelles sont arrivés. Près d’une semaine plus tard, il ne sait toujours pas ce qu’il est advenu d’elle. Son père n’est pas revenu non plus.

L’ONG Vision Mondiale a dit que ses partenaires avaient « vu ce matin des personnes armées donner des armes et des munitions à des civils, dont des enfants de 16 à 18 ans ».

Patrick est originaire de Rutshuru, au Nord-Kivu, où la plupart des combats des six derniers mois se sont déroulés. C’est la deuxième fois que lui et sa grand-mère, âgée de 81 ans, prennent la fuite.

Ils faisaient partie des 4 700 personnes qui ont afflué dans le camp de Mugunga III, à l’ouest de Goma, au cours du week-end. Le responsable de Mugunga III estime que le camp compte maintenant 9 000 habitants.

« Je veux juste retourner à l’école », a dit Patrick. « Les écoles sont fermées, mais même quand elles rouvriront, je ne pourrai pas y aller, car je dois trouver à manger ». Il a ajouté qu’il avait peur de marcher dans les rues de Goma, par crainte d’être recruté de force par les rebelles.

Des civils de Goma ont signalé que le M23 avait dévalisé la Banque centrale le 27 novembre. Des soldats des FARDC ont également été accusés d’avoir pillé des maisons et des entreprises et d’avoir violé des femmes en se retirant des zones qui sont maintenant sous le contrôle du M23.

« Les déplacements de personnes ne se sont pas stabilisés », a dit une source des Nations Unies à Goma qui a préféré garder l’anonymat. « Le problème, c’est que tout peut changer très rapidement [...] Des choses se passent partout. Pas seulement à Goma, mais également à Masisi, qui est difficile d’accès, et [il n’est pas facile] de se faire une idée du nombre de personnes en fuite ».

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