La population civile est en danger à Masisi

Les organisations humanitaires sont de plus en plus inquiètes pour la population civile à Masisi, un territoire à la végétation luxuriante de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), qui se retrouve cerné par les milices, au milieu d’un conflit qui s’intensifie.

Le M23, le plus jeune groupe rebelle de l’est du Congo, s’est formé dans le district de Masisi en avril, lorsque des membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) ont quitté les forces gouvernementales pour rassembler des troupes dans les collines. Depuis, le groupe s’est emparé de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu.

Masisi, ancien bastion du CNDP, est un couloir de transit pour tous types de marchandises, des minerais aux armes. Actuellement sous contrôle gouvernemental, c’est aussi le fief de l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS), un groupe armé désormais allié avec les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), l’armée nationale.

Au nord-ouest de la ville de Masisi, se trouve l’imprévisible milice des Raïa Mutomboki, un autre groupe Maï-Maï, ou rebelle, qui traque les citoyens rwandais et qui s’est allié au M23. Au nord-est, les Maï-Maï Cheka, connus pour décapiter leurs victimes, affronteraient le M23. Au sud, à Minova, se trouvent les FARDC, également coupables de violations des droits humains.

En résumé, la population de Masisi est en danger.

Des civils déplacés

« C’est une route terrible, il y a énormément d’insécurité, des tas de milices, des centaines de camps existants – c’est déjà une catastrophe », a déclaré Tariq Riebl, coordinateur humanitaire pour l’organisation non gouvernementale (ONG) Oxfam.

« C’est une route terrible, il y a énormément d’insécurité, des tas de milices, des centaines de camps existants – c’est déjà une catastrophe »

Cinq camps pour personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays de la localité de Mushaki, dans le district de Masisi, se sont vidés de leur population – dont au moins un à cause du pillage perpétré par les Raïa Mutomboki – provoquant le déplacement préventif de 50 000 personnes.

Beaucoup de ceux qui ont fui Masisi sont arrivés aux camps de Mugunga I et de Lac Vert, aux portes de Goma.

« L’insécurité entrave les efforts humanitaires, avec des combats incessants et des attaques qui empêchent les travailleurs humanitaires d’accéder à certaines zones sur de longues périodes de temps », a indiqué un communiqué de presse d’Oxfam du 26 novembre.

Un manque de protection

Le 14 novembre, le Service jésuite des réfugiés (Jesuite Refugee Service, JRS) a publié un communiqué de presse appelant la MONUSCO, Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC, et l’armée congolaise à intervenir de toute urgence pour arrêter le « conflit oublié du Congo » à Masisi. L’organisation a décrit au moins 18 massacres en représailles à des attaques précédentes, ainsi que l’incendie de camps de déplacés et de villages, certains actes étant commis malgré « la présence d’une base MONUSCO à moins d’un kilomètre ».

Pour étouffer la rébellion du M23 à Rutshuru – un autre territoire du Nord-Kivu – qui prenait de l’ampleur depuis mai, l’armée gouvernementale a laissé plusieurs zones du district de Masisi sans protection, et les groupes rebelles en ont profité. « Cela a causé un injustifiable manque de protection pour la population », a déclaré un membre de l’équipe du JRS à Masisi.

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