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PAKISTAN: L’inflation menace la sécurité alimentaire

ISLAMABAD, 25 novembre 2012 (IRIN) - Malgré les efforts du gouvernement pakistanais et des organisations internationales, l’inflation, les revenus en baisse, les catastrophes naturelles et la stagnation de la productivité nationale sont autant d’obstacles à l’objectif de sécurité alimentaire pour les 180 millions de citoyens du pays.

D’après la dernière grande enquête nationale sur la nutrition, plus de la moitié des ménages souffrent d’insécurité alimentaire.

Selon un rapport sur l’état de la sécurité alimentaire dans le monde d’octobre 2012 du Programme alimentaire mondial (PAM), les prix des denrées de base comme le blé et le riz sont restés stables, mais sont « considérablement plus élevés » qu’en 2011.

L’augmentation de 25 pour cent des prix du carburant s’est également répercutée sur les prix alimentaires, car il est devenu de plus en plus cher de transporter la nourriture. Le PAM affirme que les prix alimentaires en augmentation ces derniers temps sur les marchés internationaux peuvent aussi entraîner des hausses de prix au Pakistan.

« Des efforts doivent être faits pour augmenter la production, mais au Pakistan, le problème de la sécurité alimentaire est surtout un problème d’accès à la nourriture. Au cours des deux dernières années, le Pakistan s’est officiellement retrouvé en excédent alimentaire pour sa production de céréales », déclare Krishna Pahari, responsable à Islamabad de la division du PAM chargée de l’analyse et de la cartographie de la vulnérabilité.

« Mais de nombreux ménages ici n’ont pas accès à cette nourriture. Beaucoup sont des agriculteurs de subsistance en déficit, en marge, dont la propre production ne suffit pas à répondre à leurs besoins. Vous êtes agriculteur, mais vous devez acheter de la nourriture au marché à cause d’une production insuffisante ».

Malgré les inquiétudes de responsables et d’experts, certains pensent que, comme le principal problème de la sécurité alimentaire concerne l’accès à la nourriture, il est possible d’améliorer la situation.

« Cela représente aussi une opportunité », déclare M. Pahari. « Cela signifie que la situation alimentaire nationale du Pakistan est peut-être bonne. Avec une bonne organisation et la mise en place de mécanismes pour améliorer l’accès à la nourriture, il serait possible de garantir la sécurité alimentaire ».

Stagnation de la productivité

L’agriculture est le pilier de l’économie pakistanaise, elle représente 21 pour cent du PIB et emploie 45 pour cent de la main-d’œuvre du pays. Le manque d’innovation et l’échec d’une amélioration de l’efficacité dans les fermes au Pakistan ont cependant conduit à une stagnation de la productivité.

« En 1999, notre production était de 1 040-1 090 kg par acre de blé. Voyez à quel point notre population a augmenté ces 13 dernières années, mais notre production par acre de blé est toujours la même aujourd’hui », a déclaré Ibrahim Mughal, président de Pakistan Agri Forum, une des plus importantes organisations d’agriculteurs du pays.

« Comment pourrais-je penser à faire autre chose de ma vie alors que je n’ai même pas assez d’argent pour nourrir mes enfants »
Rukayya Bibi, veuve de 30 ans
Beaucoup d’agriculteurs emploient des méthodes agricoles archaïques, et l’utilisation inefficace de l’eau contribue également à la mauvaise productivité. La disponibilité de l’eau au Pakistan, où un grand pourcentage de l’agriculture dépend de l’irrigation, se réduit. Les experts indiquent que si l’eau n’est pas utilisée de manière plus efficace, la production est amenée à diminuer, ce qui aurait un impact énorme sur la sécurité alimentaire.

L’échec à stimuler la productivité nationale a alourdi le fardeau qui pèse sur les récoltes, le taux de croissance de la population au Pakistan étant le plus élevé d’Asie du Sud. Les mauvaises performances économiques des cinq dernières années ont conduit des millions de Pakistanais à dépenser moins pour une nourriture dont le prix ne cesse d’augmenter.

L’augmentation du prix mondial des céréales a aussi durement touché la sécurité alimentaire au Pakistan.

« Les prix internationaux ont augmenté, mais au niveau national, les agriculteurs n’obtiennent qu’un faible prix d’achat. Alors, ils ne sont pas intéressés et peuvent se tourner vers d’autres cultures », a déclaré M. Mughal.

D’après le Pakistan Agri Forum, au vu des cultures privilégiées jusqu’ici, l’objectif de production de blé de 2012-13 fixé à 26 millions de tonnes a peu de chances d’être atteint.
L’insécurité alimentaire a un impact direct sur la population, affirment les experts, ce qui a des conséquences indirectes sur l’économie déjà affaiblie du pays.

« Des conséquences très graves sur la nutrition »

« Le fait que l’état général de la sécurité alimentaire soit très inquiétant se reflète chez les plus pauvres, cela a des conséquences très graves sur la nutrition », a indiqué M. Pahari. « Si nous considérons [le nombre d’enfants qui ont un poids faible pour leur taille], le taux au Pakistan est de 15,1 pour cent chez les enfants de moins de cinq ans. Toute valeur supérieure à 15 pour cent signifie que le niveau d’urgence est franchi selon l’OMS ».

« Les enfants n’ont pas une croissance normale pour leur âge ».

À la sortie d’une mosquée à Islamabad, Rukayya Bibi, une veuve de 30 ans, mendie auprès des fidèles pour pouvoir s’acheter de la farine de blé pour elle et ses trois enfants.

« Comment pourrais-je penser à faire autre chose de ma vie alors que je n’ai même pas assez d’argent pour nourrir mes enfants ? » dit-elle, tenant dans ses bras son plus jeune fils, un bébé de six mois. « Si j’achète du pain, je n’ai plus d’argent pour acheter autre chose ».

Les aides de l’État

Le gouvernement vient en aide aux personnes comme Mme Bibi dans le cadre du Benazir Income Support Programme (BISP), un programme agissant comme un filet de sécurité sociale qui aide les ménages les plus pauvres du Pakistan depuis 2008 en leur versant une aide financière mensuelle. Le programme soutient 5,5 millions de familles.

« L’action la plus urgente est de faire en sorte que les plus pauvres ne souffrent pas de l’inflation, car elle affecte toute la chaîne, des fermes aux marchés », affirme un responsable du ministère de la Sécurité alimentaire et de la Recherche au Pakistan, qui souhaite rester anonyme.

« BISP a représenté un investissement considérable, mais il reste beaucoup à faire sur le contrôle des prix dans tout le secteur. Mais au bout du compte, notre destin dépend du cours mondial du carburant ».

Sur le plus grand marché de produits agricoles d’Islamabad, le vendeur de légumes Rasheed Khan affirme qu’il n’attendra probablement pas que le gouvernement fasse quelque chose à propos de l’inflation et des fluctuations de prix qui le touchent durement.

« Je vends des légumes depuis des années, mais je n’ai jamais eu à affronter tant d’incertitude et de difficultés », a déclaré cet homme de 30 ans qui veut abandonner son étalage de légumes pour chercher du travail ailleurs.

« À quoi ça sert si je perds de l’argent ? Je ferais aussi bien d’arrêter et de faire quelque chose qui me permette réellement de nourrir ma famille ».

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Theme (s): Sécurité alimentaire, Santé et nutrition,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

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