Briser la chaîne du froid

Les travailleurs de la santé, qui vaccinent actuellement des milliers d’enfants et de jeunes adultes contre la méningite A au Bénin, le font désormais sans passer des jours à préparer des accumulateurs de froid, des glacières et des réfrigérateurs pour les charger dans des camions, car le vaccin a reçu l’autorisation d’être stocké à une température maximale de 40 °C pendant quatre jours maximum.

Avant, comme la plupart des vaccins, le vaccin anti-méningocoque A (commercialisé en Afrique sous le nom de MenAfricVac) était homologué uniquement à condition d’être conservé à une température comprise entre 2°C et 8°C.

Cette avancée est le fruit de plusieurs années d’examens rigoureux des effets de la chaleur sur le vaccin menés par l’autorité indienne de régulation des médicaments (DCGI), Santé Canada et le programme de préqualification des vaccins de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Par conséquent, les populations vivant dans des zones très reculées auront un meilleur accès au vaccin, l’organisation des campagnes de vaccination sera simplifiée et le coût de ces campagnes sera réduit, aussi bien pour les partenaires du projet que pour les gouvernements nationaux, ont déclaré Michel Zaffran, coordinateur du Programme élargi de vaccination (PEV), et Marie-Pierre Préziosi, directrice du Projet Vaccins Méningite, un partenariat entre l’organisation non gouvernementale (ONG) internationale PATH et l’OMS.

Selon l’OMS, les coûts ne vont pas baisser considérablement de façon immédiate, mais ils vont diminuer à mesure que le nombre de vaccins homologués augmentera. Des études sur les implications en termes de coût sont conduites au Bénin et au Tchad.

Si les limitations de la chaîne du froid n’entravent pas la couverture vaccinale, elles représentent une surcharge de travail pour les travailleurs de la santé, affirme l’OMS.

Les campagnes de vaccination nationales des pays industrialisés ont également des difficultés à respecter la chaîne du froid et, chaque année, des milliers de vaccins sont jetés à cause de ruptures dans la chaîne du froid, même si cela n’a pas d’effet sur l’innocuité du vaccin, affirme l’OMS.

« C’est un énorme progrès », a affirmé M. Zaffran. « C’est le premier vaccin au monde à être homologué pour être utilisé dans un pays en voie de développement avec une flexibilité qui nous affranchit de cette structure thermique rigide. Cela simplifie considérablement l’aspect logistique. Et cela ouvre la voie aux autres fabricants ».

Pourquoi a-t-il fallu autant de temps ?

Pourtant, le vaccin n’a rien de nouveau – c’est simplement son homologation qui a changé après des analyses de données récoltées pendant des années sur la stabilité du vaccin – c’est-à-dire sa capacité à résister à des augmentations de température et à d’autres conditions extérieures.

« La possibilité de conserver certains vaccins en dehors de la chaîne du froid en toute sécurité pendant de courtes périodes est bien connue depuis plus de 20 ans », a expliqué M. Zaffran dans un récent communiqué. « Mais c’est la première fois qu’un vaccin destiné à être utilisé en Afrique a été testé et soumis à un examen réglementaire avant d’être finalement approuvé pour ce type d’utilisation ».


Photo: ReliefWeb
La ceinture de la méningite

Il a fallu des dizaines d’années pour en arriver là, car les agences étaient figées dans un certain modèle de pensée, a affirmé M. Zaffran. Le PEV a été créé dans les années 1970 pour vacciner le plus grand nombre d’enfants le plus rapidement possible, et a mis en place des règles strictes simples pour éviter les risques : l’une d’entre elles était de conserver les vaccins au frais. « Il était assez difficile de changer cette mentalité », a expliqué M. Zaffran.

Les organismes de régulation et les fabricants sont « très conservateurs afin de protéger la population », a déclaré Mme Préziosi. « Réunir toute la documentation pour les convaincre de franchir le pas a pris du temps ».

Des contrôles stricts sont toujours effectués. « Il ne s’agit pas de donner le ‘feu vert’ pour faire n’importe quoi avec un vaccin – il doit toujours être stocké… à 40 degrés maximum et pas plus de quatre jours », a souligné M. Zaffran.

L’hépatite B, prochaine sur la liste ?

« L’élan est donné. Je pense que d’ici un ou deux ans, nous aurons un ou deux autres vaccins homologués dans ce sens », a-t-il dit.

Des analyses sur la stabilité des vaccins contre l’hépatite B et le HPV (le papillomavirus humain) sont en cours ; les prochaines maladies sur la liste sont la fièvre jaune et les infections à rotavirus et à pneumocoques.

D’après une étude récente, le vaccin oral contre la poliomyélite – un des vaccins les plus thermosensibles - s’est également révélé stable lorsque la chaîne du froid a été rompue au Tchad, même si l’OMS a insisté sur le fait qu’au lieu d’être homologué, le vaccin serait abandonné progressivement, à mesure que l’éradication de la maladie gagne du terrain.

La progression de la méningite

Le MenAfricVac, qui coûte un peu moins de 0,50 dollar la dose, a été conçu pour être utilisé dans les 26 pays de la ceinture de la méningite qui s’étend du Sénégal à l’Éthiopie.

Jusqu’à présent, près de 100 millions de personnes âgées de 1 à 29 ans ont été vaccinées dans 10 pays différents ; la campagne de vaccination est programmée dans 16 autres pays d’ici 2016.

Les premiers résultats ont été très positifs : le Burkina Faso a enregistré le plus faible taux de méningite épidémique en 15 ans et la campagne a atteint « l’immunité de groupe » – c’est-à-dire que les individus trop âgés ou trop jeunes pour recevoir le vaccin n’ont pas non plus été touchés par la bactérie.

La méningite A pourrait être éliminée de la ceinture de la méningite si la campagne de vaccination de masse continue, déclare Mme Préziosi, et si les gouvernements l’intègrent aux programmes de vaccination de routine.

Toutefois, un financement supérieur aux 160 millions de dollars de GAVI Alliance et des contributions de gouvernements nationaux sera nécessaire pour terminer la campagne, a-t-elle averti.

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