La Turquie s'ouvre à l'aide humanitaire internationale

La Turquie traite mieux les Syriens qui se sont réfugiés sur son territoire que la plupart des autres pays du monde ne le feraient ou ne pourraient le faire. Les réfugiés syriens reçoivent en effet trois repas chauds par jour et sont hébergés dans des installations modernes. Ils disent eux-mêmes que leurs conditions de vie sont bien meilleures que celles de leurs compatriotes qui ont choisi de fuir au Liban ou en Jordanie.

Pendant des mois, la Turquie a persisté à dire au monde extérieur qu'elle pouvait gérer toute seule l'afflux de réfugiés. Au départ, elle n'était pas le seul pays à croire que la crise syrienne ne durerait pas et que les réfugiés ne resteraient que quelques semaines, voire quelques mois, avant de rentrer chez eux.

Toutefois, 20 mois, 115 000 réfugiés et 235 millions de dollars plus tard, la Turquie prend conscience que son approche n'est pas viable, selon les observateurs.

« Les capacités existent », a dit un travailleur humanitaire de haut niveau. « La question, c'est : ne s'agit-il pas d'une obligation internationale maintenant ? »

Chaque camp coûte au gouvernement 2,7 millions de dollars par mois. Et, tandis que le nombre de réfugiés syriens en Turquie continue de croître - les Nations Unies estiment que leur nombre atteindra 280 000 d'ici la fin de l'année -, le gouvernement souhaite de plus en plus que la communauté internationale assume une part plus importante du fardeau.

« L'aide humanitaire et financière de la communauté internationale est bien en deçà de ce à quoi nous nous attendions », a dit Onur Takil, du service presse et relations publiques de la Direction des situations d'urgence (AFAD) du premier ministre.

Programme de cartes alimentaires

Le mois dernier, le Programme alimentaire mondial (PAM) a scellé un partenariat avec le Croissant-Rouge turc pour la mise en ouvre d'un nouveau programme prévoyant, dans un premier temps, la distribution de cartes électroniques à 13 000 réfugiés du camp de Kilis. Ces cartes permettent aux réfugiés d'acheter leur propre nourriture. Ce programme sera également appliqué d'ici peu dans quatre camps de la province de Hatay qui accueillent quelque 10 000 Syriens.

Le programme, financé par le PAM et ses bailleurs de fonds, réduira de manière significative les coûts élevés associés à la distribution de repas chauds et de colis de vivres. Il permettra par ailleurs aux familles syriennes d'acheter les aliments qu'elles préfèrent et de préparer elles-mêmes leurs repas.

« Le système de cartes électroniques mis en place par le Croissant-Rouge turc et le PAM permettra au gouvernement de faire des économies substantielles », a dit à IRIN Jean-Yves Lequime, coordinateur d'urgence du PAM en Turquie. « Il s'agit d'une approche novatrice de l'aide alimentaire qui est viable et reproductible et qui pourrait servir de modèle pour venir en aide à d'autres populations de réfugiés dans la région. »

« L'aide humanitaire et financière de la communauté internationale est bien en deçà de ce à quoi nous nous attendions »

Dans le cadre de la première phase du programme, 25 000 personnes recevront 80 livres turques (45 dollars) par mois pendant 2,5 mois. Le PAM espère toutefois étendre et normaliser le programme dans l'ensemble des camps en collaboration avec les autorités gouvernementales.

Une coopération plus étroite avec les Nations Unies

Pour la première fois, le gouvernement a également accordé son soutien au plan d'action régional des Nations Unies pour les réfugiés syriens, qui expose brièvement les projets d'aide aux réfugiés dans les pays voisins de la Syrie. Ankara cherche d'ailleurs à obtenir des fonds pour son financement auprès de la communauté internationale.

Le gouvernement a également créé un pool de projets qui permet aux organisations d'aide humanitaire extérieures de mettre en ouvre les projets proposés en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères et l'AFAD, a dit M. Takil à IRIN.
Les autorités turques collaborent aussi de plus en plus étroitement avec le personnel technique des Nations Unies afin de tirer profit de l'expertise que celui-ci a acquise au cours de dizaines d'années de travail dans des zones de crise.

« Les erreurs qui peuvent être faites, nous les avons déjà commises et nous en avons tiré des leçons », a dit un responsable des Nations Unies. « Il n'est pas nécessaire que la Turquie ou que tout autre État passe par toutes ces étapes, car nous l'avons déjà fait. »

Si la Turquie a été applaudie pour sa politique d'ouverture et sa générosité envers les réfugiés, elle a toutefois été critiquée pour ne pas avoir respecté certaines normes internationales, notamment l'établissement des camps de réfugiés à plus de 50 kilomètres de la frontière. Or, comme M. Takil l'a fait remarquer, les Syriens ne sont pas considérés comme des réfugiés en Turquie, mais comme des « invités ».

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) donne des conseils techniques au gouvernement, notamment en ce qui concerne l'enregistrement des réfugiés. L'Organisation internationale des migrations (OIM) et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) fournissent des denrées par l'intermédiaire du Croissant-Rouge turc, ce qui, selon l'OIM, permet à l'agence des Nations Unies d'être présente dans les camps pour superviser les distributions.

Le gouvernement a par ailleurs demandé à l'organisation non gouvernementale (ONG) turque IHH de compléter certains services offerts par le gouvernement avec des extras comme des réfrigérateurs, des ventilateurs et du halva turc. IHH gère également une clinique mobile et participe à l'installation de maisons conteneurs.

Jusqu'à présent, la majeure partie de l'aide a été administrée par l'AFAD et le Croissant-Rouge turc. La situation commence cependant à changer avec l'ouverture des autorités turques à d'autres acteurs.

Soutien saoudien

L'administration saoudienne des comités et des compagnes de secours (Saudi Relief Committees and Campaigns), qui collecte des fonds auprès de la population saoudienne pour mener des opérations de secours, investit actuellement 10 millions de dollars pour la construction d'un camp dans la province turque de Gaziantep, située près de la frontière. Le camp sera équipé d'un système d'approvisionnement en eau, d'écoles et d'autres services et pourra accueillir 12 000 personnes. À la question de savoir pourquoi le service a obtenu le rare privilège de participer à la réponse humanitaire, Mubarak Saeed Al-Baker, son directeur exécutif, a dit à IRIN :

« Nos frères turcs s'attendaient à ce que le nombre de réfugiés ne dépasse pas 10, 20 ou 30 000. Or, il y a maintenant [115 000] réfugiés en Turquie. Le gouvernement turc doit maintenant débourser [près d'] un demi-milliard de dollars pour administrer les camps. Il a besoin d'un partenaire. »

En dépit de cette nouvelle ouverture toutefois, les organisations d'aide humanitaire et les groupes de défense des droits de l'homme estiment qu'il y a encore du chemin à faire.

« Malheureusement, il n'y a pas de transparence », a dit Veysel Essiz, qui milite en faveur des droits des réfugiés par l'intermédiaire de l'Assemblée des citoyens d'Helsinki (Helsinki Citizens Assembly, HCA), un groupe de défense des droits de l'homme basé à Istanbul. « La société civile n'a pas accès aux camps. »

Les membres des Nations Unies et d'autres organisations internationales, diplomates et journalistes peuvent visiter les camps en obtenant d'abord l'autorisation du gouvernement. Mais M. Essiz estime que ce n'est pas suffisant.

« Toutes les parties s'attendent à ce que le nombre [de réfugiés] continue de croître », a-t-il dit à IRIN. « Il doit y avoir de la place pour notre intervention et un moyen d'utiliser notre expertise pour venir en aide aux personnes en quête d'asile. »

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