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NIGERIA: Des millions de personnes toujours déplacées malgré le retrait des eaux

WARRI/DAKAR, 11 novembre 2012 (IRIN) - Le rétablissement des moyens de subsistance des populations affectées et la réparation des infrastructures détruites par les récentes inondations au Nigeria – les pires depuis 50 ans – exigent un financement immédiat et s’échelonneront sur une période de six mois ou plus, selon les organisations d’aide humanitaire.

Entre les mois de juillet et d’octobre, les inondations ont affecté plus de 7 millions de personnes. Environ 2,1 millions de personnes ont été contraintes de quitter leur foyer et 363 autres sont décédées, selon l’Agence nigériane de gestion des urgences (National Emergency Management Authority, NEMA).

« Nous n’avons jamais connu une catastrophe d’une telle ampleur », a dit la coordinatrice humanitaire régionale adjointe d’Oxfam au Nigeria, Deirdre McArdle. « Il est difficile de trouver des partenaires capables de faire face à la situation. »

Le président Goodluck Jonathan a promis de verser 110 millions de dollars aux 33 États affectés. Il a également mis sur pied un comité de secours et de réhabilitation et tenu une collecte de fonds la semaine dernière. Il a cependant tardé à déclarer l’état d’urgence, ce qui, selon de nombreux observateurs et certaines organisations d’aide humanitaire, a ralenti la réponse et entravé la coordination.

« Les évaluations ont été retardées. L’ampleur [de la crise] est énorme. […] Nous n’avions pas suffisamment de données, c’est pourquoi personne n’a su combien de personnes étaient affectées jusqu’à tout récemment. […] Il y a aussi un manque de connaissances techniques sur les interventions d’urgence », a dit Mme McArdle.

Préparation insuffisante

Olusoji Adebowale Adeniyi, du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), a dit à IRIN que l’ampleur de la catastrophe avait pris tout le monde au dépourvu. « C’est à cause de l’envergure de la crise que nous n’avons pas pu la régler rapidement », a-t-il dit, ajoutant que le gouvernement avait un plan de préparation aux catastrophes, mais qu’il avait été conçu pour répondre aux besoins de 500 000 personnes, pas de 2,1 millions.

On note cependant des progrès au niveau de la coordination. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a envoyé une petite équipe d’intervention d’urgence afin d’aider la NEMA à coordonner les informations disponibles sur les conséquences des inondations. Une équipe humanitaire pays travaille par ailleurs en collaboration avec le comité mis en place par le gouvernement.

« Nous avons maintenant un plan à mener à bien », a dit M. Adeniyi. « Nous savons ce que nous avons à faire. » S’il s’est réjoui du financement accordé par le gouvernement, il a cependant indiqué que le versement avait été retardé par la bureaucratie.

Besoins alimentaires

Selon une évaluation d’urgence menée conjointement par la NEMA, les Nations Unies et Oxfam dans 14 États, 38 millions de dollars seront nécessaires pour répondre aux besoins en matière d’éducation, de santé, d’approvisionnement en eau, d’hygiène, de sécurité alimentaire et de protection des populations affectées par les inondations.

Dans les 14 États visités, 63 pour cent des déplacés ont été accueillis par des membres de leur famille ou des amis ; les autres se sont provisoirement installés sur des sites temporaires ou dans des bâtiments publics comme comme des écoles. Plus de la moitié des établissements scolaires de ces États sont inutilisables en raison des dommages qu’ils ont subis.

Les organisations qui interviennent sur le terrain sont particulièrement préoccupées par l’insécurité alimentaire, qualifiée de « sévère ou très sévère » dans 82 pour cent des communautés visitées, selon l’OCHA. Dans la plupart des camps, les gens reçoivent des rations de nourriture, mais celles-ci sont irrégulières et ne satisfont pas aux normes internationales.

Selon des survivants de la ville de Warri, dans l’État du Delta, les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 30 à 70 pour cent dans de nombreuses régions affectées par les inondations. Une commerçante de Warri, Angela Ikede, a dit à IRIN qu’un sac de riz se vendait désormais 70 dollars, contre 57 dollars auparavant, et qu’un sac de ‘gari’, ou farine de tapioca, coûtait maintenant 44 dollars, contre 25 dollars auparavant.

Dans la communauté d’Iyede Ame, dans l’État du Delta, les résidents du camp d’Oleh accusent le personnel des cuisines de fortune d’intercepter une partie de l’aide alimentaire.

Mauvaises conditions d’hébergement

À Warri, quelque 2 000 personnes déplacées ont trouvé refuge dans une école primaire, a dit l’aumônier Funge Owe. « Les conditions de couchage dans ce camp sont pathétiques. La plupart des gens dorment à l’extérieur, où les moustiques pullulent », a-t-il dit à IRIN. Ils doivent aussi se partager 20 toilettes, a-t-il ajouté.

Les résidents demandent aussi une meilleure protection de la part de la police. L’équipe qui a mené l’évaluation a en effet noté que la disposition des camps ne tenait pas compte des considérations en matière de protection. Jusqu’à présent, 19 viols non confirmés ont été rapportés dans les camps de l’État de Benue, a indiqué Oxfam.

Dans presque toutes les communautés inondées des 14 États, l’accès à l’eau potable est limité ; les habitants dépendent essentiellement des ruisseaux et des puits à ciel ouvert. Vu l’épidémie de choléra qui sévit toujours en Afrique de l’Ouest, Mme McArdle, d’Oxfam, a dit qu’il était urgent de mettre en place des systèmes d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement afin d’éviter la contamination.

Incertitude face à l’avenir

Si on ignore encore l’ampleur des dommages causés aux récoltes de cette année, l’organisation non gouvernementale (ONG) Friends of the Earth, dans l’État de Bayelsa, a cependant décrit comme « catastrophique » l’impact sur les cultures.

Le coordinateur de la NEMA pour le sud du pays, Emenike Umesi, a dit qu’une évaluation post-catastrophe de la situation agricole serait menée avec l’aide de partenaires après le retrait des eaux.

Le président de l’Institut nigérian des sciences et technologies alimentaires (Nigerian Institute of Food Science and Technology, NIFST), John Onuora, craint que les inondations n’obligent le pays à rompre avec sa stratégie, qui était d’accroître sa production agricole et de diminuer sa dépendance envers le riz importé par l’imposition de droits de douane.

Plusieurs organisations apportent leur aide : l’UNICEF a notamment distribué des kits d’hygiène à 250 000 personnes ; Médecins sans Frontières opère des cliniques mobiles ; et la Croix-Rouge nigériane, avec le soutien de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), vient en aide à quelque 10 000 ménages des États d’Adamawa, de Taraba, de Kogi, de Bauchi, de Katsina, de Cross River, de Jigawa, de Benue et d’Edo, en leur fournissant notamment un abri, des produits d’hygiène et des denrées non alimentaires.

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Theme (s): Education, Environnement, Sécurité alimentaire, Démocratie et gouvernance, Santé et nutrition, Catastrophes naturelles, Réfugiés et déplacés, Eau et Assainissement,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

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