Des abris anticycloniques – pour le bétail aussi

Lorsque Nur Banu, agricultrice de subsistance bangladaise, a appris qu’un cyclone allait s’abattre sur son village et qu’elle devait évacuer, cette femme de 70 ans n’a eu qu’une seule idée en tête.

« Pas sans ma vache… Sans elle, je n’aurais plus de source de revenus », a-t-elle dit plus tard à IRIN, devant sa maison à Alakdia, une communauté essentiellement agricole de 700 personnes à 25 km au nord de Chittagong, ville portuaire du sud.

La même inquiétude se retrouve chez les habitants les plus pauvres de ces régions côtières exposées aux cyclones, car la plupart ont toujours eu une vache, une chèvre, des moutons ou des volailles dans leur ferme.

Selon les experts, la plupart de ceux qui vivent dans les régions présentant un fort risque cyclonique sont de petits agriculteurs, et 70 pour cent d’entre eux sont des ‘paysans sans terre’ relativement pauvres.

Au Bangladesh, plus de la moitié des collectivités rurales dépendent du bétail et de l’agriculture comme principal moyen de subsistance, d’après la Banque mondiale.

L’importance du bétail

« Le bétail joue un rôle majeur dans la vie de ces personnes. Toute perte soudaine de ces richesses peut avoir des effets dévastateurs », a déclaré à IRIN Anisuzzamin Chowdhury, directeur de programme à Dhaka de l’Agence japonaise de Coopération internationale (JICA) (qui a construit 117 abris anticycloniques le long de la côte depuis 1993).

« Beaucoup de gens préfèreraient risquer leur vie en restant près de leurs bêtes plutôt que d’aller se réfugier dans l’abri anticyclonique le plus proche. Ils savent que la vie serait très difficile sans leurs animaux ».

Pourtant, malgré cela, le bétail n’a jamais été pris en compte dans la construction des abris par le gouvernement, installés pour la plupart après le cyclone Bhola en 1970 qui avait fait plus d’un demi-million de victimes.

Bien que le nombre de morts causés par les cyclones a baissé de manière significative depuis leur construction, les dégâts matériels, y compris la perte de bétail, continuent de poser de sérieux problèmes.

En 1991, plus d’un million de têtes de bétail ont été emportées par le raz-de-marée et les inondations qui ont suivi le terrible cyclone Marian, tandis que le cyclone Sidr, pourtant beaucoup moins puissant, a tué encore un million de vaches en 2007.

« Ces dernières années, le Bangladesh a déployé des efforts considérables pour réduire le nombre de victimes causées par les cyclones », a déclaré Farid Hasan Ahmed, directeur de programme de la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC) à Dhaka. « Cependant, concernant le problème de la protection du bétail, il y a encore de gros progrès à faire ».


Photo: David Swanson/IRIN
Plus de 10 000 abris anticycloniques sont nécessaires

Selon le gouvernement bangladais, il existe quelque 3 700 abris anticycloniques dans les régions côtières. Cependant, seule une petite portion a intégré des refuges pour le bétail dans la construction.

« Moins de deux pour cent de tous les abris anticycloniques prévoient un espace pour le bétail », a affirmé Munibur Rahman, ingénieur principal et directeur de projet du Département d’ingénierie du gouvernement local (Local Government Engineering Department - LGED), principal organisme public chargé de la construction d’abris anticycloniques au Bangladesh.

Cette année, la DDC a achevé la construction à l’échelle communautaire de 12 abris anticycloniques polyvalents dans le district de Bagerhat, prenant ainsi en compte les inquiétudes de la communauté où vit Nur Banu.

Chaque abri peut accueillir 1 000 à 1 300 personnes et 450 à 500 têtes de bétail, et prévoit des pièces séparées pour les hommes, les femmes et les personnes malades, ainsi que des installations sanitaires, un réservoir d’eaux pluviales, des panneaux solaires, un générateur et un haut-parleur.

Les 12 abris peuvent accueillir un total de 17 000 personnes et environ 6 000 têtes de bétail.

Priorité aux personnes

Mais même si la notion de protection du bétail est largement acceptée, prendre des mesures pour la concrétiser se révèle jusqu’à présent difficile.

Les experts insistent sur le fait que la priorité est d’abord de sauver des vies, surtout si l’on considère (au regard de la croissance de la population) que le gouvernement devra probablement construire 6 800 abris anticycloniques supplémentaires d’ici 2025.

« Nous n’avons pas les moyens de construire suffisamment d’abris pour les gens et encore moins pour les bêtes », a déclaré Aminul Islam, conseiller principal pour le développement durable auprès du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) qui suggère une approche plus intégrée.

Le gouvernement envisage depuis longtemps la construction de plates-formes en terre appelées ‘killa’, situées à 3-4 mètres du sol et où le bétail pourrait être regroupé avant que les gens ne se réfugient à l’intérieur.

Les problèmes de financement et d’acquisition de terrains rendent ce projet difficilement réalisable, même si M. Rahman du LGED a déclaré que le gouvernement était en train de construire 230 abris anticycloniques (prévus d’ici juin 2014) dont 150 comporteront un espace réservé au bétail.

Selon le Ministère de la Gestion des catastrophes du Bangladesh, les cyclones frappent les basses terres du littoral presque chaque année, au début de l’été (mars-mai) ou à la fin de la saison pluvieuse (octobre-décembre).

Sur les 64 divisions administratives que compte le pays, 40 sont particulièrement vulnérables aux catastrophes naturelles, notamment aux cyclones, inondations, glissements de terrain, tornades et sécheresses.

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