Des dizaines de milliers de personnes touchées par les inondations

Selon des représentants d’organismes humanitaires, des précipitations supérieures aux moyennes saisonnières ont touché des dizaines de milliers de personnes dans certaines régions d’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique, déplaçant des familles et entravant l’accès à de nombreux habitants dans le besoin. Les pluies présagent un éventuel phénomène El Niño et font craindre de nouvelles inondations.

Selon un rapport spécial sur El Niño du Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWSNET), des conditions El Niño faibles à modérées devraient se développer en septembre et se poursuivre jusqu’aux premiers mois de 2013.

« En Afrique de l’Est, les phénomènes El Niño en cette période de l’année entraînent généralement une humidité supérieure à la normale d’octobre à décembre dans la Grande Corne de l’Afrique. »

Somalie

Des crues éclair ont déjà été signalées dans la région somalienne d’Hiiraan. La ville de Beletweyne a été en partie inondée, environ 3 500 familles ont été déplacées et des infrastructures ont été endommagées. Le 29 septembre, Beletweyne a enregistré 188 mm de précipitations en une seule journée.

« La probabilité de fortes pluies isolées reste élevée dans certaines régions de Somalie et de l’est de l’Éthiopie », a annoncé le Centre de prévision climatique dans une estimation des risques en Afrique pour la période du 4 au 10 octobre, ajoutant que cela allait peut-être entraîner des inondations localisées dans certaines zones pastorales.

Ces précipitations supérieures à la normale devraient se poursuivre jusqu’au 10 octobre dans toute la Somalie, tandis que de faibles pluies, inférieures à 25 mm, sont attendues dans le reste de l’Afrique de l’Est.

Soudan du Sud

De juin à septembre, les inondations ont affecté plus de 258 000 personnes et touché 39 des 79 comtés du Soudan du Sud, a écrit Michelle Delaney, chargée de rapport pour le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), à IRIN dans un courrier électronique. « Le Jonglei est l’État qui a été le plus affecté, avec plus de 200 000 personnes touchées par les inondations, selon les estimations », a-t-elle dit.

Selon l’OCHA, le chiffre de 258 000 personnes affectées est trois fois supérieur au total enregistré en 2011 pour la même période.

Une intervention humanitaire est en cours. Les besoins les plus pressants sont les articles ménagers, les abris, la nourriture, l’eau, l’assainissement et l’hygiène. « Les besoins sont satisfaits dans les régions accessibles par les partenaires humanitaires. Mais les précipitations de plus en plus fortes et le mauvais état des routes limitent l’accès aux communautés dans le besoin », a dit Mme Delaney.

En raison du phénomène El Niño, la saison des pluies, qui se termine généralement vers le mois de novembre, pourrait durer plus longtemps « et augmenter la probabilité de niveaux de précipitations plus élevés. Cela pourrait avoir des conséquences négatives sur la saison des récoltes et les moyens de subsistance », a-t-elle ajouté.

Dans un rapport du mois de septembre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a attiré l’attention sur le fait que les fortes précipitations dans les États du Warab, du Jonglei, du Nil supérieur et d’Unité fragilisaient la situation humanitaire, « principalement parce que les routes deviennent de moins en moins praticables et isolent donc les communautés, parce que les récoltes sont anéanties et parce qu’il devient impossible d’approvisionner les centres de santé en médicaments, ce qui augmente la fréquence des ruptures de stock ».

Soudan

Selon un bulletin de l’OCHA sur la période du 24 au 30 septembre, le gouvernement soudanais estime qu’au moins 25 000 personnes ont été touchées par les inondations dans l’État du Sannar, au sud-est du Soudan. Les villages proches de la localité d’El Dindir et la ville de Dindir ont notamment été affectés. Les secours sont acheminés par bateau.

Selon le bulletin, des crues éclair ont inondé des régions du centre du Darfour, détruisant les maisons d’environ 1 000 habitants de la ville de Golo. La Commission d’aide humanitaire du Gouvernement soudanais a fourni une aide non alimentaire, notamment des moustiquaires et des bâches. L’insécurité le long de la route de Nertiti à Golo rend cependant la zone inaccessible aux organismes humanitaires.

Selon le Haut conseil de la protection civile soudanais, les inondations ont touché quelque 240 000 personnes au total au Soudan depuis le mois de juin. Elles ont également endommagé 32 000 logements et en ont détruit plus de 12 000. L’État du Kassala est le plus touché, suivi du Darfour du Sud, de l’État d’Al Qadarif et de celui de Sannar.

Les précipitations en Érythrée et en Éthiopie ont également augmenté le risque d’inondations au Soudan. Les crues de la rivière Atbara, en Éthiopie, ont déjà causé des inondations qui ont touché des milliers d’habitants de l’État soudanais du Nil.

Éthiopie

Selon le bulletin de l’OCHA sur l’Afrique de l’Est pour la période du 15 au 28 septembre, les crues ont isolé des zones reculées de la région de l’Afar, au nord-est de l’Éthiopie. Selon une évaluation du bureau régional de la prévention des catastrophes et de la sécurité alimentaire, quelque 6 859 habitants ont été touchés par les inondations dans cette région et dans le Gambela, à l’ouest du pays, au cours des deux dernières semaines.

« Les inondations ont dévasté les maisons et les cultures », est-il écrit dans le rapport. Pourtant, malgré les crues, certaines zones du nord et du sud de l’Éthiopie continuent de pâtir de graves pénuries d’eau.

Selon un rapport de l’OCHA du 1er octobre, l’Agence météorologique nationale éthiopienne prévoit des précipitations supérieures aux normales saisonnières dans une grande partie du pays pendant la saison « bega » (saison normalement sèche allant de septembre à février).

Selon le rapport spécial sur El Niño de FEWSNET, l’augmentation des précipitations d’octobre à décembre, voire janvier, pourrait favoriser la production végétale et animale. Mais cela pourrait « également avoir des conséquences négatives et notamment éroder le sol, endommager les cultures et les infrastructures, réduire les accès aux marchés à cause des inondations, augmenter la morbidité en raison du développement des maladies liées à l’eau et accroître la mortalité du bétail due aux maladies ».

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