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mercredi 19 juin 2013
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MIGRATION: Les migrants arrivent désormais par les îles grecques
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Kristy Siegfried/IRIN
Les bateaux de passeurs interceptés sont conduits au port de Mytilène
MYTILÈNE, 7 octobre 2012 (IRIN) - Alors que la Grèce semble avoir réussi à contenir le flux de migrants illégaux qui traversaient la frontière turque par la terre, d’autres migrants et demandeurs d’asile commencent à affluer sur les îles de l’est de la mer Égée.
L’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (Frontex) estime qu’environ 200 migrants arrivent chaque semaine dans les îles depuis le lancement d’une opération en août, dans le cadre de laquelle 2 000 policiers supplémentaires ont été déployés le long de la frontière turque. « Il y a un effet de déplacement », a dit Ewa Moncure, attachée de presse de Frontex, avant d’ajouter qu’un nombre plus limité de migrants tentait d’entrer en Europe par la Bulgarie.
Bien qu’appartenant au territoire grec, les îles se trouvent à quelques kilomètres seulement des côtes turques. Lorsque les conditions météorologiques le permettent, les passeurs peuvent même les atteindre dans de frêles embarcations gonflables. Il est cependant bien plus dangereux de passer par la mer que par la terre et l’on compte déjà de nombreuses victimes. En septembre, un bateau de migrants a heurté un récif et a coulé tout près de la côte turque, faisant 61 morts, dont 31 enfants.
Autorités débordées
Cette nouvelle vague d’immigration par voie maritime cause bien des soucis aux autorités locales. Elles ont reçu de leurs supérieurs à Athènes l’ordre d’arrêter tous les migrants, mais elles ne disposent pas vraiment des moyens nécessaires pour ce faire.
Le gouvernement a annoncé son intention d’ouvrir des centres d’accueil pour les migrants sur les îles de Chios, Samos, Lesbos et Rhodes. En attendant, les cellules des postes de police sont bondées et certains migrants dorment dans des parcs ou des zones portuaires le temps que les policiers leur délivrent un avis d’expulsion qui leur donne sept jours pour quitter le pays.
« Ce document ne leur donne pas vraiment de statut juridique, mais s’ils ne l’ont pas, ils ne peuvent pas acheter de ticket de ferry pour se rendre sur le continent », a expliqué Ioanna Kotsioni, une spécialiste des questions migratoires basée à Athènes et travaillant pour Médecins Sans Frontières (MSF), qui s’est récemment rendue dans trois des ces îles pour évaluer les conditions de détention.
Photo:
Kristy Siegfried/IRIN
Des réfugiés syriens détenus par la police à Skalochori
« Pour l’instant, il n’y a pas d’évaluation de la vulnérabilité [des migrants] ni de structures d’accueil adéquates », a dit Mme Kotsioni. « Médicalement parlant, il n’y a aucun service et les cellules sont bondées. Les familles avec enfants sont normalement libérées en priorité, mais en règle générale, tout le monde est placé en détention, parfois pour un mois ou plus. »
Lesbos, la plus grande des îles, a accueilli entre 400 et 500 migrants au cours des deux derniers mois. Selon Antonios Safiadelis, de la garde côtière de Lesbos, la plupart sont des Syriens, mais certains viennent d’Afghanistan ou d’ailleurs. M. Safiadelis est le coordinateur local de l’Opération Poséidon 2012, une initiative conjointe de la Garde côtière hellénique et de Frontex lancée pour répondre à cette nouvelle tendance des migrants à opter pour la voie maritime.
Selon M. Safiadelis, la plupart des bateaux transportant des migrants sont appréhendés en mer. Ceux qui se trouvent toujours dans les eaux turques sont invités à faire demi-tour et ceux qui ont déjà passé la frontière maritime de la Grèce sont menés au port de Mytilène, la principale ville de Lesbos. Les gardes-côtes enregistrent alors les migrants, prennent leurs empreintes digitales et leur font passer un examen médical de base avant de les remettre entre les mains de la police.
La tension monte
Tous les bateaux ne sont toutefois pas interceptés. Récemment, un canot pneumatique transportant 23 réfugiés syriens a accosté de nuit sur la côte nord de Lesbos. Le conducteur est reparti à toute vitesse et ce n’est que le lendemain que les migrants ont découvert qu’ils étaient en Grèce.
« Nous pensions qu’il allait nous emmener en Italie », a dit Emmad Saeed, un jeune homme de 23 ans qui avait entrepris ce voyage risqué avec ses parents, ses deux jeunes frères et d’autres membres de sa nombreuse famille élargie pour échapper aux bombardements aériens menés par le régime du président Bachar Al-Assad sur son village, au nord-est de la Syrie.
M. Saeed n’ignorait pas que la grave crise économique qui touche la Grèce en avait fait un pays
très peu accueillant pour les migrants
et les demandeurs d’asile. « La Grèce n’a rien à nous offrir alors nous allons partir d’ici, mais nous ne savons pas comment », a-t-il dit à IRIN.
Après cinq heures de marche, M. Saeed et sa famille ont atteint le village de Skalochori, où ils se sont reposés pendant quelques heures et ont mangé un repas organisé par le prêtre local en attendant qu’un camion de police les emmène au poste de Kalloni, à quelques kilomètres de là.
Emmad Saeed, « Je sais que je ne vais pas mourir et c’est un soulagement »
Photo:
Kristy Siegfried/IRIN
Dans le village encore endormi de Skalochori, sur l’île grecque de Lesbos, un groupe de 23 réfugiés syriens partage en hâte un repas composé de poisson et de pain offerts par la population locale avant qu’un camion de police arrive pour les placer en détention.
Au cours des deux derniers mois, plusieurs îles de cette zone de la mer Égée ont vu accoster des bateaux chargés de migrants dont la plupart étaient des Syriens fuyant le conflit armé qui ravage leur pays.
Lire l'article
Avec un budget de seulement 5,50 euros par jour pour nourrir chaque migrant, la police compte sur les dons de la population locale pour compléter les repas et offrir d’autres produits de première nécessité. Mais, selon Konstantina Sklavou, conseillère pour l’organisation non gouvernementale (ONG) locale Synparxi, qui organise des dons et milite pour la mise en place de structures d’accueil plus adaptées, la sympathie à l’égard des migrants commence à s’éroder.
« Si le nombre [de migrants] continue d’augmenter, la minorité hostile risque de prendre de l’ampleur, surtout si les conditions d’accueil ne sont pas adaptées », a-t-elle dit, ajoutant que l’Aube dorée, le parti politique d’extrême droite, qui a gagné en popularité pendant la crise financière en exploitant le sentiment anti-migrant, était sur le point d’ouvrir une section locale sur l’île de Lesbos. Jusqu’à présent, une seule attaque apparemment raciste – contre deux migrants afghans qui ont renoncé à porter plainte – a été signalée. Mme Sklavou craint cependant que la présence de l’Aube dorée aggrave la situation.
Retour aux vieilles habitudes
L’afflux de migrants n’est pas nouveau à Lesbos et dans les autres îles de la mer Égée, il a seulement repris après une interruption de près de trois ans. Jusqu’en 2009, les passeurs préféraient la voie maritime et des centres de détentions étaient en service sur les îles de Lesbos, Samos et Chios. Selon Mme Kotsioni, de MSF, le changement de route généralisé effectué par les passeurs, qui ont alors préféré passer par la frontière terrestre turque plutôt que par la mer Égée, a eu lieu au début de l’année 2010, ce qui coïncide avec l’achèvement d’un programme de déminage dans la région.
Des groupes comme MSF et Synparxi sont contre la réouverture des anciens centres de détention. Les conditions de vie dans le centre de détention de Pagani, à Lesbos, étaient si mauvaises que les groupes de défense des droits de l’homme avaient réussi à imposer sa fermeture en novembre 2009. « Il devrait y avoir des structures d’accueil dignes, qui prennent en charge les groupes vulnérables et évaluent le besoin de protection internationale des personnes », a dit Mme Kotsioni.
Personne n’est sûr que le flux de migrants continue. Cela dépend beaucoup de ce qui va se passer à Évros, où la présence policière renforcée à la frontière vient d’être prolongée pour deux autres mois. Par ailleurs, à l’approche de l’hiver, il devient de plus en plus difficile de circuler sur la mer Égée.
« D’ici novembre, la mer va devenir houleuse et s’ils heurtent un rocher et tombent à l’eau, la plupart [des migrants] ne savent pas nager », a dit M. Safiadelis, le garde-côte.
*Nom d’emprunt
ks/rz
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MONDE: IRIN Service français - Bulletin hebdomadaire humanitaire 675 14 juin 2013
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Les bateaux de passeurs interceptés sont conduits au port de Mytilène
MYTILÈNE, 7 octobre 2012 (IRIN) - Alors que la Grèce semble avoir réussi à contenir le flux de migrants illégaux qui traversaient la frontière turque par la terre, d’autres migrants et demandeurs d’asile commencent à affluer sur les îles de l’est de la mer Égée.
L’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (Frontex) estime qu’environ 200 migrants arrivent chaque semaine dans les îles depuis le lancement d’une opération en août, dans le cadre de laquelle 2 000 policiers supplémentaires ont été déployés le long de la frontière turque. « Il y a un effet de déplacement », a dit Ewa Moncure, attachée de presse de Frontex, avant d’ajouter qu’un nombre plus limité de migrants tentait d’entrer en Europe par la Bulgarie.
Bien qu’appartenant au territoire grec, les îles se trouvent à quelques kilomètres seulement des côtes turques. Lorsque les conditions météorologiques le permettent, les passeurs peuvent même les atteindre dans de frêles embarcations gonflables. Il est cependant bien plus dangereux de passer par la mer que par la terre et l’on compte déjà de nombreuses victimes. En septembre, un bateau de migrants a heurté un récif et a coulé tout près de la côte turque, faisant 61 morts, dont 31 enfants.
Autorités débordées
Cette nouvelle vague d’immigration par voie maritime cause bien des soucis aux autorités locales. Elles ont reçu de leurs supérieurs à Athènes l’ordre d’arrêter tous les migrants, mais elles ne disposent pas vraiment des moyens nécessaires pour ce faire.
Le gouvernement a annoncé son intention d’ouvrir des centres d’accueil pour les migrants sur les îles de Chios, Samos, Lesbos et Rhodes. En attendant, les cellules des postes de police sont bondées et certains migrants dorment dans des parcs ou des zones portuaires le temps que les policiers leur délivrent un avis d’expulsion qui leur donne sept jours pour quitter le pays.
« Ce document ne leur donne pas vraiment de statut juridique, mais s’ils ne l’ont pas, ils ne peuvent pas acheter de ticket de ferry pour se rendre sur le continent », a expliqué Ioanna Kotsioni, une spécialiste des questions migratoires basée à Athènes et travaillant pour Médecins Sans Frontières (MSF), qui s’est récemment rendue dans trois des ces îles pour évaluer les conditions de détention.
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Des réfugiés syriens détenus par la police à Skalochori
« Pour l’instant, il n’y a pas d’évaluation de la vulnérabilité [des migrants] ni de structures d’accueil adéquates », a dit Mme Kotsioni. « Médicalement parlant, il n’y a aucun service et les cellules sont bondées. Les familles avec enfants sont normalement libérées en priorité, mais en règle générale, tout le monde est placé en détention, parfois pour un mois ou plus. »
Lesbos, la plus grande des îles, a accueilli entre 400 et 500 migrants au cours des deux derniers mois. Selon Antonios Safiadelis, de la garde côtière de Lesbos, la plupart sont des Syriens, mais certains viennent d’Afghanistan ou d’ailleurs. M. Safiadelis est le coordinateur local de l’Opération Poséidon 2012, une initiative conjointe de la Garde côtière hellénique et de Frontex lancée pour répondre à cette nouvelle tendance des migrants à opter pour la voie maritime.
Selon M. Safiadelis, la plupart des bateaux transportant des migrants sont appréhendés en mer. Ceux qui se trouvent toujours dans les eaux turques sont invités à faire demi-tour et ceux qui ont déjà passé la frontière maritime de la Grèce sont menés au port de Mytilène, la principale ville de Lesbos. Les gardes-côtes enregistrent alors les migrants, prennent leurs empreintes digitales et leur font passer un examen médical de base avant de les remettre entre les mains de la police.
La tension monte
Tous les bateaux ne sont toutefois pas interceptés. Récemment, un canot pneumatique transportant 23 réfugiés syriens a accosté de nuit sur la côte nord de Lesbos. Le conducteur est reparti à toute vitesse et ce n’est que le lendemain que les migrants ont découvert qu’ils étaient en Grèce.
« Nous pensions qu’il allait nous emmener en Italie », a dit Emmad Saeed, un jeune homme de 23 ans qui avait entrepris ce voyage risqué avec ses parents, ses deux jeunes frères et d’autres membres de sa nombreuse famille élargie pour échapper aux bombardements aériens menés par le régime du président Bachar Al-Assad sur son village, au nord-est de la Syrie.
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et les demandeurs d’asile. « La Grèce n’a rien à nous offrir alors nous allons partir d’ici, mais nous ne savons pas comment », a-t-il dit à IRIN.
Après cinq heures de marche, M. Saeed et sa famille ont atteint le village de Skalochori, où ils se sont reposés pendant quelques heures et ont mangé un repas organisé par le prêtre local en attendant qu’un camion de police les emmène au poste de Kalloni, à quelques kilomètres de là.
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Dans le village encore endormi de Skalochori, sur l’île grecque de Lesbos, un groupe de 23 réfugiés syriens partage en hâte un repas composé de poisson et de pain offerts par la population locale avant qu’un camion de police arrive pour les placer en détention.
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« Si le nombre [de migrants] continue d’augmenter, la minorité hostile risque de prendre de l’ampleur, surtout si les conditions d’accueil ne sont pas adaptées », a-t-elle dit, ajoutant que l’Aube dorée, le parti politique d’extrême droite, qui a gagné en popularité pendant la crise financière en exploitant le sentiment anti-migrant, était sur le point d’ouvrir une section locale sur l’île de Lesbos. Jusqu’à présent, une seule attaque apparemment raciste – contre deux migrants afghans qui ont renoncé à porter plainte – a été signalée. Mme Sklavou craint cependant que la présence de l’Aube dorée aggrave la situation.
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L’afflux de migrants n’est pas nouveau à Lesbos et dans les autres îles de la mer Égée, il a seulement repris après une interruption de près de trois ans. Jusqu’en 2009, les passeurs préféraient la voie maritime et des centres de détentions étaient en service sur les îles de Lesbos, Samos et Chios. Selon Mme Kotsioni, de MSF, le changement de route généralisé effectué par les passeurs, qui ont alors préféré passer par la frontière terrestre turque plutôt que par la mer Égée, a eu lieu au début de l’année 2010, ce qui coïncide avec l’achèvement d’un programme de déminage dans la région.
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Personne n’est sûr que le flux de migrants continue. Cela dépend beaucoup de ce qui va se passer à Évros, où la présence policière renforcée à la frontière vient d’être prolongée pour deux autres mois. Par ailleurs, à l’approche de l’hiver, il devient de plus en plus difficile de circuler sur la mer Égée.
« D’ici novembre, la mer va devenir houleuse et s’ils heurtent un rocher et tombent à l’eau, la plupart [des migrants] ne savent pas nager », a dit M. Safiadelis, le garde-côte.
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