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mercredi 19 juin 2013
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GHANA-LIBERIA: Les anciens réfugiés libériens vivent dans l’incertitude
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Laura Burke/IRIN
Des anciens réfugiés libériens de Buduburam font peser leurs bagages avant de rentrer dans leur pays
BUDUBURAM, 4 octobre 2012 (IRIN) - Comme des milliers de compatriotes libériens, Nathan Pajibo a vécu dans le camp de réfugiés de Buduburam, prés d’Accra, la capitale ghanéenne, pendant plus de vingt ans, après avoir fui la guerre civile en 1990. En juin 2012, il a perdu son statut de réfugié, tout comme 11 000 Libériens à travers toute la région. Le camp sera bientôt cédé à l’assemblée du district. Cependant, M. Pajibo craint toujours de rentrer dans son pays.
« Il y a des gens [à Buduburam] qui ont joué un rôle majeur dans la guerre : des anciens soldats, des anciens rebelles. Certains ont fait du mal à beaucoup de gens, certains ont été blessés et ont perdu tout espoir dans l’avenir du Liberia en tant que pays. Si tous vos proches se sont fait tuer, vous avez peur de rentrer, peu importe qui est au pouvoir », a-t-il dit à IRIN.
Selon M. Pajibo, qui est maintenant directeur d’école, de nombreux habitants de Buduburam, qui se trouve à 44 kilomètres à l’ouest d’Accra, sont toujours traumatisés par la guerre. « Par exemple, il n’est pas facile pour une personne qui a perdu toute sa famille de monter dans l’avion et de partir, même si les [Nations Unies] promettent de lui verser 500 dollars pour qu’elle rentre chez elle », a-t-il dit à IRIN.
M. Pajibo fait partie des quelque 6 000 Libériens qui vivent encore à Buduburam. Il attend que l’Office ghanéen pour les réfugiés (Ghana Refugee Board, GRB) traite sa demande. Selon le GRB, quelque 4 000 anciens réfugiés ont fait une demande d’intégration locale, environ 1 000 vont retourner au Liberia et près de 1 000 autres sont en train de faire une demande de dérogation pour conserver leur statut de réfugié.
Frederic Johnson, un homme de 43 ans qui a fui au Ghana en 1990, fait partie de la minorité qui se sent prête à rentrer au Liberia. Il y a quelques jours, il a fait la queue à l’extérieur du camp avec des centaines d’autres Libériens pour faire peser ses bagages avant de prendre un avion pour son pays. « [Certains] Ghanéens ont été très bons avec nous. Il est maintenant temps pour nous de rentrer et de reconstruire notre pays. Le Liberia se languit de tous ses citoyens », a-t-il dit à IRIN.
La présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, a dit aux dirigeants internationaux présents la semaine dernière à l’Assemblée générale des Nations Unies que « le Liberia [avait] remonté la pente » et qu’après 10 ans de paix soutenue, ce n’était plus un pays de guerre, de peur, de destruction et de conflit.
Un pays « suffisamment sûr »
Le coordonnateur de programme du GRB, Tetteh Padi, est du même avis et pose des limites claires. « Toute situation de réfugié doit avoir une fin. Personne ne peut être indéfiniment un réfugié », a-t-il dit à IRIN. « Dans le cas des réfugiés libériens, la communauté internationale a décidé [...] que les conditions au Liberia étaient suffisamment sûres pour que les personnes qui ont fui la guerre [rentrent chez elles]. »
Des problèmes majeurs subsistent cependant au Liberia. Selon l’Union européenne, le chômage chez les jeunes monte en flèche et le taux de pauvreté dépasse les 75 pour cent. Les services essentiels comme la santé, l’éducation et l’électricité restent également fragiles.
À l’instar des
anciens réfugiés libériens de l’ouest de la Côte d’Ivoire
, M. Pajibo voit dans la présence permanente des agents de maintien de la paix de la Mission des Nations Unies au Liberia (MINUL) un signe démontrant que la sécurité n’est pas vraiment rétablie. « S’il n’y a pas de guerre, pourquoi devrait-on avoir des Casques bleus dans le pays ? » a-t-il demandé.
En théorie, toute personne ayant un casier judiciaire vierge peut être autorisée à rester au Ghana et à y travailler. Dans les faits toutefois, il est peu probable que plus d’une poignée de Libériens parmi les 1 000 anciens réfugiés cherchant à s’installer dans un pays tiers y parviennent, a dit M. Padi. « Ce n’est tout simplement pas envisageable. »
William Tarloe, aujourd’hui âgé de 32 ans, en avait 16 lorsqu’il a fui son village de l’est du Liberia après avoir vu des combattants tuer son père et tenter de violer sa mère. Les assaillants lui ont laissé la vie sauve, mais ils lui ont planté un couteau dans la main. « Ils m’ont dit qu’ils n’allaient pas me tuer, mais qu’ils allaient me laisser une marque », a-t-il dit. Il a retrouvé ses sœurs et sa mère en Côte d’Ivoire et ils se sont installés en famille au Ghana en 1998 en raison de l’insécurité qui régnait à la frontière libéro-ivoirienne. M. Tarloe, qui n’a pas été à l’école, broie et vend des feuilles de manioc pour survivre. « Je veux aller quelque part où je serai tranquille », a-t-il dit.
Invisibles
Selon M. Padi, un nombre non négligeable d’habitants du camp n’ont d’autre choix que de rester, car ils n’ont ni carte d’identité ni papiers. Certains sont revenus au Ghana après avoir été rapatriés, tandis que d’autres sont arrivés trop tard pour le processus d’enregistrement initial. D’autres encore sont arrivés plus récemment pour rejoindre des proches ou trouver du travail.
Nombre d’entre eux sont des réfugiés de la Sierra Leone qui sont restés au Ghana. Puisque le GRB n’existait pas à l’époque de leur arrivée, on ne leur a jamais proposé de participer à un programme d’intégration locale.
Ces personnes qui vivent en marge de la société ghanéenne ont peu de possibilités de trouver un emploi. Aujourd’hui, Buduburam n’a plus rien d’un camp de réfugiés. Avec ses maisons délabrées et ses échoppes de vêtements et de produit chinois bon marché, il ressemble à n’importe quelle banlieue pauvre d’Accra.
Au fil des ans, le quartier a fini par être associé à la criminalité et à l’anarchie. Les forces de police y font régulièrement des descentes pour arrêter des criminels. Un orphelinat non déclaré a été fermé en juin 2012 et ses administrateurs auraient été arrêtés pour avoir livré des filles à la prostitution.
Malgré tout, certains anciens réfugiés préfèrent rester au Ghana tout en étant marginalisés plutôt que de retourner dans le passé. « Tous mes enfants ont grandi ici et cela fait plus de 20 ans que je vis ici », a dit Regina Johnson, une ancienne réfugiée. « Nous voulons rester. »
lb/aj/cb-gd/amz
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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MONDE: IRIN Service français - Bulletin hebdomadaire humanitaire 675 14 juin 2013
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Des anciens réfugiés libériens de Buduburam font peser leurs bagages avant de rentrer dans leur pays
BUDUBURAM, 4 octobre 2012 (IRIN) - Comme des milliers de compatriotes libériens, Nathan Pajibo a vécu dans le camp de réfugiés de Buduburam, prés d’Accra, la capitale ghanéenne, pendant plus de vingt ans, après avoir fui la guerre civile en 1990. En juin 2012, il a perdu son statut de réfugié, tout comme 11 000 Libériens à travers toute la région. Le camp sera bientôt cédé à l’assemblée du district. Cependant, M. Pajibo craint toujours de rentrer dans son pays.
« Il y a des gens [à Buduburam] qui ont joué un rôle majeur dans la guerre : des anciens soldats, des anciens rebelles. Certains ont fait du mal à beaucoup de gens, certains ont été blessés et ont perdu tout espoir dans l’avenir du Liberia en tant que pays. Si tous vos proches se sont fait tuer, vous avez peur de rentrer, peu importe qui est au pouvoir », a-t-il dit à IRIN.
Selon M. Pajibo, qui est maintenant directeur d’école, de nombreux habitants de Buduburam, qui se trouve à 44 kilomètres à l’ouest d’Accra, sont toujours traumatisés par la guerre. « Par exemple, il n’est pas facile pour une personne qui a perdu toute sa famille de monter dans l’avion et de partir, même si les [Nations Unies] promettent de lui verser 500 dollars pour qu’elle rentre chez elle », a-t-il dit à IRIN.
M. Pajibo fait partie des quelque 6 000 Libériens qui vivent encore à Buduburam. Il attend que l’Office ghanéen pour les réfugiés (Ghana Refugee Board, GRB) traite sa demande. Selon le GRB, quelque 4 000 anciens réfugiés ont fait une demande d’intégration locale, environ 1 000 vont retourner au Liberia et près de 1 000 autres sont en train de faire une demande de dérogation pour conserver leur statut de réfugié.
Frederic Johnson, un homme de 43 ans qui a fui au Ghana en 1990, fait partie de la minorité qui se sent prête à rentrer au Liberia. Il y a quelques jours, il a fait la queue à l’extérieur du camp avec des centaines d’autres Libériens pour faire peser ses bagages avant de prendre un avion pour son pays. « [Certains] Ghanéens ont été très bons avec nous. Il est maintenant temps pour nous de rentrer et de reconstruire notre pays. Le Liberia se languit de tous ses citoyens », a-t-il dit à IRIN.
La présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, a dit aux dirigeants internationaux présents la semaine dernière à l’Assemblée générale des Nations Unies que « le Liberia [avait] remonté la pente » et qu’après 10 ans de paix soutenue, ce n’était plus un pays de guerre, de peur, de destruction et de conflit.
Un pays « suffisamment sûr »
Le coordonnateur de programme du GRB, Tetteh Padi, est du même avis et pose des limites claires. « Toute situation de réfugié doit avoir une fin. Personne ne peut être indéfiniment un réfugié », a-t-il dit à IRIN. « Dans le cas des réfugiés libériens, la communauté internationale a décidé [...] que les conditions au Liberia étaient suffisamment sûres pour que les personnes qui ont fui la guerre [rentrent chez elles]. »
Des problèmes majeurs subsistent cependant au Liberia. Selon l’Union européenne, le chômage chez les jeunes monte en flèche et le taux de pauvreté dépasse les 75 pour cent. Les services essentiels comme la santé, l’éducation et l’électricité restent également fragiles.
À l’instar des
anciens réfugiés libériens de l’ouest de la Côte d’Ivoire
, M. Pajibo voit dans la présence permanente des agents de maintien de la paix de la Mission des Nations Unies au Liberia (MINUL) un signe démontrant que la sécurité n’est pas vraiment rétablie. « S’il n’y a pas de guerre, pourquoi devrait-on avoir des Casques bleus dans le pays ? » a-t-il demandé.
En théorie, toute personne ayant un casier judiciaire vierge peut être autorisée à rester au Ghana et à y travailler. Dans les faits toutefois, il est peu probable que plus d’une poignée de Libériens parmi les 1 000 anciens réfugiés cherchant à s’installer dans un pays tiers y parviennent, a dit M. Padi. « Ce n’est tout simplement pas envisageable. »
William Tarloe, aujourd’hui âgé de 32 ans, en avait 16 lorsqu’il a fui son village de l’est du Liberia après avoir vu des combattants tuer son père et tenter de violer sa mère. Les assaillants lui ont laissé la vie sauve, mais ils lui ont planté un couteau dans la main. « Ils m’ont dit qu’ils n’allaient pas me tuer, mais qu’ils allaient me laisser une marque », a-t-il dit. Il a retrouvé ses sœurs et sa mère en Côte d’Ivoire et ils se sont installés en famille au Ghana en 1998 en raison de l’insécurité qui régnait à la frontière libéro-ivoirienne. M. Tarloe, qui n’a pas été à l’école, broie et vend des feuilles de manioc pour survivre. « Je veux aller quelque part où je serai tranquille », a-t-il dit.
Invisibles
Selon M. Padi, un nombre non négligeable d’habitants du camp n’ont d’autre choix que de rester, car ils n’ont ni carte d’identité ni papiers. Certains sont revenus au Ghana après avoir été rapatriés, tandis que d’autres sont arrivés trop tard pour le processus d’enregistrement initial. D’autres encore sont arrivés plus récemment pour rejoindre des proches ou trouver du travail.
Nombre d’entre eux sont des réfugiés de la Sierra Leone qui sont restés au Ghana. Puisque le GRB n’existait pas à l’époque de leur arrivée, on ne leur a jamais proposé de participer à un programme d’intégration locale.
Ces personnes qui vivent en marge de la société ghanéenne ont peu de possibilités de trouver un emploi. Aujourd’hui, Buduburam n’a plus rien d’un camp de réfugiés. Avec ses maisons délabrées et ses échoppes de vêtements et de produit chinois bon marché, il ressemble à n’importe quelle banlieue pauvre d’Accra.
Au fil des ans, le quartier a fini par être associé à la criminalité et à l’anarchie. Les forces de police y font régulièrement des descentes pour arrêter des criminels. Un orphelinat non déclaré a été fermé en juin 2012 et ses administrateurs auraient été arrêtés pour avoir livré des filles à la prostitution.
Malgré tout, certains anciens réfugiés préfèrent rester au Ghana tout en étant marginalisés plutôt que de retourner dans le passé. « Tous mes enfants ont grandi ici et cela fait plus de 20 ans que je vis ici », a dit Regina Johnson, une ancienne réfugiée. « Nous voulons rester. »
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