Diminution significative de la mortalité infantile

Selon une étude publiée le 20 septembre par The Lancet, le Niger a presque réduit de moitié le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans depuis 1998. Cette diminution significative met en lumière les bénéfices de la gratuité des soins de santé pour les femmes enceintes et les enfants et de l'augmentation des sommes allouées à la santé par les bailleurs de fonds.

Entre 1998 et 2009, le taux de mortalité est passé de 226 à 128 par 1 000 naissances vivantes, ce qui, selon l'étude, représente une diminution annuelle de 5,1 pour cent. Le pays a ainsi dépassé la cible du quatrième Objectif du Millénaire pour le développement (OMD), qui est de réduire la mortalité infantile de deux tiers entre 1990 et 2015. L'étude note également que la performance du Niger est bien meilleure que celles de ses voisins d'Afrique de l'Ouest.

La prévalence des retards de croissance dus à la malnutrition a légèrement diminué chez les enfants âgés de 24 à 35 mois. L'émaciation a été réduite de près de 50 pour cent, et les diminutions les plus importantes ont été enregistrées chez les enfants de moins de deux ans. La fourniture de moustiquaires traitées, l'amélioration du statut nutritionnel, la supplémentation en vitamine A, le traitement de la diarrhée, du paludisme et de la pneumonie infantile et les campagnes de vaccination ont également permis d'améliorer la survie des enfants, a indiqué l'étude.

« La recherche démontre le succès de la stratégie mise en ouvre par le gouvernement et ses partenaires. C'est un pas important vers le bien-être de la population du Niger », a dit à IRIN Agbessi Amouzou, l'un des auteurs de l'étude.

Dans une récente déclaration, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a cependant indiqué que le Niger était le pays du Sahel qui comptait le plus grand nombre d'enfants souffrant de malnutrition en 2012 et que les niveaux d'insécurité alimentaire y étaient particulièrement élevés. Selon l'organisation, plus de 330 000 enfants de moins de cinq ans sont à risque de malnutrition. Plus de 18 millions d'habitants du Sahel sont menacés de famine à la suite d'une grave sécheresse et d'une flambée des prix des denrées alimentaires.

À l'approche de l'échéance de 2015 fixée pour les OMD, The Lancet a publié une série de rapports dans le cadre de sa collaboration avec Countdown to 2015 [Compte à rebours 2015], une initiative évaluant les progrès réalisés en matière de survie des mères, des nouveau-nés et des enfants. Seulement 23 des 74 pays évalués sont sur la bonne voie pour atteindre le quatrième OMD.

Efforts du gouvernement

À partir du milieu des années 1990, le gouvernement a déployé des efforts pour offrir aux femmes et aux enfants un accès universel aux soins de santé primaires. L'objectif principal était de renforcer les mesures destinées à prévenir les décès dus au paludisme, à la pneumonie, à la diarrhée et à la rougeole. Il a également formé du personnel de santé et construit de nouveaux centres dans les régions éloignées. Selon l'étude, intitulée Reduction in child mortality in Niger: A Countdown to 2015 country case study [Réduction de la mortalité infantile au Niger : une étude de cas du Compte à rebours 2015], l'aide publique au développement (APD) a augmenté de 77 pour cent entre 1998 et 2010 pour atteindre 744,5 millions de dollars.

Tendances de l'aide en matière de santé maternelle et infantile
Selon The Lancet, l'aide publique au développement (APD) en matière de santé maternelle, néonatale et infantile a augmenté de 2,5 fois entre 2003 et 2009 pour atteindre 6,511 milliards de dollars. Après plusieurs années d'augmentation toutefois, l'aide accordée à ces secteurs dans 75 pays prioritaires du programme des OMD a chuté pour atteindre 6,48 milliards de dollars en 2010 - une baisse qui survient dans un contexte plus large de diminution de l'aide au développement, a dit l'auteure du rapport, Justine Hsu, de l'École d'hygiène et de médecine tropicale de Londres (London School of Hygiene and Tropical Medicine).

Une grande partie de l'aide en matière de santé maternelle, néonatale et infantile est allouée aux mêmes pays d'une année à l'autre. L'Inde, le Pakistan, la République démocratique du Congo RDC), la Tanzanie et le Nigeria se classent systématiquement dans les dix premiers.

Ces flux d'aide sont de plus en plus souvent basés sur les besoins, c'est-à-dire qu'ils vont aux pays qui affichent les taux les plus élevés de mortalité maternelle et infantile.

Les estimations de la somme nécessaire pour atteindre les OMD en matière de santé maternelle et infantile oscillent entre 10 et 33,9 milliards de dollars par année (Organisation mondiale de la Santé et Partenariat pour la santé maternelle, néonatale et infantile, 2010).

Avant que le Niger ne prenne des mesures pour renverser la tendance, la pneumonie, le paludisme et la diarrhée étaient responsables de près de 60 pour cent des décès chez les enfants de moins de cinq ans, a dit M. Amouzou, du département de la santé internationale de l'École de santé publique Bloomberg de l'Université Johns Hopkins (Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health).

« De nombreux décès dus à ces causes sont maintenant évités. Mais cela signifie aussi que des proportions plus importantes de décès surviennent pour des causes qui ne sont pas encore traitées, notamment chez les nouveau-nés. Nous savons comment prévenir les décès dans le premier mois de vie. Le gouvernement nigérien et ses partenaires, encouragés par le succès obtenu jusqu'à présent, prévoient de mettre en ouvre des programmes encore plus efficaces pour les nouveau-nés », a expliqué M. Amouzou.

Rhéal Drisdelle, directeur de Plan International au Niger, a dit à IRIN que les résultats de l'étude étaient « extrêmement réconfortants » dans le contexte de la crise alimentaire qui sévit au Sahel, mais que les taux de malnutrition demeuraient élevés chez les enfants.

« Les chiffres de la malnutrition sont encore extrêmement élevés, mais nous avons remarqué que les enfants souffrant de malnutrition sévère étaient moins nombreux. C'est tout de même une bonne nouvelle que la mortalité due à la malnutrition ait diminué », a-t-il dit, ajoutant que le paludisme et la malnutrition sont les principales menaces à la survie des enfants au Niger.

« Les progrès importants qui ont été accomplis ont permis de rapprocher les soins de santé des personnes qui en ont besoin. Nous ne sommes pas là où nous devrions être, mais il y a eu des avancées. Il y a aussi eu des changements dans la manière dont les personnes considèrent les soins de santé. »

Des soins gratuits pour les enfants de moins de cinq ans

Le représentant adjoint de l'UNICEF au Niger Isselmou Boukhary a dit que de nouveaux centres de santé avaient été construits sur l'ensemble du territoire et que le ratio population-centre de santé était passé de 30 000 : 1 à 5 000 : 1.

« Les soins médicaux sont gratuits pour les enfants de moins de cinq ans. C'est quelque chose dont nous sommes témoins », a dit M. Boukhary. « L'Afrique subsaharienne est souvent associée aux images d'enfants souffrant de malnutrition. Mais au Niger, le programme [d'amélioration de la santé] est une véritable réussite. »

L'étude indique que le Niger a « réussi à réduire de manière significative la mortalité infantile en répondant énergiquement aux occasions et aux contraintes dans leur contexte ».

« Les principes de base - c'est-à-dire offrir à une proportion élevée de mères et d'enfants les interventions qui peuvent leur sauver la vie et utiliser les stratégies permettant d'offrir des services au niveau de la communauté - peuvent et doivent être appliqués dans d'autres pays », a dit M. Amouzou.

ob/aj/cb-gd/amz