Après la sécheresse, les inondations menacent les récoltes

Une mousson active et des températures supérieures aux normales saisonnières ont entraîné de fortes précipitations et des crues éclair dans toute l’Afrique de l’Ouest et le Sahel pendant la saison des pluies de cette année. Des centaines de personnes sont décédées, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées et des fermes ont été dévastées dans certains pays déjà touchés par une grave sécheresse et d’inquiétantes pénuries alimentaires.

Selon l’Organisation météorologique mondiale, de fin juillet à fin août, des précipitations plus de 150 fois supérieures à la normale ont balayé le sud-est de la Mauritanie et les régions voisines du Mali, du Sénégal, du nord du Burkina Faso, du bassin du fleuve Niger au Mali, du bassin du lac Tchad au Niger, du Nigeria et du Cameroun.

« Aucune donnée fiable n’est encore disponible [concernant la façon dont les récoltes seront touchées], mais les inondations vont affecter la production agricole », a dit Al Hassan Cissé, coordinateur des politiques régionales pour la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest d’Oxfam International.

Selon M. Cissé, au Niger, les rizières qui longent le fleuve Niger sont inondées, tout comme plus de 7 000 fermes. « Les bonnes prévisions de récolte au Niger vont devoir être revues à la baisse, car les inondations vont avoir un impact important sur les régions riveraines ». Le Réseau de systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWSNET) de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) avait prévu en août des récoltes fructueuses pour le Niger, après « une pluviosité extrêmement bonne ».

Selon FEWSNET, les inondations vont avoir des conséquences négatives sur la production de riz dans la région du Tillabéry, au nord-est de la capitale, Niamey. Les réfugiés et les populations d’accueil du Tillabéry qui se trouvent en situation d’insécurité alimentaire continueront de dépendre d’une aide alimentaire en mars 2013.

Les inondations ont fait environ 81 morts et 525 000 déplacés au Niger. Les organisations humanitaires se sont mobilisées pour fournir de la nourriture, des abris, de l’eau et des soins médicaux d’urgence aux personnes dans le besoin. Le Tillabéry est celle des huit régions affectées qui compte le plus de victimes, soit 79 740 personnes touchées.

Les barrages du fleuve Niger ont atteint leur niveau d’eau le plus élevé en 29 ans, incitant l’Agence nationale de gestion des situations d’urgence du Nigeria (National Emergency Management Agency) à ordonner une évacuation immédiate des plaines qui longent le fleuve. Au moins 137 personnes ont été tuées par les inondations et plus de 35 000 autres ont été déplacées au Nigeria depuis le mois de juillet. En 2011, 102 personnes avaient été tuées par les inondations dans le sud-ouest du pays en une semaine.

Au Cameroun, près de 25 000 personnes ont perdu leur logement dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord en raison des pluies torrentielles qui ont détruit une partie des digues, inondant six villages de l’Extrême-Nord. Selon la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, les personnes affectées ont cherché refuge auprès de familles d’accueil et d’écoles, lesquelles devraient rouvrir bientôt.

Un impact limité sur les récoltes

Selon Gary Eilerts, directeur de programme de FEWSNET, aucun lien n’est généralement établi entre les inondations et l’insécurité alimentaire au Sahel, où plus de 18 millions de personnes ont souffert de la famine pendant la dernière période de soudure en raison d’une forte sécheresse et du prix élevé des denrées alimentaires.

« FEWSNET a découvert que l’accroissement généralisé de l’insécurité alimentaire n’était généralement pas associé aux inondations causées par de fortes pluies, sauf pour les quelques personnes se trouvant directement sur le trajet des eaux de crue », a dit M. Eilerts à IRIN.

« Pour la grande majorité des personnes, les fortes pluies sont plus souvent une bénédiction pour les cultures. »

Si les inondations ont un impact limité sur les récoltes, qui devraient avoir lieu en octobre dans toute l’Afrique de l’Ouest, des centaines de milliers de personnes ont perdu leur logement et leurs biens et vont avoir besoin d’aide pour retrouver une vie normale.

« La priorité devrait être accordée aux régions touchées par la crise alimentaire pour aider les personnes affectées afin que la crise ne se poursuive pas en 2013 », a dit M. Cissé, d’Oxfam. Tous les pays frappés par des pluies abondantes et des inondations, à savoir le Tchad, le Niger, le Nigeria, la Mauritanie et le Sénégal, font partie des États du Sahel et d’Afrique de l’Ouest où des milliers d’habitants ont été confrontés à de graves pénuries alimentaires.

Évacuations à Abidjan

En Côte d’Ivoire, les autorités ont ordonné cette année l’évacuation de 6 000 familles vivant dans des zones inondables d’Abidjan, la capitale commerciale du pays. L’État a versé 300 dollars à chaque famille, pour leur permettre de trouver un hébergement sûr.

« Les saisons des pluies précédentes ont fait plusieurs morts dans certains districts en raison de glissements de terrain, de chutes de pierres et d’inondations. Nous ne voulons pas que cela se reproduise cette année. C’est pourquoi nous avons pris des mesures pour éviter la perte de vies humaines », a dit à IRIN Fiacre Kili, directeur de l’Office national de la protection civile.

Des représentants des gouvernements d’Afrique de l’Ouest et des organismes d’aide humanitaire se sont rassemblés le 12 septembre à Dakar, une ville qui a subi d’importantes inondations en août, pour chercher des façons d’améliorer la prévention des catastrophes et trouver des solutions au-delà des interventions d’urgence.

ob/yi/aa/aj/cb-ld/amz