L’éducation, victime de la ruée vers l’or

L’expansion que connaît l’exploitation minière aurifère depuis trois ans a fait du pays l’un des principaux producteurs d’Afrique, mais cela a également détourné les enfants – certains âgés de seulement six ans – du chemin de l’école.

À l’échelle nationale, le nombre exact d’enfants qui abandonnent l’école pour la mine reste indéterminé, mais beaucoup d’écoliers travailleraient principalement dans des mines artisanales où ils concassent des pierres, passent les résidus au tamis, transportent l’eau et cuisinent. D’autres se rendent à la mine les jours où ils n’ont pas cours ; jeudi et samedi, a affirmé Moussa Ouedraogo, le directeur régional du nord du pays pour le ministère de l’Enseignement de Base et de l’Alphabétisation.

« Cela ne signifie pas qu’ils ont abandonné l’école, mais c’est le signe qu’ils pourraient finir par le faire complètement sous l’influence de leurs parents et de ceux qui ont gagné de l’argent là-bas », a déclaré à IRIN M. Ouedraogo. Il a indiqué que 900 enfants n’avaient pas passé leurs examens dans la région cette année et que 3 300 autres travaillaient dans les mines les jours où ils n’avaient pas classe.

« Nous sensibilisons les parents pour freiner la tendance », a-t-il dit, mais il a admis que récompenser les parents et les enfants avec des bicyclettes, des livres et de l’argent s’ils renoncent à la mine n’était pas très efficace.

Selon le ministère de l’Économie et des Finances, l’or est devenu une denrée d’exportation très prisée. En 2011, cela avait rapporté au Burkina Faso 127 milliards de francs CFA (247 millions de dollars). Entre 2007 et 2011, l’or a constitué un apport de 440 milliards de francs CFA, représentant 64,7 pour cent de l’ensemble des exportations et 8 pour cent du PIB. La production est passée de 23 tonnes en 2010 à 32 tonnes en 2011. Les mines d’or sont réparties dans les régions du nord, de l’ouest, du sud-ouest et du centre.

En 2003, le gouvernement a révisé la législation minière pour attirer les investisseurs. Entre 2007 et 2011, sept sites miniers industriels ont ouvert dans le pays d’Afrique de l’ouest, où le coton constituait la principale culture commerciale d’exportation.

Quelque 800 sites miniers traditionnels, où travaillent la plupart des enfants, se sont également ouverts, selon Terre des Hommes, une ONG internationale pour le respect des droits de l’enfant, qui travaille avec le ministère de l’Enseignement du Burkina Faso pour freiner les effets négatifs que le boom minier a sur l’éducation.

« C’est une opportunité dans le village et je ne veux pas la manquer. Si je gagne de l’argent, je n’aurai pas besoin d’aller à la capitale [Ouagadougou] pour chercher du travail si j’échoue à l’école », a déclaré Ousséni Sawadogo, 13 ans. Il est payé un tiers de ce qu’il produit, le reste revenant au propriétaire de la mine. Ces quatre derniers mois, Ousséni a déclaré avoir gagné environ 400 dollars, mais que ses amis avaient gagné plus.

Une fréquentation scolaire irrégulière

L’inscription à l’école primaire est de 57,8 pour cent dans le pays, mais seuls 33,9 pour cent des élèves terminent leur cursus, et seulement 24 pour cent des élèves dans les zones rurales.

Selon une récente étude de l’Institut national de la statistique et de la démographie du gouvernement, les enfants qui travaillent dans les mines ont entre 6 ans, pour les plus jeunes, et 17 ans.

« Nous devons organiser des débats nationaux sur ce problème, car dans cinq ans, nous n’aurons plus d’écoles dans certaines régions du pays », a affirmé Hassane Samkara du Cadre de concertation des ONG et associations actives en éducation de base, une coalition d’ONG locales travaillant pour le développement de l’éducation de base et l’inscription à l’école.

M. Sankara craint que tout l’investissement de ces dernières années pour encourager la fréquentation scolaire ne soit perdu. En 2001, le gouvernement avait lancé un projet de 62 milliards de francs CFA (118 millions de dollars) visant à augmenter le nombre d’enfants inscrits à l’école primaire pour atteindre 70 pour cent d’ici 2010, et 100 pour cent d’inscrits d’ici 2015.

« C’est un échec total de la politique nationale car [l’exploitation minière] incite les enfants à quitter l’école, vide les centres de formation, et seules les personnes âgées restent dans les villages », a déclaré M. Sankara, qui a vu son propre cousin abandonner le collège à un niveau avancé pour travailler sur un site minier à Kalsaka dans le nord.


Photo: Themepap/Flickr
Les efforts pour dissuader les enfants d’abandonner l’école pour la mine n’ont pas eu beaucoup d’effet jusqu’à présent

« L’impact de l’exploitation minière dépasse le secteur de l’éducation », a déclaré à IRIN le ministre Koumba Boly, exprimant sa crainte que le développement général du pays ne soit fragilisé si l’éducation est affectée. Le ministre a affirmé qu’un décret serait publié lors de la réouverture des écoles mi-septembre, interdisant aux enfants de travailler dans les mines.

Dans la région centrale du Burkina Faso de Pousguin, la population est passée de 10 000 à 35 000 en un mois après la découverte récente d’un gisement d’or, a déclaré Herman Zoungrana de Terre des Hommes.

« Nous avons assisté à l’apparition de nouveaux villages, et les nouveaux arrivants s’installent avec leurs enfants », a dit M. Zoungrana. Il a expliqué qu’il était difficile d’écarter complètement les enfants de la mine, car ils émigrent souvent avec leurs familles dès que de nouveaux sites d’exploitation minière sont découverts.

« Vous pouvez ramener 100 enfants sur le chemin de l’école aujourd’hui et, le jour d’après, ils auront déménagé ailleurs car il y a un nouveau site », a-t-il dit. « Les sites miniers représentent la seule opportunité [économique] pour les personnes arrivant ici avec leurs familles. De plus en plus de sites miniers deviennent des villages à part entière. Et même si les enfants ne travaillent pas, ils vivent là-bas ».

Abdoul Moumouni Kaboré, 17 ans, a déclaré que beaucoup d’enfants travaillaient dans les mines pour aider leurs familles.

« Je suis venu pendant les vacances et je ne suis jamais retourné à Ouagadougou, car autour de nous, beaucoup de garçons entretiennent leurs familles grâce à l’argent qu’ils gagnent sur le site », a expliqué Abdoul qui travaille dans une mine à Pousguin depuis deux mois. « Tu dois travailler dur et attendre que la chance tourne. Je ne peux pas rentrer avant d’avoir gagné quelque chose, car les gens se moqueraient de moi ».

Pauvreté

Selon Moussa Ouedraogo, le directeur régional de l’éducation du nord du pays, cette année, le ministère de l’Enseignement a distribué des vivres aux écoles de la région connue pour ses mauvaises récoltes, afin d’empêcher les enfants de rejoindre les sites miniers.

« Mais nous pouvons seulement couvrir une partie de l’année scolaire avec la distribution de nourriture », a-t-il. La pauvreté et la misère relèguent l’importance de l’éducation au second plan, et beaucoup de gens se sont mis à travailler dans les mines pour survivre financièrement.

M. Zoungrana de Terre des Hommes a déclaré qu’ils avaient également distribué des céréales et d’autres denrées dans les cantines scolaires et à quelques familles pour dissuader les parents d’envoyer leurs enfants à la mine.

« Nous essayons aussi de faire de l’école un endroit agréable avec des jeux et des activités sportives », a ajouté M. Zoungrana.

Les compagnies minières doivent aussi agir

Le ministère de l’Enseignement affirme que la stratégie pour lutter contre l’abandon scolaire dépend des administrateurs locaux comme les maires, mais M. Zoungrana a déclaré que le problème ne pouvait pas être résolu au seul niveau local.

« Les villages [autorités locales] s’investissent, mais il n’existe aucune législation gouvernementale pour soutenir leurs démarches afin que les compagnies minières soient légalement obligées de contribuer financièrement à renforcer leurs actions ».

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