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mercredi 19 juin 2013
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KENYA-SOMALIE: Le rapatriement des réfugiés de Dadaab jugé « irréaliste »
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UNICEF/Riccardo Gangale
Nouvelle arrivée de réfugiés à Dadaab
JOHANNESBOURG/DADAAB, 20 août 2012 (IRIN) - Les multiples appels lancés au cours des derniers mois par les responsables du gouvernement kényan pour le rapatriement des 500 000 réfugiés somaliens installés dans le camp de Dadaab vers des régions du sud de la Somalie identifiées comme sures ont été jugés irréalistes par les agences d’aide humanitaire et les réfugiés eux-mêmes.
Lors de son intervention à la Conférence de Londres sur la Somalie en février, le président kényan Mwai Kibaki a dit que les camps surpeuplés de Dadaab constituaient « des menaces croissantes et sérieuses pour la sécurité du Kenya et de la région » et que son pays ne pouvait plus porter le lourd fardeau des réfugiés.
Il a appelé la communauté humanitaire internationale à procéder au rapatriement des réfugiés somaliens vers les régions libérées du contrôle d’Al-Shabab par les Forces de défense du Kenya et la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) en octobre 2011.
Depuis février, plusieurs autres hauts responsables kényans, dont le ministre des Affaires étrangères Moses Wetangula et le ministre de la Sécurité intérieure George Saitoti (aujourd’hui décédé), ont fait écho aux déclarations de M. Kibaki, indiquant que les réfugiés pourraient être rapatriés dans les régions frontalières de la Somalie en toute sécurité. Plus récemment, le Secrétaire permanent du ministère de la Sécurité intérieure, Mutea Iringo, a déclaré au journal « The East African » que son gouvernement s’entretenait avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et d’autres partenaires des modalités de la réinstallation des réfugiés somaliens de Dadaab dans les « régions pacifiées » de l’autre côté de la frontière.
Cependant, Mans Nyberg, le porte-parole du HCR, a indiqué que son agence n’avait reçu aucune proposition officielle de la part du gouvernement concernant le rapatriement des réfugiés en Somalie.
Poursuite des violences
« Nous avons bien sûr pris connaissance des déclarations des responsables gouvernementaux, et nous répondons que tout rapatriement doit avant tout être basé sur le principe du volontariat, mais aussi que les conditions de vie en Somalie doivent être favorables et durables », a dit M. Nyberg à IRIN.
Il a noté que si quelques réfugiés installés à Dadaab s’étaient rendus dans leur village de l’autre côté de la frontière pour évaluer la situation, aucun retour permanent n’avait été signalé.
Un principe clé de la Convention relative au statut des réfugiés de 1951 (signée par le Kenya), connu sous le nom de principe de non-refoulement, interdit le rapatriement forcé des réfugiés dans un pays où les risques de persécution persistent.
Un rapport de Human Rights Watch, publié en mars, a indiqué que les combats se poursuivaient dans les villes et régions frontalières prétendument libérées par le Kenya et que les populations locales prises pour cible par les milices d’Al-Shabab préféraient fuir ces régions que d’y retourner.
Laetitia Bader, chercheuse à
Human Rights Watch
, a dit à IRIN que la situation n’avait que peu évolué depuis mars et que les combats s’étaient déplacés à l’intérieur des terres.
« Al-Shabab continue à tendre des embuscades, donc je suis très sceptique quant à la situation sécuritaire dans cette région dite sure », a-t-elle dit. « Les réfugiés somaliens de Dadaab ont de vrais problèmes en ce moment, mais nous n’enregistrons pas de retours massifs vers ces régions ».
Les camps de Dadaab tout aussi dangereux
Depuis le début de l’incursion kenyane en Somalie l’année dernière, les
attaques
se sont multipliées dans les camps de Dadaab : les partisans d’Al-Shabab utilisent des armes à feu et des bombes contre la police kényane et les travailleurs humanitaires, et procèdent à des enlèvements. L’insécurité croissante et le manque de financement ont conduit à une importante diminution des efforts d’aide dans les camps au cours de ces derniers mois ; seules les activités vitales ont été maintenues.
En juillet, un groupe de sept agences d’aide humanitaire ont tiré la sonnette
d’alarme
: au moins 200 000 réfugiés risqueraient de manquer d’eau, d’abris, de soins de santé et d’éducation en raison d’un déficit de financement qui s’élève à 25 millions de dollars. Kellie Leeson, directrice régionale adjointe du Comité internationale de la Croix-Rouge, a dit à IRIN que la situation financière ne s’était pas améliorée le mois dernier et que certains bailleurs de fonds avaient indiqué qu’ils allaient encore réduire leurs contributions.
« C’est une situation difficile quand on est confronté à des situations [qui concernent les réfugiés] qui se prolongent, particulièrement lorsqu’il il n’y a pas de solution claire et qu’on ne voit pas la fin du tunnel », a-t-elle dit. « Tout le monde s’accorde à dire que le rapatriement dans une Somalie sure et stable constitue la meilleure solution à long terme, mais les conditions ne sont pas réunies pour le moment ».
En dépit des dangers croissants et des difficultés de la vie dans un camp, aucun des réfugiés interrogés par IRIN ne s’est dit prêt à revenir en Somalie.
« On n’est pas en sécurité ici », a dit Muktar Ahmed, un résident du camp d’Ifo âgé de 38 ans. « La situation est de plus en plus dangereuse à Dadaab, mais nous ne pouvons pas partir vers une région plus dangereuse et secouée par les combats ».
« J’aimerais bien rentrer dans mon pays, mais je ne veux pas être une personne déplacée à l’intérieur de mon propre pays (PDIP) », a dit Farhan Mumin, un commerçant qui vit à Dadaab depuis 20 ans. « Je ne partirai que lorsque la situation sera normale ».
Entretemps, les agences d’aide humanitaire ont indiqué que la fourniture d’une aide substantielle aux PDIP installés dans les camps des régions somaliennes où le niveau de sécurité est insuffisant pourrait non seulement mettre en danger la vie des travailleurs humanitaires et des réfugiés, mais aussi déstabiliser la région.
« Je pense que pour l’instant, c’est un projet irréaliste et politique », a dit Mme Bader de Human Rights Watch. « Protéger ceux qui sont ici [au Kenya] et s’assurer que leurs besoins sont satisfaits devrait être la priorité ».
Adams Oloo, analyste politique et professeur à l’université de Nairobi, a noté qu’à l’approche des élections générales de mars 2013, les déclarations des représentants politiques kényans en faveur du rapatriement des réfugiés en Somalie n’auraient pour objectif que de gagner la confiance des électeurs alors « que le gouvernement n'est peut-être pas prêt à agir rapidement »..
ks/mh/ko/rz-mg/
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Démocratie et gouvernance
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Paix et sécurité
,
Réfugiés et déplacés
,
Sécurité
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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MONDE: IRIN Service français - Bulletin hebdomadaire humanitaire 675 14 juin 2013
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Nouvelle arrivée de réfugiés à Dadaab
JOHANNESBOURG/DADAAB, 20 août 2012 (IRIN) - Les multiples appels lancés au cours des derniers mois par les responsables du gouvernement kényan pour le rapatriement des 500 000 réfugiés somaliens installés dans le camp de Dadaab vers des régions du sud de la Somalie identifiées comme sures ont été jugés irréalistes par les agences d’aide humanitaire et les réfugiés eux-mêmes.
Lors de son intervention à la Conférence de Londres sur la Somalie en février, le président kényan Mwai Kibaki a dit que les camps surpeuplés de Dadaab constituaient « des menaces croissantes et sérieuses pour la sécurité du Kenya et de la région » et que son pays ne pouvait plus porter le lourd fardeau des réfugiés.
Il a appelé la communauté humanitaire internationale à procéder au rapatriement des réfugiés somaliens vers les régions libérées du contrôle d’Al-Shabab par les Forces de défense du Kenya et la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) en octobre 2011.
Depuis février, plusieurs autres hauts responsables kényans, dont le ministre des Affaires étrangères Moses Wetangula et le ministre de la Sécurité intérieure George Saitoti (aujourd’hui décédé), ont fait écho aux déclarations de M. Kibaki, indiquant que les réfugiés pourraient être rapatriés dans les régions frontalières de la Somalie en toute sécurité. Plus récemment, le Secrétaire permanent du ministère de la Sécurité intérieure, Mutea Iringo, a déclaré au journal « The East African » que son gouvernement s’entretenait avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et d’autres partenaires des modalités de la réinstallation des réfugiés somaliens de Dadaab dans les « régions pacifiées » de l’autre côté de la frontière.
Cependant, Mans Nyberg, le porte-parole du HCR, a indiqué que son agence n’avait reçu aucune proposition officielle de la part du gouvernement concernant le rapatriement des réfugiés en Somalie.
Poursuite des violences
« Nous avons bien sûr pris connaissance des déclarations des responsables gouvernementaux, et nous répondons que tout rapatriement doit avant tout être basé sur le principe du volontariat, mais aussi que les conditions de vie en Somalie doivent être favorables et durables », a dit M. Nyberg à IRIN.
Il a noté que si quelques réfugiés installés à Dadaab s’étaient rendus dans leur village de l’autre côté de la frontière pour évaluer la situation, aucun retour permanent n’avait été signalé.
Un principe clé de la Convention relative au statut des réfugiés de 1951 (signée par le Kenya), connu sous le nom de principe de non-refoulement, interdit le rapatriement forcé des réfugiés dans un pays où les risques de persécution persistent.
Un rapport de Human Rights Watch, publié en mars, a indiqué que les combats se poursuivaient dans les villes et régions frontalières prétendument libérées par le Kenya et que les populations locales prises pour cible par les milices d’Al-Shabab préféraient fuir ces régions que d’y retourner.
Laetitia Bader, chercheuse à
Human Rights Watch
, a dit à IRIN que la situation n’avait que peu évolué depuis mars et que les combats s’étaient déplacés à l’intérieur des terres.
« Al-Shabab continue à tendre des embuscades, donc je suis très sceptique quant à la situation sécuritaire dans cette région dite sure », a-t-elle dit. « Les réfugiés somaliens de Dadaab ont de vrais problèmes en ce moment, mais nous n’enregistrons pas de retours massifs vers ces régions ».
Les camps de Dadaab tout aussi dangereux
Depuis le début de l’incursion kenyane en Somalie l’année dernière, les
attaques
se sont multipliées dans les camps de Dadaab : les partisans d’Al-Shabab utilisent des armes à feu et des bombes contre la police kényane et les travailleurs humanitaires, et procèdent à des enlèvements. L’insécurité croissante et le manque de financement ont conduit à une importante diminution des efforts d’aide dans les camps au cours de ces derniers mois ; seules les activités vitales ont été maintenues.
En juillet, un groupe de sept agences d’aide humanitaire ont tiré la sonnette
d’alarme
: au moins 200 000 réfugiés risqueraient de manquer d’eau, d’abris, de soins de santé et d’éducation en raison d’un déficit de financement qui s’élève à 25 millions de dollars. Kellie Leeson, directrice régionale adjointe du Comité internationale de la Croix-Rouge, a dit à IRIN que la situation financière ne s’était pas améliorée le mois dernier et que certains bailleurs de fonds avaient indiqué qu’ils allaient encore réduire leurs contributions.
« C’est une situation difficile quand on est confronté à des situations [qui concernent les réfugiés] qui se prolongent, particulièrement lorsqu’il il n’y a pas de solution claire et qu’on ne voit pas la fin du tunnel », a-t-elle dit. « Tout le monde s’accorde à dire que le rapatriement dans une Somalie sure et stable constitue la meilleure solution à long terme, mais les conditions ne sont pas réunies pour le moment ».
En dépit des dangers croissants et des difficultés de la vie dans un camp, aucun des réfugiés interrogés par IRIN ne s’est dit prêt à revenir en Somalie.
« On n’est pas en sécurité ici », a dit Muktar Ahmed, un résident du camp d’Ifo âgé de 38 ans. « La situation est de plus en plus dangereuse à Dadaab, mais nous ne pouvons pas partir vers une région plus dangereuse et secouée par les combats ».
« J’aimerais bien rentrer dans mon pays, mais je ne veux pas être une personne déplacée à l’intérieur de mon propre pays (PDIP) », a dit Farhan Mumin, un commerçant qui vit à Dadaab depuis 20 ans. « Je ne partirai que lorsque la situation sera normale ».
Entretemps, les agences d’aide humanitaire ont indiqué que la fourniture d’une aide substantielle aux PDIP installés dans les camps des régions somaliennes où le niveau de sécurité est insuffisant pourrait non seulement mettre en danger la vie des travailleurs humanitaires et des réfugiés, mais aussi déstabiliser la région.
« Je pense que pour l’instant, c’est un projet irréaliste et politique », a dit Mme Bader de Human Rights Watch. « Protéger ceux qui sont ici [au Kenya] et s’assurer que leurs besoins sont satisfaits devrait être la priorité ».
Adams Oloo, analyste politique et professeur à l’université de Nairobi, a noté qu’à l’approche des élections générales de mars 2013, les déclarations des représentants politiques kényans en faveur du rapatriement des réfugiés en Somalie n’auraient pour objectif que de gagner la confiance des électeurs alors « que le gouvernement n'est peut-être pas prêt à agir rapidement »..
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