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jeudi 20 juin 2013
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IRAK: Une « crise humanitaire » se profile pour les rapatriés de Syrie
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Heba Aly/IRIN
Bon nombre de réfugiés irakiens ont des difficultés à trouver du travail à leur retour
BAGHDAD, 29 juillet 2012 (IRIN) - Les milliers d’Irakiens rapatriés de Syrie devront faire face à des défis majeurs pour se réintégrer dans un pays où le taux de chômage est élevé, les services de base sont défaillants et les conflits religieux font rage. « Je pense que nous allons faire face à une crise humanitaire dans ce domaine », a dit Yaseen Ahmed Abbas, président du Croissant-Rouge irakien (CRI). « Un tel afflux de personnes en si peu de temps va engendrer une pression dans tous les domaines en Irak. La situation n’est pas facile ».
Plus de 15 000 Irakiens sont revenus en Irak au cours de ces neuf derniers jours après des combats sans précédent à Damas, la capitale syrienne, selon le ministre adjoint du Déplacement et de la Migration Salam Dawod Al Khafagy. Le gouvernement a évacué 4 000 personnes par avion, a-t-il dit ; le reste a franchi la frontière terrestre. Des dizaines de milliers de personnes supplémentaires sont revenues depuis le début du conflit syrien en mars 2011.
Elham est l’une d’entre elles. Après avoir vécu sept ans en Syrie, elle et son fils sont revenus en Irak le 3 juillet. Elle n’a rien, a-t-elle dit avant d’ajouter : « Je suis comme une étrangère ici ».
Après avoir passé quelques nuits dans un hôtel, elle n’avait plus d’argent et s’est installée chez des amis. La maison de sa famille a été abandonnée il y a quelques années avant d’être à nouveau occupée. Elle est désormais vide : « elle est inhabitable », dit-elle, ajoutant qu’elle n’a pas l’argent nécessaire pour la reconstruire. Ses parents sont morts et mettre la maison à son nom représente un autre obstacle, a-t-elle dit.
Elle a déposé une demande pour bénéficier de la subvention de 4 millions de dinars (3 400 dollars) versée par le gouvernement irakien aux rapatriés, mais elle a appris qu’il lui faudrait attendre plus d’un mois pour l’obtenir.
Les menaces qui ont provoqué sa fuite d’Irak il y a quelques années existent toujours ; elle a peur de quitter sa maison : « La situation sécuritaire est mauvaise ici ». Elle a du mal à imaginer son avenir en Irak. « Je suis perdue. Je ne sais pas ce que je vais faire ».
Capacité de réponse
Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), elle n’est pas seule dans ce cas.
« La plupart des gens ont tout perdu et sont revenus avec très peu de choses », a dit Aurvasi Patel, représentant adjoint du HCR en Irak. « Cela va être un lourd fardeau pour l’État ».
Les membres du personnel du HCR présents des deux côtés de la frontière irako-syrienne ont rencontré des rapatriés sans papiers ; bon nombre d’entre eux ne disposent plus de la carte qui leur permet d’accéder au système de distribution mis en place par le gouvernement et de leur carte d’identité (« Jensiya »), ils n’ont plus d’abri, de nourriture et d’argent.
Le gouvernement irakien a tout d’abord indiqué être capable de faire face à l’afflux, mais il fait de plus en plus appel à l’aide.
« Le nombre d’arrivants augmente tous les jours. Nous avons besoin d’aide », a dit le ministre adjoint Al Khafagy à IRIN. Il préside le nouveau comité chargé de la coordination de la réponse entre les différents ministères et les organisations internationales.
Fort de ses revenus pétroliers, le gouvernement s’est également engagé à verser 50 milliards de dinars (43 millions) au ministère pour qu’il réponde à la crise, mais les fonds n’ont pas encore été transférés par le ministère des Finances, a expliqué M. Al Khalfagy.
Jusqu’à présent, le ministère du Déplacement et de la Migration utilise ses propres fonds pour financer les bourses versées aux Irakiens qui sont revenus soudainement la semaine dernière en raison des combats à Damas, a-t-il ajouté.
Cependant, même avant l’arrivée des rapatriés, le gouvernement s’était montré incapable de dégager l’argent qui était alloué aux rapatriés rapidement, a dit M. Patel.
Le HCR prévoit de verser des subventions d’urgence d’un montant de 400 dollars par famille afin de les aider.
Au niveau local, les gouvernorats disposent également de larges budgets de fonctionnement, ainsi que d’un réseau de cellules d’urgence chargées de répondre à ce type d’urgences, a dit Daniel Augstburger, haut responsable des Affaires humanitaires pour la Mission d’assistance des Nations Unies en Irak.
Mais les procédures du gouvernement sont lentes, bureaucratiques et inefficaces, disent les travailleurs humanitaires.
« Nous allons devoir faire face à la lenteur de la réponse du gouvernement. Mais il a les capacités », a dit M. Augstburger à IRIN.
Moyens de subsistance
Le HCR et le CRI entameront prochainement des études détaillées afin de mieux comprendre les besoins des rapatriés.
Le CRI aide les personnes qui passent la frontière et procédera bientôt à l’enregistrement des rapatriés dans leur ville d’origine afin de mieux les aider. Mais M. Abbas a dit que la Société a été débordée par l’afflux de rapatriés alors que les colis alimentaires d’urgence pour le Ramadan sont distribués.
« Le CRI répondra aux besoins urgents. Mais nous ne pouvons pas répondre aux besoins à long terme. Ils représenteront un fardeau pour l’économie iraquienne. Nous nous attendons à ce que [les rapatriés] soient affectés pendant un moment ».
Ils ont vraiment besoin d’une source de revenus durable, a dit M. Abbas.
Le taux de chômage se situe entre 8 et 11 pour cent en Irak, et le taux de chômage des jeunes est deux fois plus élevé, selon l’Unité d’information et d’analyse interorganisations des Nations Unies. La plupart des rapatriés irakiens ne disposent pas des fonds nécessaires pour créer leur propre entreprise, a dit M. Abbas. Avant les dernières arrivées, les rapatriés avaient des difficultés à s’intégrer, bon nombre d’entre eux dépendant de l’aide extérieure pour survivre.
Le CRI a récemment mis en place un programme dont l’objectif est de permettre la création de petites entreprises, et prévoit de l’étendre aux rapatriés. Mais il faut davantage d’aide, a dit M. Abbas.
Il y a cependant un facteur atténuant : bon nombre de réfugiés rapatriés étaient candidats à la réinstallation à l’étranger. L’une des priorités du HCR est de les enregistrer et de poursuivre le processus de réinstallation à partir de l’Irak, a dit M. Patel.
Fardeau supplémentaire
Mais outre les rapatriés, près d’un demi-million de personnes déplacées par le conflit de 2006-2007 vivent – clandestinement, sous la menace d’une expulsion, avec un accès inégal aux services de base et peu d’opportunités de subsistance – dans des zones urbaines en Irak. Le gouvernement a des difficultés à trouver des solutions à long terme pour ces personnes.
Ces défis s’ajoutent à la présence de près de 2 350 réfugiés syriens qui ont également franchi la frontière irakienne la semaine dernière. Bon nombre d’entre eux occupent des immeubles publics situés le long de la frontière en attendant que des camps soient mis en place pour les accueillir.
« Nous ne sommes pas préparés », a dit M. Abbas concernant la réponse aux réfugiés. « Le gouvernement a soudainement pris la décision d’autoriser les réfugiés syriens [les Syriens qui fuient le conflit qui affecte leur pays et se réfugient en Irak] sans s’être préparé ».
Au poste frontalier d’al-Waleed, le camp établi pour accueillir les Syriens qui fuient leur pays (où des tensions ont vu le jour en 2004) existe toujours, et le HCR le rénove en cas de besoin. À al-Qa’im, le gouvernement et le CRI ont déjà commencé à installer des tentes. Le troisième poste frontalier, celui d’al-Rabi’a, est toujours fermé du côté syrien, a dit M. Patel.
Quelque 8 000 réfugiés supplémentaires originaires de Syrie ont été accueillis dans la région autonome du Kurdistan dans le nord du pays.
ha/cb-mg/amz
Theme (s)
:
Démocratie et gouvernance
,
Réfugiés et déplacés
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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MONDE: IRIN Service français - Bulletin hebdomadaire humanitaire 675 14 juin 2013
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Bon nombre de réfugiés irakiens ont des difficultés à trouver du travail à leur retour
BAGHDAD, 29 juillet 2012 (IRIN) - Les milliers d’Irakiens rapatriés de Syrie devront faire face à des défis majeurs pour se réintégrer dans un pays où le taux de chômage est élevé, les services de base sont défaillants et les conflits religieux font rage. « Je pense que nous allons faire face à une crise humanitaire dans ce domaine », a dit Yaseen Ahmed Abbas, président du Croissant-Rouge irakien (CRI). « Un tel afflux de personnes en si peu de temps va engendrer une pression dans tous les domaines en Irak. La situation n’est pas facile ».
Plus de 15 000 Irakiens sont revenus en Irak au cours de ces neuf derniers jours après des combats sans précédent à Damas, la capitale syrienne, selon le ministre adjoint du Déplacement et de la Migration Salam Dawod Al Khafagy. Le gouvernement a évacué 4 000 personnes par avion, a-t-il dit ; le reste a franchi la frontière terrestre. Des dizaines de milliers de personnes supplémentaires sont revenues depuis le début du conflit syrien en mars 2011.
Elham est l’une d’entre elles. Après avoir vécu sept ans en Syrie, elle et son fils sont revenus en Irak le 3 juillet. Elle n’a rien, a-t-elle dit avant d’ajouter : « Je suis comme une étrangère ici ».
Après avoir passé quelques nuits dans un hôtel, elle n’avait plus d’argent et s’est installée chez des amis. La maison de sa famille a été abandonnée il y a quelques années avant d’être à nouveau occupée. Elle est désormais vide : « elle est inhabitable », dit-elle, ajoutant qu’elle n’a pas l’argent nécessaire pour la reconstruire. Ses parents sont morts et mettre la maison à son nom représente un autre obstacle, a-t-elle dit.
Elle a déposé une demande pour bénéficier de la subvention de 4 millions de dinars (3 400 dollars) versée par le gouvernement irakien aux rapatriés, mais elle a appris qu’il lui faudrait attendre plus d’un mois pour l’obtenir.
Les menaces qui ont provoqué sa fuite d’Irak il y a quelques années existent toujours ; elle a peur de quitter sa maison : « La situation sécuritaire est mauvaise ici ». Elle a du mal à imaginer son avenir en Irak. « Je suis perdue. Je ne sais pas ce que je vais faire ».
Capacité de réponse
Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), elle n’est pas seule dans ce cas.
« La plupart des gens ont tout perdu et sont revenus avec très peu de choses », a dit Aurvasi Patel, représentant adjoint du HCR en Irak. « Cela va être un lourd fardeau pour l’État ».
Les membres du personnel du HCR présents des deux côtés de la frontière irako-syrienne ont rencontré des rapatriés sans papiers ; bon nombre d’entre eux ne disposent plus de la carte qui leur permet d’accéder au système de distribution mis en place par le gouvernement et de leur carte d’identité (« Jensiya »), ils n’ont plus d’abri, de nourriture et d’argent.
Le gouvernement irakien a tout d’abord indiqué être capable de faire face à l’afflux, mais il fait de plus en plus appel à l’aide.
« Le nombre d’arrivants augmente tous les jours. Nous avons besoin d’aide », a dit le ministre adjoint Al Khafagy à IRIN. Il préside le nouveau comité chargé de la coordination de la réponse entre les différents ministères et les organisations internationales.
Fort de ses revenus pétroliers, le gouvernement s’est également engagé à verser 50 milliards de dinars (43 millions) au ministère pour qu’il réponde à la crise, mais les fonds n’ont pas encore été transférés par le ministère des Finances, a expliqué M. Al Khalfagy.
Jusqu’à présent, le ministère du Déplacement et de la Migration utilise ses propres fonds pour financer les bourses versées aux Irakiens qui sont revenus soudainement la semaine dernière en raison des combats à Damas, a-t-il ajouté.
Cependant, même avant l’arrivée des rapatriés, le gouvernement s’était montré incapable de dégager l’argent qui était alloué aux rapatriés rapidement, a dit M. Patel.
Le HCR prévoit de verser des subventions d’urgence d’un montant de 400 dollars par famille afin de les aider.
Au niveau local, les gouvernorats disposent également de larges budgets de fonctionnement, ainsi que d’un réseau de cellules d’urgence chargées de répondre à ce type d’urgences, a dit Daniel Augstburger, haut responsable des Affaires humanitaires pour la Mission d’assistance des Nations Unies en Irak.
Mais les procédures du gouvernement sont lentes, bureaucratiques et inefficaces, disent les travailleurs humanitaires.
« Nous allons devoir faire face à la lenteur de la réponse du gouvernement. Mais il a les capacités », a dit M. Augstburger à IRIN.
Moyens de subsistance
Le HCR et le CRI entameront prochainement des études détaillées afin de mieux comprendre les besoins des rapatriés.
Le CRI aide les personnes qui passent la frontière et procédera bientôt à l’enregistrement des rapatriés dans leur ville d’origine afin de mieux les aider. Mais M. Abbas a dit que la Société a été débordée par l’afflux de rapatriés alors que les colis alimentaires d’urgence pour le Ramadan sont distribués.
« Le CRI répondra aux besoins urgents. Mais nous ne pouvons pas répondre aux besoins à long terme. Ils représenteront un fardeau pour l’économie iraquienne. Nous nous attendons à ce que [les rapatriés] soient affectés pendant un moment ».
Ils ont vraiment besoin d’une source de revenus durable, a dit M. Abbas.
Le taux de chômage se situe entre 8 et 11 pour cent en Irak, et le taux de chômage des jeunes est deux fois plus élevé, selon l’Unité d’information et d’analyse interorganisations des Nations Unies. La plupart des rapatriés irakiens ne disposent pas des fonds nécessaires pour créer leur propre entreprise, a dit M. Abbas. Avant les dernières arrivées, les rapatriés avaient des difficultés à s’intégrer, bon nombre d’entre eux dépendant de l’aide extérieure pour survivre.
Le CRI a récemment mis en place un programme dont l’objectif est de permettre la création de petites entreprises, et prévoit de l’étendre aux rapatriés. Mais il faut davantage d’aide, a dit M. Abbas.
Il y a cependant un facteur atténuant : bon nombre de réfugiés rapatriés étaient candidats à la réinstallation à l’étranger. L’une des priorités du HCR est de les enregistrer et de poursuivre le processus de réinstallation à partir de l’Irak, a dit M. Patel.
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Mais outre les rapatriés, près d’un demi-million de personnes déplacées par le conflit de 2006-2007 vivent – clandestinement, sous la menace d’une expulsion, avec un accès inégal aux services de base et peu d’opportunités de subsistance – dans des zones urbaines en Irak. Le gouvernement a des difficultés à trouver des solutions à long terme pour ces personnes.
Ces défis s’ajoutent à la présence de près de 2 350 réfugiés syriens qui ont également franchi la frontière irakienne la semaine dernière. Bon nombre d’entre eux occupent des immeubles publics situés le long de la frontière en attendant que des camps soient mis en place pour les accueillir.
« Nous ne sommes pas préparés », a dit M. Abbas concernant la réponse aux réfugiés. « Le gouvernement a soudainement pris la décision d’autoriser les réfugiés syriens [les Syriens qui fuient le conflit qui affecte leur pays et se réfugient en Irak] sans s’être préparé ».
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