Les combats dans la capitale s’ajoutent au défi croissant du déplacement

Les combats qui touchent la capitale syrienne Damas sont venus s’ajouter au défi croissant du déplacement en Syrie. Selon le Croissant-Rouge arabe syrien (CRAS), quelque 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays.

Cette semaine, des milliers d’habitants de la capitale ont fui leur domicile après que les rebelles, qui affrontent le gouvernement depuis 16 mois, se sont engagés dans des combats soutenus dans des quartiers de Damas qui était jusqu’alors épargnée par le conflit.

« Si on était resté plus longtemps, on n’aurait probablement pas eu une autre occasion de partir », a dit Hazrid*, un militant et ingénieur informatique du centre de Damas qui a fui vers une zone rurale au nord de la capitale après l’intensification des combats le 19 juillet. « Lorsque je suis parti, la situation devenait dangereuse, particulièrement aux sorties de la ville. C’était la pagaille. Les rues étaient pleines de gens qui essayaient de quitter la ville. Nous avons vu des véhicules brulés sur la route, un char et un car, et quatre voitures accidentées ».

Le 19 juillet, le CRAS a ouvert 18 abris dans des quartiers plus sûrs de Damas et de ses environs, et « quelques milliers » de personnes se sont présentées dans ces centres, a dit à IRIN Khaled Erksoussi, le chef des opérations du CRAS.

Bon nombre de personnes se sont installées chez des amis et des parents, indiquent les travailleurs humanitaires, et ceux qui en ont les moyens ont fui le pays – quelque 18 000 personnes auraient franchi la frontière avec le Liban en l’espace de 48 heures cette semaine, selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Tareq*, un jeune avocat du centre de Damas, a indiqué qu’il avait décidé de rester même s’il ne se sentait pas en sécurité, car il n’avait pas d’autre endroit où aller.

« La plupart des gens que l’on croise dans la rue viennent de villes comme Homs, Hama ou Deraa », a-t-il dit à IRIN. « Ils essayent de quitter la ville, car ils pensent qu’il n’y a pas pire endroit que Damas en ce moment. On peut lire la tristesse sur leur visage. Ils sont dehors, ils attendent la grâce de Dieu ».

Si les combats se poursuivent dans la capitale, l’impact humanitaire de la crise pourrait vite empirer.

« Personne ne pourra faire face à un afflux de personnes dans les centres d’abri », a dit M. Erksoussi.

Le CRAS, qui est la principale agence d’aide humanitaire présente sur le terrain et qui achemine la totalité de l’aide, n’a réussi à atteindre que 900 000 à 950 000 – soit moins de deux-tiers – des déplacés, a dit M. Erksoussi. Le CRAS estime que 2,5 millions de personnes supplémentaires ont également été affectées par le conflit. « Nous ne sommes même pas [allés vers elles] pour l’instant ».

Les défis de la réponse

Selon M. Erksoussi, ces lacunes sont dues au manque de fonds.

« La Syrie est au centre de toutes les attentions », a-t-il dit, « Mais du point de vue humanitaire, personne ne met vraiment la main à la poche et personne ne joint l’acte à la parole ».

Il a indiqué que les bailleurs de fonds se montrent toujours réticents à soutenir le travail du CRAS en Syrie – et qu’ils financent les opérations d’aide aux réfugiés dans les pays voisins, où la situation n’est pas aussi désespérée.

Alors que le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) reconnait qu’il est « urgent » de fournir des fonds – l’appel de 180 millions de dollars n’a été financé qu’à hauteur de 20 pour cent – les travailleurs humanitaires disent que la capacité opérationnelle est un problème supplémentaire.

À al-Nabak, par exemple, dont la population a doublé pour atteindre 80 000 habitants suite à l’afflux de déplacés, la délégation locale du CRAS n’était « absolument pas préparée à une situation d’une telle ampleur », selon Paul Stromberg, représentant adjoint du HCR en Syrie. « Il s’agit vraiment d’une question de capacité ».

Le HCR et d’autres organisations essayent de soutenir le CRAS en lui fournissant du personnel supplémentaire, des installations d’entreposage, des ordinateurs pour faciliter l’enregistrement, des techniques de distribution et une aide dans la distribution des biens, a-t-il dit.

Après plusieurs mois de négociations, le gouvernement a accepté en juin d’autoriser des agences des Nations Unies, des organisations non gouvernementales (ONG) internationales et des organisations communautaires à prendre part au plan de réponse humanitaire. Mais plusieurs distributions de produits d’urgence ont mis du temps à se mettre en place.

La sécurité constitue également un obstacle. « Il est très dangereux de s’installer dans certains endroits », a dit M. Stromberg.

Les agences des Nations Unies ont importé des voitures blindées en Syrie afin de permettre aux travailleurs de se déplacer en toute sécurité, mais jusqu’à présent, le CRAS n’a pas pu accéder à la vieille ville de Homs, par exemple.

Déplacement secondaire

Les déplacements secondaire et tertiaire sont un problème croissant, le conflit s’étant étendu aux zones où les réfugiés se sont installés.

Parmi les personnes déplacées par les récents combats à Qudsiya et Dummar dans la périphérie rurale de Damas figuraient des déplacés originaires d’autres gouvernorats, selon un bulletin d’OCHA en date du 5 juillet.

La semaine dernière, le CRAS a été obligé d’évacuer certains de ses abris et de transférer les déplacés vers une autre zone.

Dans ce contexte, le CRAS encourage les personnes qui ont fui la capitale au début du conflit à retourner dans leurs régions d’origine si la situation est suffisamment sûre, « car c’est à Damas que la situation est la plus difficile ».

« Les gens ont peur. Personne ne sait ce qui va se passer, alors les gens font des stocks de pain chez eux »

Bon nombre de personnes ont commencé à rentrer chez elles. Hier soir [19 juillet], des rebelles de la ville de Homs ont indiqué que quatre cars transportant des déplacés locaux étaient arrivés en ville.

Mais tous les déplacés n’ont pas la possibilité de rentrer chez eux – et pas seulement à cause des violences qui se prolongent.

« Beaucoup de maisons ont été endommagées », a dit à IRIN M. Stromberg du HCR. « Au-delà de l’effet psychologique, il faut pouvoir revenir dans un endroit disposant de l’eau courante, de l’électricité et des installations de base ».

Le retour des déplacés aggrave la situation humanitaire dans les villes comme Homs, où les produits alimentaires et les fournitures médicales commencent à manquer.

« Tout d’abord, Homs a été bombardée ; maintenant Damas est bombardée », a dit à IRIN Waleed*, un militant de Homs. « Je suis sûr que nous allons voir arriver davantage de personnes au cours des prochains jours. Il n’y a plus de lieux sûrs en Syrie ».

Il a toutefois indiqué que beaucoup de personnes retrouvaient des maisons détruites par les lourds bombardements. « Nous préparons des abris où ils pourront s’installer dans des écoles, des églises et des mosquées », a-t-il dit.

Tensions

Le déplacement a généré des pressions sur les ressources et infrastructures locales, beaucoup de villes ayant vu leur population doubler en raison de l’afflux de déplacés.

« Avec l’augmentation du déplacement et l’amenuisement des ressources, les tensions pourraient s’aggraver entre les déplacés et leurs communautés d’accueil », a indiqué le bulletin d’OCHA du 5 juillet.

M. Erksoussi du CRAS a indiqué qu’il s’attendait à ce que la montée de la violence à Damas soit temporaire. Bon nombre de familles ont constitué des stocks de nourriture chez elles en cas de problème, a-t-il ajouté.

Mais les habitants indiquent que les pénuries s’aggravent rapidement à Damas, dont les magasins disposaient de stocks jusqu’au début des combats.

« On trouve toujours du pain dans les boulangeries, mais beaucoup de gens font la queue », a dit Tareq, le jeune avocat. « Les gens ont peur. Personne ne sait ce qui va se passer, alors les gens font des stocks de pain chez eux ».

Des problèmes à plus long terme

D’autres problèmes pourraient bientôt apparaître. Bon nombre de déplacés ont trouvé refuge dans des dizaines d’écoles du pays, et devront peut-être être relogés au début de l’année scolaire en septembre.

« Des problèmes vont se poser d’ici un ou deux mois », a dit M. Stromberg du HCR.

Pendant la semaine de violences à Damas, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a fourni des matelas et des articles ménagers à cinq écoles pour qu’elles puissent accueillir des personnes dans le besoin. Interrogée sur ce qu’il se passerait à la rentrée, la porte-parole Cecilia Goin a répondu : « On intervient au jour le jour ».

Le CRAS discute avec le ministère de l’Éducation SARC de la possibilité de continuer à accueillir des déplacés dans les écoles après le début de l’année scolaire, et d’installer les élèves dans les écoles restantes.

« Nous essayerons de nous débrouiller », a dit M. Erksoussi. « La solution ne doit pas être d’installer les gens dans des camps ».

Les agences des Nations Unies s’inquiètent également d’un possible manque d’eau potable et de perturbations dans des services comme la collecte des ordures.

« Il fait 37 à 40 degrés dans de nombreuses régions », a dit M. Stromberg. « Si les gens ne peuvent pas se laver et qu’il n’y a pas d’installations sanitaires adéquates, cela aura des répercussions avec cette chaleur ».

Des travailleurs humanitaires ont prévenu qu’il restait peu de temps pour se préparer à la période hivernale. Mais selon M. Erksoussi, il y a déjà d’autres problèmes à régler : « Quand nous arriverons à cette étape, nous la surmonterons. Il s’agit d’une situation de crise, je ne peux pas planifier tout cela ».

Il a toutefois indiqué que les programmes de rétablissement – comme la reconstruction des maisons et la prise en charge des étudiants traumatisés – doivent être intégrés à l’effort d’aide pour que les déplacés puissent rentrer chez eux ; et que les enfants puissent retourner à l’école.

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