Mise en garde contre les chasses aux sorcières et les discours haineux en RDC

Les responsables de la République démocratique du Congo (RDC) ont assuré aux leaders de la communauté tutsi qu’ils déployaient leurs efforts pour protéger les Tutsi établis dans le pays dans un contexte de montée du ressentiment engendrée par la mutinerie de soldats tutsis dans l’est du pays.

Charles Muyej, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, a indiqué que les gouverneurs de tout le pays avaient reçu des instructions à cet effet.

« Il est temps pour nous de comprendre que nous sommes un peuple composé de plusieurs communautés. Cette diversité est un atout pour notre pays. Ce n’est pas le moment de faire de la discrimination face à ce qui se passe dans l’Est. Nous devons rester unis », a-t-il dit.

Le ministre s’est exprimé le 12 juillet après avoir reçu une délégation de leaders tutsis. Leur chef de file, Azarias Ruberwa, est un ancien vice-président et l’ancien chef de la rébellion qui a secoué l’est du pays jusqu’à la signature d’un accord de paix en 2003.

« Le message de la communauté tutsi est un message de paix », a dit M. Ruberwa à des journalistes après la rencontre.

« Personne ne devrait subir de harcèlement ou de menace en raison de l’apparence physique. Nous voulons que nos compatriotes comprennent que les membres de la communauté tutsi souhaitent que les combats qui affectent le Nord-Kivu prennent fin aussi vite que possible », a-t-il indiqué.

Le 11 juillet, des hauts responsables du Parti populaire pour la reconstruction du Congo (PPRD), le parti au pouvoir, ont menacé de traquer les Tutsis et de « les renvoyer au Rwanda ».

Le lendemain, Lambert Mende, le ministre de la Communication et des Médias, a suspendu le directeur de la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC) pour avoir diffusé ces menaces proférées lors d’un rassemblement politique.

« En décidant de ne pas interrompre la diffusion de ce message à la télévision nationale, la chaîne se rend responsable de l’insécurité qui pourrait affecter certains groupes ethniques …. Nous avons appris que certains éléments mal intentionnés, manipulés par les personnes responsables des attaques dans notre pays, qui se trouvent au Rwanda, voulaient faire croire [que les Tutsis sont pris pour cible.] Ces messages douteux risquent de donner l’impression que le gouvernement est à l’origine de ces actions, ce qui n’est pas le cas. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a pris une décision ferme à l’égard du directeur de la RTNC », a dit M. Mende.

Message de paix

Alors que la RDC a accusé le Rwanda, dont le gouvernement semble dominé par les Tutsis, de soutenir le groupe rebelle M23, bon nombre de Tutsis ont vécu en RDC toute leur vie et se considèrent comme des citoyens congolais.

André Kimbuta Yango, le gouverneur de Kinshasa et le président du PPRD de Kinshasa, a également exprimé un message de paix.

« Habitants de Kinshasa, je ne veux pas entendre dire que vous traquez nos frères tutsis qui vivent dans la capitale. Les soldats de leur communauté qui combattent au sein de notre armée donnent leur vie comme tous les soldats des autres communautés », a-t-il dit.

Les interventions de ces responsables interviennent après les incidents qui se sont déroulés dans la capitale du Nord-Kivu, Goma : dans cette ville située à la frontière avec le Rwanda, des enfants des rues et des chauffeurs de mototaxis s’en sont récemment pris à des individus perçus comme étant rwandais ou tutsis.

« Ils attrapaient tous ceux qui ressemblaient à des Rwandais et les frappaient avant de les amener à la frontière rwandaise », a dit Junior Kambale, un témoin de ces évènements.

Le Représentant spécial des Nations Unies pour la RDC, Roger Meece, s’est élevé contre ces attaques.

« Les personnes qui prennent les armes pour participer à cette soi-disante [persécution des Tutsis] se sont déjà rendus coupables de crimes graves, ce qui contribue à alimenter le cycle des violences », a-t-il dit.

« Ce sont les civils qui souffrent et qui payent le prix de la situation. Il est très important de trouver un accord, de se réunir régulièrement pour parler et apaiser les tensions, car leur accroissement ne fera qu’aggraver le problème », a-t-il dit à des journalistes.

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