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MADAGASCAR: Les cyclones et la baisse des aides aggravent la malnutrition

BRICKAVILLE, 1 juillet 2012 (IRIN) - Edwige Solo et ses enfants émaciés se sont réfugiés dans la ville côtière de Brickaville, dans la région malgache de l’Atsinanana, pour fuir les répercussions du cyclone Giovanna, qui a dévasté la région.

Mme Solo et deux de ses quatre enfants ont été amenés en ville par son ex-beau-frère quand les emplois saisonniers dans les vergers et les rizières — ses seuls moyens de survie après que son mari a abandonné sa famille — sont devenus quasi inexistants.

Dans la région, les récoltes de riz et de fruits sont généralement abondantes aux mois de mai et juin, mais la saison des cyclones — de janvier à mars — a été éprouvante, avec les cyclones Giovanna et Irina qui ont détruit de nombreux arbres fruitiers et inondé environ 90 pour cent des rizières à la fin du cycle de croissance.

Le plus jeune enfant de Mme Solo est âgé de près de sept mois et pèse environ cinq kilos. Mme Solo a été admise, avec son autre enfant, âgé d’environ cinq ans, dans le Centre de récupération et d’éducation nutritionnelle intensive (CRENI), car les pieds de ses enfants étaient très enflés, signe de malnutrition sévère aiguë.

L’hôpital a été fortement endommagé par le cyclone Giovanna et les patients venant pour des soins généraux sont désormais  pris en charge au sein des services de maternité. Si la saison des récoltes a apporté un peu de répit aux 49 centres de nutrition de la région, ceux-ci sont loin d’être désertés.

Heriniaina Rakotoarisoa, médecin au CRENI de Tamatave, la capitale de la province de l’Atsinanana, a dit à IRIN que pendant la saison de soudure (de janvier à mars), il soignait chaque jour trois cas de malnutrition infantile avec complications. Depuis, il n’en a plus que trois par semaine.

« Souvent, les parents ne se rendent pas compte que leurs enfants souffrent de malnutrition. Ils ne les amènent à l’hôpital que lorsqu’ils développent d’autres problèmes, comme des œdèmes ou des éruptions cutanées. D’ailleurs, il est fréquent que ce ne soit pas les parents qui amènent les enfants. Quand les familles sont en difficulté, les enfants sont souvent confiés à leurs grands-parents ou à leurs oncles, qui n’ont pas toujours les moyens de les nourrir », a-t-il expliqué.

Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), environ huit pour cent des enfants de moins de cinq ans des zones les plus vulnérables (les régions arides du Sud et les côtes est, ouest et nord) souffrent de malnutrition sévère. L’enquête démographique et de santé de Madagascar de 2008-2009 a révélé que la moitié des enfants malgaches de moins de 5 ans souffraient de retard de croissance — conséquence d’une mauvaise alimentation pendant l’enfance. Madagascar se trouvait ainsi au sixième rang mondial des pays enregistrant les taux de retard de croissance les plus élevés. 

L’allaitement n’est pas une panacée

Les enfants âgés de 6 à 23 mois sont les plus vulnérables, car le lait maternel ne suffit pas à satisfaire leurs besoins nutritionnels. Mais cela n’est qu’un aspect de la situation : les bailleurs de fonds estiment qu’à l’échelle nationale, environ quatre pour cent des enfants de moins de six mois qui sont nourris exclusivement au sein souffrent de malnutrition sévère. Dans le cas de Mme Solo et ses enfants, il est facile de comprendre pourquoi, a dit à IRIN Virginie Razanantsoa, nutritionniste pour l’UNICEF en poste à Antananarivo, la capitale de Madagascar.

« Ces personnes sont déjà vulnérables et lorsqu’un bouleversement tel qu’un cyclone survient, elles ne savent plus quoi faire », a-t-elle dit.

Le séjour moyen des enfants souffrant de malnutrition dans les CRENI est de quatre à six semaines. Auparavant, les centres n’accueillaient que les enfants âgés de 6 à 59 mois, mais une politique de porte ouverte a récemment été adoptée.

« Nous accueillons des enfants de deux mois qui souffrent de malnutrition sévère et d’autres qui sont âgés de 8 à 13 ans. Ils ont tous besoin de traitement », a dit M. Rakotoarisoa, ajoutant que certaines familles pouvaient revenir au centre trois ou quatre fois par an. « Nous avons cette mère et ses quatre enfants qu’elle ne peut pas nourrir. Nous essayons de leur donner des suppléments alimentaires spécialisés qu’ils peuvent emporter chez eux, pour qu’ils ne souffrent plus de malnutrition et ne soient plus malades. »

Selon M. Rakotoarisoa, les pénuries alimentaires sont un problème récurrent dans la région de l’Atsinanana, pourtant réputée pour ses cultures commerciales. « Ici, les fermiers continuent de cultiver les terres de leurs ancêtres, mais les terrains ont été partagés à plusieurs reprises entre enfants et petits-enfants. Les parcelles ne sont donc plus assez grandes pour nourrir les familles », a expliqué M. Rakotoarisoa.

Le rapport régional sur l’état de la sécurité alimentaire pour l’Afrique méridionale (Southern Africa Regional Food Security Update) de février 2012 indique que 80 pour cent des 20 millions de Malgaches vivent avec moins d’un dollar par jour et les foyers les plus pauvres consacrent 74 pour cent de leurs revenus à l’alimentation.

La double approche de l’UNICEF

L’UNICEF a adopté une double approche dans le traitement de la malnutrition infantile afin de réduire la mortalité et la morbidité des enfants de moins de cinq ans. Cette approche associe la prise en charge de ces enfants au sein de la communauté, en leur distribuant des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi comme le Plumpy’Nut, avec une visite hebdomadaire dans un CRENAS (Centre de récupération et d’éducation nutritionnelle ambulatoire pour la malnutrition sévère) afin de suivre l’amélioration de leur état de santé.

Les enfants souffrant de complications sont admis dans un CRENI, où ils reçoivent un traitement de lait thérapeutique Formule-100 et Formule-75. Par le biais de ce système, l’UNICEF et ses partenaires traitent environ 16 000 enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition sévère à l’échelle nationale.

« Avant, les mères de famille venaient à l’hôpital quand leurs enfants souffraient déjà de malnutrition sévère. Le traitement prenait au moins un mois. Maintenant, nous disposons de centres de soins ambulatoires dans les communautés et les enfants peuvent donc être traités [préventivement] chez eux », a dit à IRIN Mme Razanantsoa.

En 2007, le gouvernement du président malgache Marc Ravalomanana a décidé d’augmenter le nombre de centres de nutrition de 73 à 488. Ces centres sont cependant confrontés à des pressions financières croissantes depuis 2009. Les bailleurs de fonds avaient alors gelé tous leurs financements, exception faite de l’aide d’urgence, considérant le renversement de M. Ravalomanana par Andry Rajoelina comme un coup d’État.

Peu de services sociaux ont été épargnés par cette forte baisse de financement. Le ministère de la Santé et son Office national de nutrition (ONN) ne font pas exception. Le budget de ce dernier a tellement diminué qu’il ne permet plus de payer les salaires et d’offrir des repas aux familles des patients.

Charlotine Marie Louise, assistante de l’ONN à Brickaville, a dit à IRIN qu’elle n’avait pas été payée depuis deux mois. Depuis, l’UNICEF a pris en charge le versement de ses salaires.

ar/go/cb

Theme (s): Enfants, Santé et nutrition,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

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