La lassitude des bailleurs de fonds force le PAM à réduire les rations pour les réfugiés

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a réduit de moitié les rations alimentaires des réfugiés vivant dans les camps, dans au moins quatre pays africains, invoquant un manque de fonds.

Ces réductions ont déjà touché 16 000 réfugiés du camp de Dzaleka au Malawi. Ils reçoivent des rations réduites de moitié depuis mars, tandis que 120 000 autres réfugiés en Ouganda ont commencé à recevoir des demi-rations de céréales en mai.

Selon le PAM, 100 000 autres réfugiés en Tanzanie ont vu leurs rations de maïs réduites de 50 pour cent depuis la semaine dernière et les rations pour quelque 54 000 réfugiés vivant au Rwanda devraient être diminuées en août sauf si les donateurs apportent plus de fonds.

« Même la ration entière n’était pas suffisante », a dit Sanky Kabeya, résidente du camp de Dzaleka de 24 ans, avec qui s’est entretenu IRIN à la fin de mois de mars. « Je n’ai pas pris de petit déjeuner ce matin et beaucoup sont dans le même cas ».

Gustave Lwaba, un autre résident du camp, a déclaré que la ration mensuelle habituelle de 13 kilos de maïs était tombée à sept kilos, tandis que les rations d’huile de cuisine, de pois d’Angole, de sucre et de sel avaient également été réduites de moitié. « Il y a des gens dans le camp qui dépendent de parents ayant été réinstallés », a-t-il dit. « Les autres sont vraiment affamés car les rations sont épuisées en moins d’un mois ».

Michelle Carter, directrice nationale pour le Service jésuite des réfugiés au Malawi, qui dirige un certain nombre de programmes, notamment d’éducation, dans le camp, a dit que les réductions « conduisaient visiblement à une augmentation de la faim… Je connais des enfants qui vont à l’école la faim au ventre », a-t-elle dit à IRIN.

« Ils ont de la nourriture pour seulement deux semaines et, s’ils sont seuls, c’est pire car ils ne peuvent pas mettre en commun leurs rations ».

Remarquant que seul un très faible pourcentage de réfugiés avait une certaine source de revenus, elle a indiqué que les mères célibataires, les mineurs non accompagnés, les personnes âgées et les handicapés étaient particulièrement touchés par la réduction des rations.

« Même la ration entière n’était pas suffisante. Je n’ai pas pris de petit déjeuner ce matin et beaucoup sont dans le même cas »

Un agent de protection du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Malawi, Gavin Lim, a dit que son organisation prévoyait de procéder à une évaluation dans les mois prochains afin de déterminer l’ampleur de l’impact de cette réduction des rations. Néanmoins, il a indiqué que de nouveaux témoignages de femmes ayant recours à la prostitution pour survivre dans le camp commençaient déjà à apparaître.

Difficile de devenir autosuffisant

Dans la plupart des pays du sud et de l’est de l’Afrique, il existe un règlement pour les réfugiés du camp, qui restreint leur liberté de mouvement et réduit leurs chances de devenir autosuffisants. Certains gagnent un revenu modeste par le biais de petits commerces informels à l’extérieur du camp mais la concurrence avec les locaux, souvent aussi pauvres qu’eux, est féroce et a conduit à des éruptions de violence.

En mai, un certain nombre de réfugiés qui vendaient des marchandises sur un petit marché à l’extérieur de Dzaleka, ont été attaqués par des vendeurs locaux qui les accusaient de compromettre leur commerce. Selon Mme Carter, le gouvernement du Malawi prévoit de retirer, à partir de juillet, les licences commerciales délivrées aux réfugiés.

De nombreux résidents du camp de Dzaleka vivent dans le camp depuis plus de dix ans. En fait, une proportion grandissante de réfugiés vit aujourd’hui ce que le HCR décrit comme un exil ‘prolongé’ (en 2011, plus de sept millions de réfugiés avaient vécu hors de leur pays pendant plus de cinq ans). Les bailleurs de fonds sont de plus en plus réticents à porter le fardeau de nourrir ces réfugiés de longue date.

Commentant la pénurie de fonds, le porte-parole du PAM pour l’Afrique de l’est et l’Afrique australe, David Orr, a déclaré : « Il y a inévitablement une lassitude des bailleurs de fonds à l’égard du grand nombre de réfugiés de longue date ou en exil prolongé ; ces problèmes de financement touchent plus que la nourriture ».

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