Les difficultés de la vie quotidienne

Le terrible attentat-suicide à la bombe qui a eu lieu à Sanaa, la capitale yéménite, a fait les gros titres des médias internationaux et souligné la réalité de problèmes de sécurité bien connus, mais dans la pratique, les gens ordinaires se démènent de façon beaucoup plus banale pour essayer de survivre.

Trois mois après la prise de fonction du nouveau gouvernement du Yémen, la population de Sanaa pense que le rythme de la réforme économique est trop lent et le sentiment de frustration monte.

« Quatre-vingts pour cent de mes revenus servent à l’éducation, l’alimentation et les médicaments pour ma famille, » a indiqué Adel Aklan, habitant de Sanaa sans emploi. « Le gouvernement devrait subventionner les articles de base comme le blé, le sucre, le riz et les médicaments. »

Nuha El Arashi, une étudiante, a dit à IRIN : «  Nous pouvons à peine nous permettre les produits de première nécessité. Avant, c’était facile d’acheter du lait, du pain, de l’eau et des légumes. Aujourd’hui, nous avons bien du mal à le faire et nous évitons tout ce qui n’est pas absolument indispensable. Avant, c’était facile et bon marché de circuler en taxi, mais les tarifs ont doublé parce que le prix du carburant est tellement élevé. »

Au cours des deux dernières décennies, l’économie du Yémen a été très largement alimentée par le pétrole, mais selon un rapport publié en avril par le Carnegie Endowment for International Peace (la Fondation Carnegie pour la paix internationale), les réserves diminuent rapidement. Toutefois, 70 à 80 pour cent des revenus du gouvernement proviennent encore du pétrole, ce qui rend les Yéménites vulnérables aux variations du prix des matières premières sur le marché international et de la production pétrolière nationale, explique le centre de réflexion Chatham House.

Pour Chatham House, la crise politique de 2011 a provoqué un niveau d’inflation élevé et perturbé l’offre des articles de base. « Il faut renforcer les mécanismes de protection sociale existants et de soutenir l’aide humanitaire, afin de garantir à la partie la plus vulnérable de la population du pays la disponibilité et l’accès aux produits de base, » a déclaré le groupe dans un récent communiqué.

En marchant dans Sanaa, on n’a aucun mal à trouver des gens mécontents : Fawzia, une femme originaire d’Ethiopie qui travaille sur un marché de khat, a dit à IRIN : « Les tribus ferment les routes. L’électricité est toujours en panne. Même en restant 100 ans au Yémen, on ne verra jamais de changement. »

Le chômage

« Le chômage structurel est un gros problème au Yémen : en effet nous ne pouvons pas envoyer nos travailleurs dans les Etats du Golfe, parce que nous n’avons pas le bon type de travailleurs ; c’est la même chose pour nos propres entreprises, » a fait remarquer Ali El Waafi, un économiste qui a été membre du parlement.

« Il y a des emplois [au Yémen] mais ceux qui ne travaillent pas ne peuvent pas y accéder parce qu’ils manquent de formation et d’éducation… Il nous faut deux à trois ans de formation dans l’immédiat si nous voulons avoir des travailleurs compétents dans nos propres entreprises ; ensuite nous pourrons les envoyer dans les Etats du Golfe. »

Pour Wilfried Engelke, économiste à la Banque mondiale, le niveau exact du chômage est difficile à évaluer. Selon certaines estimations, il serait d’environ 20 pour cent et concernerait jusqu’à 50 pour cent des jeunes. D’autres études font état de chiffres encore plus élevés, a t-il ajouté.

Mostafa Nasr, économiste au Studies and Economic Media Centre (SEMC), [un groupe de réflexion ] de Sanaa, a indiqué que les seuls emplois créés étaient des emplois ministériels.

L’insécurité alimentaire

Une étude menée en novembre et décembre par des agences humanitaires a révélé que 44 pour cent des ménages yéménites ne pouvaient pas acheter suffisamment de nourriture pour leur famille. Depuis 2009, l’insécurité alimentaire a doublé, selon la Commission européenne. De plus, indique un rapport d’avril, un Yéménite sur trois s’est endetté pour acheter de la nourriture pour sa famille.

Un spécialiste de la sécurité alimentaire de Sanaa, qui a préféré rester anonyme, a dit que le prix des denrées de base avait augmenté de 50 pour cent entre janvier et avril 2011 et était resté à des niveaux record pendant la plus grande partie de l’année. La hausse des prix du carburant a également fait exploser les prix de l’alimentation.

« Même sans augmentation des prix de la nourriture et du carburant, la perte de valeur du rial signifierait malgré tout une réduction du budget journalier pour les familles, » a fait remarquer le spécialiste. Une année de prix alimentaires élevés et une monnaie dévaluée auraient une influence néfaste sur la sécurité alimentaire des plus vulnérables, a t-il ajouté.

Saeed El Usheri, employé dans un restaurant de la vieille ville historique de Sanaa, a fait remarquer que les prix du carburant avaient réduit les bénéfices et que beaucoup d’anciens clients avaient perdu leur emploi et ne pouvaient plus se permettre de manger au restaurant.

« Nous avions d’habitude 30 à 40 clients par jour. Nous en avons actuellement entre 12 et 15, peut-être. Cela fait une baisse d’au moins 60 pour cent. Les clients qui venaient mangeaient un déjeuner complet. Aujourd’hui ils n’achètent qu’un sandwich ou un petit quelque chose et ils s’en vont, parce que c’est tout ce qu’ils peuvent se permettre. »

M. El Usheri a indiqué que son salaire mensuel qui se monte à 30 000 rials (140 dollars) ne suffisait pas à couvrir toutes ses dépenses.

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