Traiter la mère pour sauver l’enfant

De nets progrès ont été réalisés en matière de survie de l’enfant au cours des dix dernières années. Pourtant, si les tout-petits et les jeunes enfants se portent mieux, le taux de mortalité des nouveau-nés demeure élevé. Un nouveau rapport suggère que l’une des clés pour lutter contre la mortalité néonatale serait de s’intéresser davantage à la santé de la mère et de se concentrer sur certaines maladies graves, mais curables.

Les causes classiques de mortalité infantile – la rougeole, la pneumonie et la diarrhée – sont toutes en baisse. Même là où le paludisme sévit toujours, les moustiquaires imprégnées d’insecticide sauvent la vie de nombreux enfants. Or, alors même que les décès dus à d’autres causes sont en déclin, la mortalité durant le premier mois de vie risque d’augmenter.

Des statistiques publiées récemment par des chercheurs de l’université Johns-Hopkins, à Baltimore, montrent que, dans le monde, 40 pour cent des enfants qui décèdent avant l’âge de cinq ans meurent au cours du premier mois de vie. Ce chiffre monte à 50 pour cent, voire plus, dans des régions comme l’Europe et l’Asie du Sud-Est, où les autres causes de mortalité infantile ont été réduites.

Nombre de ces bébés sont nés trop tôt ou trop petits. D’autres ont contracté une infection transmise par leur mère. Dans l’ensemble de ces cas, la survie du bébé dépend de la santé de la mère pendant la grossesse. L’American Medical Association a publié une étude sur l’incidence chez les femmes enceintes de problèmes de santé ayant des conséquences prouvées sur le fœtus et pouvant être traités.

Les chercheurs ont analysé 171 études réalisées en Afrique subsaharienne sur une période de 20 ans, qui montraient si les femmes prises en charge dans les cliniques prénatales étaient atteintes de paludisme, de maladies sexuellement transmissibles ou d’infections de l’appareil génital comme la syphilis, la gonorrhée, la chlamydia et les infections bactériennes ou parasitaires du vagin. Si elles ne sont pas traitées, ces affections peuvent entraîner des fausses couches, des mortinaissances, des naissances prématurées et des insuffisances pondérales à la naissance.

Conséquence du paludisme sur le placenta

Matthew Chico, un chercheur de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres (London School of Hygiene and Tropical Medicine) qui a dirigé l’équipe, a souligné les lourdes conséquences de ces troubles. Le paludisme, par exemple, empêche le placenta de fonctionner correctement. « Cela conduit à une insuffisance pondérale à la naissance, ce qui est le facteur le plus courant de mortalité néonatale », a-t-il expliqué à IRIN. « [L’insuffisance pondérale à la naissance] peut laisser des séquelles à vie. Les enfants qui avaient un poids insuffisant à la naissance ont de mauvais résultats scolaires et gagnent ensuite moins bien leur vie. Curieusement, ils ont aussi plus souvent tendance à développer des troubles cardiovasculaires plus tard dans leur vie.

« Les séquelles sont multiples. Par exemple, les filles ont plus de risques d’avoir elles-mêmes des bébés de faible poids de naissance et le problème se transmet donc de génération en génération. Il faut rompre ce cycle. »

« La bonne nouvelle est que toutes ces affections peuvent être soignées. Il faut juste trouver la meilleure façon d’aller au-devant de ces femmes, dont la plupart n’auront aucun symptôme et ne sauront pas qu’elles sont touchées. »

M. Chico et ses collègues ont divisé le continent en deux régions : l’Afrique de l’Est et australe, d’une part, et l’Afrique de l’Ouest et centrale, d’autre part. En effet, l’incidence plus élevée du VIH/SIDA en Afrique australe pouvait influencer les résultats. L’Afrique du Sud a par ailleurs été exclue, car le paludisme, qui constituait un élément majeur de l’étude, y a enregistré un tel recul qu’il ne représente plus une menace.

Les résultats sont alarmants. L’incidence de la syphilis et de la gonorrhée était relativement faible (moins de cinq pour cent) et les chiffres les plus récents montraient qu’elle était en baisse. Toutefois, en Afrique de l’Est et australe, plus de la moitié des femmes prises en charge dans des cliniques prénatales avaient été diagnostiquées positives au dépistage d’infections vaginales bactériennes et plus d’un quart étaient atteintes de trichomonase, une infection parasitaire.

Ces chiffres étaient légèrement plus faibles en Afrique de l’Ouest et centrale, mais le taux d’infection au paludisme y était plus élevé (environ 40 pour cent). Selon des études plus récentes, ce taux a encore un peu baissé, ce qui semble indiquer que la promotion de l’usage de la moustiquaire pour les femmes enceintes a été efficace.

Ces moyennes cachent d’importantes variations d’un endroit à l’autre. Ainsi, les données collectées à Blantyre, au Malawi, montrent que 85 pour cent des femmes avaient une infection vaginale bactérienne, tandis qu’à Ngali, au Cameroun, près de 95 pour cent des femmes étaient atteintes de paludisme.

Mais que peut-on faire ? Un traitement efficace pourrait permettre de réduire de façon significative la mortalité néonatale. « Il a été démontré qu’un accès universel au traitement contre le paludisme pourrait réduire la mortalité néonatale d’un tiers », a fait remarquer M. Chico. « Ajoutez à cela un traitement contre les MST [maladies sexuellement transmissibles] et les IAG [infections de l’appareil génital] et cette baisse serait certainement supérieure. »

Bonne nouvelle

La bonne nouvelle est que toutes ces affections peuvent être soignées. Il faut juste trouver la meilleure façon d’aller au-devant de ces femmes, dont la plupart n’auront aucun symptôme et ne sauront pas qu’elles sont touchées. La méthode actuelle consiste à prescrire du Fansidar (sulfadoxine-pyriméthamine), un traitement préventif contre le paludisme, à toutes les femmes enceintes. Mais la résistance croissante à ce médicament réduit son efficacité.

Une autre possibilité serait de réaliser un dépistage du paludisme lors de chaque visite prénatale et de ne prescrire un traitement qu’en cas de résultat positif. « La méthode basée sur le dépistage et le traitement limite l’usage de médicaments », a dit M. Chico à IRIN. « Cela limiterait la résistance aux traitements. Mais le dépistage n’indique pas si le placenta est infecté. Or, c’est cela qui nuit au fœtus. Par ailleurs, cette approche ne protège pas des maladies sexuellement transmissibles.

« On pourrait aussi avoir recours à une thérapie préventive combinée associant un antipaludéen et l’azithromycine, qui est un antibiotique pouvant agir contre les autres infections et possédant également des propriétés antipaludéennes. De nombreux médecins sont réticents à l’idée de donner un médicament à une femme enceinte, à mois d’être certains qu’elle en ait besoin. Dans le cas présent toutefois, c’est un moindre mal.

« Nous avons besoin d’études comparant les différents traitements pour des populations similaires. Nous pourrons alors savoir quelle voie suivre. »

eb/cb-gd/amz