OMD – l’après 2015

Douze années sont passées et il en reste encore trois avant la date butoir des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Le débat concernant les réussites, les échecs et – peut-être plus important encore – les nouveaux objectifs à fixer pour la suite prend de l’ampleur.

Le 3 mai, un comité d’experts réuni à l’Institut d’Études en développement (Institute of Development Studies, IDS), au Royaume-Uni, a exposé ses arguments. L’IDS vient de publier un article intitulé Human Security and the Next Generation of Comprehensive Human Development Goals (La sécurité des personnes et les prochains grands objectifs de développement humain), qui plaide pour l’adoption d’objectifs « plus explicitement basés sur les droits et plus participatifs », qui accorderaient davantage de place à l’équité et à la durabilité et qui « insisteraient sur le caractère central de l’emploi et du travail décent ».

Gabriele Koehler, qui a participé à la rédaction de l’article, a présenté une liste de souhaits pour la prochaine série d’objectifs. Cette liste intègre le concept beaucoup plus large de « sécurité des personnes » et comprend tout ce qui se trouve déjà dans les OMD. Mais, ajoute l’auteure « nous apportons une attention bien plus grande aux inégalités de richesse et de revenu, à l’exclusion sociale, aux objectifs environnementaux... la bonne gouvernance est un élément important... car il faut s'intéresser à... la gouvernance [dans] les pays qui, selon nous, devraient fournir les biens publics. »

Mme Koehler aimerait que ces nouveaux objectifs soient appliqués dans le monde entier et pas seulement dans les pays en développement, car tous les pays ont des poches de pauvreté et d’exclusion. Mme Koehler voudrait que tout le monde – gouvernements comme administrés – parle davantage en terme de droits.

Les nouveaux objectifs seraient ainsi bien plus politiques que les OMD actuels, qui touchent principalement à des questions peu controversées, comme la maternité sans risques et la survie de l’enfant, et ne laissent aucunement la possibilité d’intenter un procès à un gouvernement qui ne garantirait pas des emplois décents et un environnement sain.

Certains gouvernements empruntent toutefois la voie de la protection sociale. L’Inde, par exemple, a adopté l’idée de « droit d’exiger du travail ». Les gouvernements des États doivent ainsi offrir cent jours de travail rémunéré par foyer. Le Brésil reconnaît quant à lui le droit des citoyens à un niveau de vie minimum.

Romulo Paes de Sousa, qui était jusque récemment ministre adjoint du Développement social du Brésil, faisait également partie du comité d’experts. Il a admis que concevoir les biens collectifs en terme de droit était controversé, mais il a défendu l’idée en expliquant que l’expérience brésilienne montrait qu’il était possible de changer les mentalités. « Quand j’ai commencé à travailler dans le domaine de la protection sociale en 2004, c’était un gros problème au Brésil et dans de nombreux pays », s’est-il souvenu.

« Ils pensent que la protection sociale conduit à la paresse et d’autres choses dans le genre. Mais ça a changé. Le débat est toujours d’actualité, mais il a été démontré qu’il était possible de changer l’idée que la population se fait des programmes sociaux. »

Certains ont appelé à un renouvellement des objectifs existants, qui concernent principalement la santé et l’éducation et qui n’ont pas tous été atteints. Or, si le nouveau programme doit être plus large, certains secteurs seront peut-être plus négligés.

« Les OMD actuels, plus centrés sur la santé, ont conduit à d’importants progrès et investissement dans ce domaine à l’échelle mondiale », a dit à IRIN Olga Golichenko, de l’International HIV/AIDS Alliance. « L’Alliance craint que les objectifs actuels en matière de santé ne soient édulcorés et que l’on n’aboutisse qu’à de faibles déclarations au sujet de la santé. Nous aimerions assister à de meilleurs résultats concernant la santé des communautés les plus pauvres et les plus marginalisées du monde, grâce à la mise en place d’une couverture universelle et d’une stratégie basée sur les droits. Les OMD qui n’ont pas été atteints ne doivent pas être abandonnés et nous devons poursuivre sur notre lancée et nous appuyer sur les progrès qui ont déjà été accomplis à ce jour. »

Impliquez-vous

Parmi les experts réunis à l’IDS se trouvait Richard Carey, du Comité d’aide au développement (Development Assistance Committee, DAC) [de l’OCDE], l’un des architectes des OMD en 2000. « Quelqu’un quelque part doit écrire le premier mot, et ça pourrait être vous », a-t-il dit, exhortant tout le monde à s’impliquer dans le débat.

Il a décrit comment les OMD avaient été élaborés en se fondant sur les engagements antérieurs des Nations Unies et a suggéré que la Nouvelle donne pour l’engagement dans les États fragiles signée à Busan, qui prône des règlements politiques associant toutes les parties et la nécessité de combattre les injustices, serve de précédent pour la reconnaissance des droits de l’homme et l’élaboration d’un programme d’équité politique.

À l’occasion de la quatrième édition du Forum mondial sur l’efficacité de l’aide, qui s’est tenue à Busan, la deuxième ville de la Corée du Sud, plus de 80 gouvernements et organisations internationales se sont entendus sur un ensemble d’objectifs de consolidation de la paix et des États qui établissent une nouvelle approche pour l’engagement dans les États fragiles. Plus de 1,5 milliard de personnes sont prises dans le cycle de la pauvreté et de la violence.

Paul Wafer, qui travaille sur les objectifs de développement post-2015 pour le Département britannique pour le développement international (DFID), se montre plus sceptique quant à l’engagement véritable des participants de Busan dans l’élaboration d’un programme plus politique. Il reconnaît cependant que le processus pourrait indiquer la voie à suivre.

« Busan était une étape importante qui a contribué à définir la façon dont un ensemble d’acteurs provenant de différents milieux peuvent s’entendre sur certains principes de fonctionnement afin d’améliorer l’efficacité de l’aide au développement. Le processus mis en œuvre à Busan était intéressant, car il utilisait une série de blocs de construction, créant du même coup des coalitions de volontaires autour de questions précises. En ce sens, il pourrait indiquer la voie à suivre pour l’élaboration des successeurs des OMD », a-t-il dit à IRIN.

Le temps est cependant compté. Amy Pollard, de l’Organisation catholique pour le développement d’Outre-mer (CAFOD), qui co-préside la campagne ‘Beyond 2015’ (Au-delà de 2015), a dit que les mille jours restants n’étaient rien, mais qu’il pouvait aussi se passer beaucoup de choses en politique en l’espace de trois ans. « Il est prudent de tenter de prendre le pouls politique de la planète et de l’interpréter, [mais] le contexte dans lequel les objectifs de l’après 2015 seront négociés n’existe pas encore », a-t-elle noté.

« Nous sommes en 2012. Les successeurs des OMD seront développés en 2015-2016 dans le cadre d’un processus intergouvernemental qui s’étalera peut-être sur 12 mois. Si un événement mondial de l’ampleur du 11-Septembre survient d’ici là, cela risque de changer la donne quant à ce qui pourrait être possible. »

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