Endiguer la résistance aux médicaments antipaludiques dans le Mékong

Une résistance à un médicament antipaludique comportant de l’artémisinine est suspectée le long de la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar ainsi qu’au sud du Vietnam, mais les scientifiques espèrent l’endiguer. Des cas de résistance à l’artémisinine ont été signalés à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge il y a environ huit ans.

La résistance – capacité du parasite du paludisme à développer une résistance aux médicaments – à la chloroquine, un antipaludique autrefois communément utilisé, a conduit à un changement de traitement au début des années 1970. La résistance à la chloroquine a émergé dans la sous-région du Grand Mékong, qui inclut le Cambodge, les provinces du sud de la Chine, le Laos, le Myanmar, la Thaïlande et le Vietnam.

Les cas de résistance à la chloroquine se sont propagés en Inde, puis en Afrique subsaharienne, où la plupart des cas de paludisme sont aujourd’hui enregistrés.

Des décennies plus tard, les responsables sont confrontés à une nouvelle résistance et font preuve d’un optimisme prudent en ce qui concerne l’endiguement des risques de propagation de la résistance à l’artémisinine.

« Jusqu’ici, nous n’avons pas trouvé de résistance à l’artémisinine en dehors de la région du Mékong … Je pense que nous avons de bonnes chances de circonscrire la résistance à la région du Mékong », a dit Pascal Ringwald, coordinateur du programme paludisme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à l’occasion d’une réunion d’experts organisée à Bangkok sur la résistance aux médicaments antipaludiques.

Il a noté que les cas suspectés de résistance aux médicaments le long des frontières thaïlandaises semblaient être « totalement indépendants, ce qui laisse craindre qu’elle pourrait émerger n’importe où ».

Origines de la résistance

La résistance à l’artémisinine n’entraîne pas forcément la mort du patient, car l’administration d’un médicament associé peut renforcer son efficacité, mais le traitement peut être plus long et plus coûteux.

Des études publiées au début du mois d’avril et portant sur plus de 3 200 patients habitant le long de la frontière nord-ouest de la Thaïlande à proximité du Myanmar, ont montré une augmentation régulière des cas de résistance médicamenteuse : en 2001, 0,6 pour cent des patients interrogés présentaient une résistance contre 20 pour cent en 2010.

Les scientifiques cherchent toujours les causes exactes de la résistance, mais ils ont établi un lien avec l’utilisation généralisée des monothérapies à base d’artémisinine.

Bien qu’une résolution internationale ait souligné le danger des monothérapies, 25 pays et 28 groupes pharmaceutiques continuent de les commercialiser.

La fabrication et la commercialisation des monothérapies sont plus simples et moins coûteuses que celles des associations thérapeutiques, qui allient l’artémisinine à d’autres composants (associations thérapeutiques à base d’artémisinine ou ACT). Les monothérapies accélèrent cependant l’apparition de la résistance à l’artémisinine des parasites du paludisme. Selon l’OMS, l’utilisation d’ACT réduit considérablement le risque de résistance pharmaceutique chez le parasite.

D’autres facteurs de résistance possibles incluent la biologie des parasites, le comportement humain (ne pas prendre le bon dosage ou de ne pas prendre le bon type de médicaments antipaludiques) et les médicaments contrefaits.

Pays concernés

Pour l’instant, les quatre pays les plus fortement touchés par la résistance à l’artémisinine sont le Cambodge, la Thaïlande, le Vietnam et le Myanmar, pays le plus touché avec 69 pour cent de la population vivant dans des zones où le paludisme est endémique ou prévalent.

En raison du manque de données, il est difficile de faire le point sur la menace au Myanmar, où les travailleurs humanitaires ont un accès très limité aux zones en conflit.

Un projet national d’endiguement du paludisme, mis en place en 2011, a permis d’obtenir des données importantes, mais l’OMS note que le manque de financement empêche son développement. « Nous commençons à obtenir davantage de données de référence pour mieux évaluer la situation », a dit M. Ringwald.

Le Myanmar préside actuellement le groupe d’experts sur les maladies transmissibles pour l’Association des nations de l’Asie du sud-est (ANASE) et sera chargé de la mise en œuvre de tout plan région d’endiguement, a dit Ferdinal Fernando, le directeur du département de la santé et des maladies transmissibles de l’association.

Alors que plusieurs plans nationaux et régionaux ont pour objectif de lutter contre la résistance au paludisme, on note un manque de coordination régionale et de collaboration transfrontalière pour l’endiguer, selon des experts de l’OMS qui tentent d’inscrire la question à l’agenda d’une réunion des ministres de la Santé de l’ANASE qui se tiendra du 2 au 6 juillet.

En 2010, on comptait environ 216 millions d’épisodes palustres dans le monde, et quelque 655 000 décès dus au paludisme.

pt/he-mg/amz