Il faut mettre fin aux inégalités qui touchent les Arabes, dit l'ICG

Selon l'International Crisis Group (ICG), des mesures urgentes doivent être prises pour trouver des solutions à la marginalisation généralisée des minorités arabes en Israël, notamment les Palestiniens vivant dans le territoire occupé de Jérusalem-Est, afin d'améliorer leurs conditions de vie et d'encourager une paix durable au Moyen-Orient.

« Les citoyens palestiniens [d'Israël] sont politiquement marginalisés, économiquement défavorisés, encore plus réticents à accepter l'inégalité inhérente au système et encore plus enclins à remettre en cause le statu quo, » a déclaré ce groupe de réflexion dans son nouveau rapport, intitulé Back to Basics: Israel's Arab Minority and the Israeli-Palestinian Conflict. (Retour aux sources - La minorité arabe d'Israël et le conflit israélo-palestinien)

En 2011, il y avait en Israël environ 1,5 million d'Arabes, ce qui constitue environ 20 pour cent d'une population israélienne qui compte quelque 7,7 millions de personnes. Ce chiffre inclut les 285 000 Palestiniens qui vivent dans le territoire occupé de Jérusalem-Est, dont la plupart n'ont pas la nationalité israélienne, mais qui ont un statut de résident permanent.

Mais les inégalités entre les Arabes et les Juifs en Israël se retrouvent dans bien des domaines de la vie publique et font partie intégrante du système juridique et des pratiques gouvernementales.

Selon Adalah, le Centre juridique pour les droits des minorités arabes en Israël, environ 30 lois israéliennes sont directement discriminatoires envers les citoyens arabes. L'une d'entre elle par exemple, la Loi sur la citoyenneté et l'entrée en Israël, interdit aux Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, mariés à des citoyens israéliens, d'acquérir le statu de résident en Israël.

Dans d'autres domaines de gouvernance et de pratiques gouvernementales, la discrimination peut être moins évidente, mais elle affecte néanmoins gravement la population.

« Je ne suis pas une squatteuse »

L'un des endroits où les Arabes se sentent marginalisés à cause de la politique de logement des autorités est Tel Aviv-Jaffa. Environ 40 pour cent de la population palestinienne y vit en effet dans des propriétés « appartenant à des propriétaires absents », un terme qui désigne les propriétés auparavant palestiniennes saisies par l'Etat israélien après la guerre de 1948, après la fuite ou l'expulsion des résidents palestiniens.

Actuellement, près de 500 des 2 000 maisons « aux propriétaires absents » habitées à Jaffa par des Palestiniens sont soumises à une décision d'éviction, parce que ceux-ci sont considérés comme des « squatteurs » par l'Administration foncière d'Israël, le service gouvernemental chargé d'administrer les terres nationales, qui supervise aussi les « propriétés appartenant à des propriétaires absents ».

« Si le gouvernement détruit ma maison en avril comme prévu, je la reconstruirai, et j'en bâtirai même une autre à côté, » a dit à IRIN Esther Saba, qui vit de l'aide sociale avec son mari et trois enfants dans une petite maison de Jaffa.

« Dans le Jaffa palestinien, les gens les plus pauvres vivent sur la parcelle de terrain la plus chère du pays. Même si c'est une niche que j'ai près de la mer, sa valeur repose sur ce qu'on peut construire dessus une fois la niche démolie. »

« Dans le Jaffa palestinien, les gens les plus pauvres vivent sur la parcelle de terrain la plus chère du pays, » a dit à IRIN Judith Ilani, du Popular Housing Committee (Comité de logement populaire) de Jaffa, et elle a ajouté : « Même si c'est une niche que j'ai près de la mer, sa valeur repose sur ce qu'on peut construire dessus une fois la niche démolie. »

Beaucoup de membres de la communauté palestinienne de Jaffa ont exprimé leur conviction qu'ils ne seraient jamais expulsés de chez eux, s'ils étaient juifs. « Si j'étais juive, personne n'aurait accepté de me voir vivre sans électricité dans ce taudis depuis cinq ans. Je ne suis pas une squatteuse, » a déclaré Esther Saba.

En effet, de nombreux observateurs de ce qui se passe à Jaffa ont fait remarquer que le fait que les résidents palestiniens pauvres soient expulsés pour laisser la place à de nouveaux arrivants plus aisés fait partie d'un processus d'embourgeoisement plus général.

Un accès restreint à la terre

Pour la plupart des Arabes en Israël, l'accès à la terre et les mesures israéliennes incessantes pour les expulser de chez eux sont un sujet extrêmement sensible. A cet égard, l'ICG met prudemment en garde contre le danger potentiel d'escalade.

« Outre les restrictions qui empêchent l'accès des musulmans aux lieux saints, en particulier à Jérusalem, les mesures discriminatoires en matière de terrain et de logement pourraient à l'avenir provoquer des violences localisées, si ces griefs ne reçoivent pas de réponse, » a expliqué à IRIN Ofer Zalzberg, analyste à l'ICG à Jérusalem.

Environ 93 pour cent de la terre d'Israël est nationalisée et une bonne partie est explicitement réservée aux communautés juives. Alors que les citoyens arabes constituent 20 pour cent de la population, ils ne sont propriétaires que de 3,5 pour cent de la terre d'Israël.

Selon M. Zajzberg, le risque de conflit à propos des questions foncières est particulièrement élevé dans le désert du Néguev, où les communautés bédouines se battent depuis des années pour faire respecter leurs droits fonciers. « Les tensions judéo-arabes au sein d'Israël continuent à monter et pourraient s'enflammer dangereusement, » a t-il ajouté.

Pour beaucoup de citoyens arabes d'Israël, les questions d'identité, d'autodéfinition et d'éducation sont au cour de ce qu'ils perçoivent comme leur marginalisation au sein d'un Etat israélien dominé par les Juifs.

Enseigner sa propre histoire

« La discrimination contre les écoles arabes se fait à trois niveaux, » a expliqué à IRIN Yousef Jabareen, directeur de Disarat, un groupe de réflexion sur les questions concernant la minorité palestinienne. « Le premier est l'allocation des ressources. Deuxièmement, l'identité palestino-arabe n'est pas reconnue dans le système éducatif. Et troisièmement, il n'y a tout simplement aucun éducateur arabe qui soit inclus dans les processus de prise de décision. »

Les enfants palestiniens arabes constituent environ 25 pour cent des enfants d'âge scolaire du pays, soit 480 000 élèves. « Nous estimons normal que le ministère de l'Education alloue ce même pourcentage de 25 pour cent à l'éducation arabe. Et non pas trois fois moins, » a indiqué M. Jabareen, en ajoutant : « Il nous manque actuellement 6 000 classes dans le secteur arabe. »

En plus du manque de classes, le taux d'abandon des études chez les élèves arabes est deux fois plus élevé que chez les Juifs. Seuls 30 pour cent des Arabes qui passent l'examen nécessaire pour entrer à l'université le réussissent ; les jeunes Juifs par comparaison l'obtiennent à 75 pour cent.

Pour les éducateurs arabes en Israël, mettre fin à la marginalisation suppose essentiellement d'avoir la permission d'enseigner sa propre histoire.

« L'une des requêtes les plus importantes est que le ministre de l'Education [israélien] permette aux élèves arabes d'étudier leur propre histoire, pour qu'ils puissent entendre parler de l'expulsion des Palestiniens en 1948, des manifestations palestiniennes, et de la poésie et de la littérature[arabes], » a indiqué M. Jabareen.

« Pour parvenir à une réconciliation complète, a dit M. Zalzberg, il sera nécessaire de trouver des solutions aux problèmes d'identité nationale. Sinon, les Arabes palestiniens continueront de se sentir marginalisés, de ne pas avoir le sentiment d'être intégrés, même si l'on résout la question des inégalités socio-économiques.

L'ICG suggère une évolution en trois stades : D'abord, l'Etat israélien et les citoyens arabes devraient essayer de réduire les tensions, tandis qu'on s'efforce de réduire les inégalités économiques. Dans un second temps, les questions essentielles concernant la nature de la minorité arabe et son statut en Israël devraient être traitées par le biais du dialogue inter-communautaire.

Mais, suggère le rapport de l'ICG, il y a fort peu de chances qu'ait lieu un grand marchandage sur les droits entre les communautés juives et les communautés arabes d'Israël, à moins que cela ne fasse partie d'un processus de paix israélo-palestinien plus large qui viserait la solution des deux Etats, : « Une option possible serait que les Palestiniens reconnaissent les Juifs comme la majorité nationale d'Israël, avec un droit à l'autodétermination, tandis que l'Etat reconnaîtrait les citoyens palestiniens comme une minorité nationale jouissant des mêmes droits individuels, ainsi que de droits collectifs spécifiques. »

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