Les migrants de Boko Haram attendent l'aide humanitaire

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), quelque 1 000 migrants tchadiens - des enfants séparés de leur famille, pour la plupart - attendent l'aide humanitaire dans le village de N'Gbouboua, dans la région du Lac, à l'ouest du Tchad. Ils ont fui les violences orchestrées au Nigeria par le groupe Boko Haram.

D'après les travailleurs humanitaires, la situation alimentaire devient désespérée, car de nouveaux migrants arrivent chaque jour. Une centaine est arrivée au cours des 48 dernières heures, selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

Des migrants ont dit à l'UNICEF qu'ils avaient fui les villages de Douri et Madaye, dans l'est du Nigeria, quand ils ont été attaqués par des membres du groupe extrémiste Boko Haram, qui ont brûlé leurs maisons. Selon des témoins, la police et l'armée sont arrivées ensuite et ont commencé à tirer sur le reste des habitants, affirmant qu'ils étaient des sympathisants de Boko Haram.

Selon certaines informations, environ 10 000 personnes se sont réfugiées au Tchad ou au Niger au cours des dernières semaines pour fuir la violente répression et les attaques de Boko Haram dans le nord du Nigeria.

Le chef du canton et le sous-chef du district ont mis sur pied une équipe d'urgence locale pour recenser les migrants et essayer de leur construire un abri de fortune en périphérie de N'Gbouboua. La plupart des migrants sont actuellement hébergés dans les deux mosquées et dans une église du village.

Selon un fonctionnaire du district, 557 migrants sont des enfants et 80 pour cent d'entre eux sont des élèves d'écoles coraniques ou « talibés », qui vivent avec leurs enseignants (« marabouts ») et les assistent. Selon l'OIM, la plupart de ces enfants viennent de la région tchadienne du Lac, notamment des villages de N'djelea, Bagasoula et N'gloua.

Les attaques de Boko Haram et les violentes répressions policières et militaires ont fait près de 1 000 morts au Nigeria depuis 2009.

Des habitants des villages environnants de Dougouri, Folkine, Koyorom et Malfahtri, dans l'est du Nigeria, ont fui eux aussi.

Avant d'atteindre N'Gbouboua, chaque migrant a dû prendre jusqu'à six bateaux différents pour traverser le lac Tchad, car le trajet est souvent interrompu par les berges des rivières et les bateaux doivent éviter les zones peu profondes. Des migrants ont dit à Jules Laouhingamaye, responsable de l'eau et de l'assainissement à l'UNICEF, que nombre de leurs compatriotes étaient restés dans le village tchadien de Faroro, près de la frontière avec le Nigeria, à environ 30 kilomètres de N'Gbouboua.

Mendier pour survivre

Les besoins sont énormes et les migrants « nécessitent de tout » et de toute urgence, a dit M. Laouhingamaye, le plus urgent étant la nourriture et l'eau. L'UNICEF a relevé un certain nombre de femmes qui allaitent parmi les migrants. Nombre d'entre elles ont peu ou pas mangé depuis plus d'une semaine. Les habitants du village partagent le peu de nourriture dont ils disposent, mais il n'y en a tout simplement pas assez pour tout le monde, a dit M. Laouhingamaye.


Photo: Jules Laouhingamaye/UNICEF
Des habitants rassemblent de la paille afin de construire un hangar pour héberger les migrants

Une grande partie des talibés, qui sont habitués à demander l'aumône, font du porte-à-porte pour mendier de la nourriture, mais les villageois « en ont assez et commencent à se fâcher », a-t-il signalé.

M. Laouhingamaye, de l'UNICEF, et des membres du Secours Islamique France (SIF), une organisation non gouvernementale (ONG) partenaire, ont distribué du savon et des bouteilles d'eau aux migrants. Ils sont également en train d'élaborer une réponse concernant l'eau et l'assainissement après avoir mené une évaluation rapide les 3 et 4 mars derniers.

« Nous faisons ce que nous pouvons pour aider les migrants à se procurer du matériel sanitaire, mais ils ont besoin de nourriture immédiatement », a dit M. Laouhingamaye à IRIN, dans la ville de Bol (capitale de la région tchadienne du Lac, à environ 125 kilomètres), alors qu'il revenait d'une mission sur le terrain.

Le chef adjoint de la région a demandé de l'aide aux autorités régionales et aux organisations humanitaires, mais aucune nourriture n'a encore été distribuée. « La nourriture est la priorité immédiate », a dit M. Laouhingamaye à IRIN.

L'équipe pays des Nations Unies, qui inclut des représentants du Programme alimentaire mondial (PAM), s'est réunie le 6 mars pour organiser son intervention.

Pour accéder à N'Gbouboua, il faut parcourir des routes à peine praticables à une vitesse maximale de 45 kilomètres par heure et traverser une rivière sur une embarcation rudimentaire qui ne peut rien transporter de plus large qu'un 4x4.

On compte 100 chrétiens parmi les migrants. La plupart d'entre eux sont des fermiers des régions de Mayo Kebi et de Tandjile, au sud du Tchad. « Nous devrons aider ces gens à trouver un moyen de transport pour rentrer chez eux », a dit M. Sufi, de l'OIM.

Si les ressources sont disponibles, l'OIM lancera une opération destinée à aider les migrants à rentrer chez eux dès que possible, a dit M. Sufi. L'organisation a récemment aidé environ 100 000 Tchadiens à retourner chez eux alors qu'ils fuyaient les violences en Libye.

« Nous allons adopter la même approche ici... il s'agit d'une crise migratoire. Il est risqué de laisser ces personnes ici [si près de la frontière]. Elles n'ont rien à voir avec Boko Haram », a dit M. Sufi à IRIN depuis la capitale, N'Djamena. L'OIM a déjà distribué des médicaments, mais il en faut davantage.

Selon l'OIM, certains migrants provenant de la région tchadienne de Kanem, plus au nord, ont déjà pris le chemin du retour. Quant à ceux qui sont toujours à N'Gbouboua, la plupart ont dit à l'UNICEF qu'ils voulaient retourner chez eux, au Tchad, tandis que certains espèrent retourner au Nigeria si l'insécurité diminue.

Retrouver les familles

Selon les organisations de protection de l'enfance, retrouver les familles des centaines de « talibés » risque d'être une tâche ardue.

Gamalao Dara, un consultant de l'UNICEF pour la protection de l'enfance qui vient de revenir de N'Gbouboua après y avoir évalué les besoins de protection, a dit à IRIN que la situation était « compliquée », mais que de nombreux enfants interrogés connaissaient le nom de leur village d'origine et qu'il était donc possible de retrouver leur famille.

M. Sufi a dit à IRIN que la tâche était peut-être difficile, mais pas impossible : « En tant qu'organisations, nous avons de l'expérience dans le regroupement familial... Nous allons voir ce qui peut être fait ».

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