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MONDE: Suivez les bulles, sauvez une vie

NAIROBI, 6 mars 2012 (IRIN) - Comment se fait-il que la boisson gazeuse la plus populaire au monde atteigne les coins les plus reculés de la planète, alors que de nombreux enfants des pays en voie de développement meurent car ils n’ont pas accès à l’un des médicaments les plus abordables et les plus efficaces connus par la médecine ?

La diarrhée, la deuxième cause de mortalité infantile dans le monde, tue environ 1,5 million d’enfants chaque année. Les trois quarts de ces décès pourraient être évités grâce à un simple traitement combinant des sels de réhydratation orale (SRO) et des comprimés de zinc, à raison de seulement 0,50 dollar par patient.

Or, malgré les campagnes de promotion mises en œuvre par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) depuis les années 1970, moins de 40 pour cent des cas de diarrhée chez les enfants des pays en voie de développement sont soignés avec des SRO. Ce chiffre tombe à moins d’un pour cent pour les traitements comprenant du zinc, qui réduit non seulement la durée et la gravité des accès de diarrhée, mais aussi les probabilités d’infections ultérieures.

« La difficulté n’est pas de savoir quoi faire, mais de savoir comment distribuer des SRO à grande échelle », a dit à IRIN Abdulai Tinorgah, directeur de la section Survie et développement de l’enfant du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Nairobi.

Si les interventions générales comme la vaccination contre la rougeole, la supplémentation en vitamine A et la distribution de moustiquaires ont nettement augmenté ces dernières années, « celles qui concerne la prise en charge [des malades] progressent beaucoup moins [depuis 2000] », a-t-il précisé.

« Celles-ci nécessitent que le système de santé soit prêt et capable de s’occuper des patients lorsqu’ils ont besoin de soins. Cela présente donc des difficultés particulières, notamment en ce qui concerne l’accès, la gestion de la demande et la logistique », a-t-il expliqué.

Le marketing social et les initiatives privées, combinés avec une meilleure distribution et une plus grande sensibilisation du public, pourraient permettre d’étendre le nombre de bénéficiaires des SRO, a dit M. Tinorgah.

Opportunité

Près de 30 ans après s’être posé la question citée plus haut concernant le Coca-Cola lors d’une mission en Zambie, le travailleur humanitaire britannique Simon Berry est sur le point de faire de cette énigme une opportunité. En adoptant certaines stratégies de la marque, il espère faire baisser la mortalité infantile de manière radicale. Et il compte y arriver grâce au commerce, plutôt qu’à des œuvres de bienfaisance, ou même, à long terme, grâce à des subventions.

M. Berry a trouvé un créneau sur le marché, littéralement entre les bouteilles de Coca-Cola, dans les caisses qui sont transportées par camion et à vélo dans tous les villages des pays en développement.

Une caisse de bouteilles de Coca-Cola peut contenir dix kits antidiarrhéiques à dose unique ColaLife. Chaque kit comprend huit petits sachets de SRO à faible osmolarité et dix comprimés de zinc.

Dans le cadre du projet pilote qui devrait commencer en Zambie en septembre 2012, ColaLife achètera les médicaments, les emballera et les introduira dans la chaîne d’approvisionnement, en partenariat avec l’organisation gouvernementale Medical Stores Limited.


Photo: Manoocher Deghati/IRIN
La mortalité infantile liée à la diarrhée pourrait être diminuée de trois quarts si les infections étaient soignées avec des SRO
Les kits antidiarrhéiques seront vendus aux grossistes de Coca-Cola, puis aux détaillants qui transportent les caisses jusque dans leurs magasins, bars et kiosques. Chaque intervenant pourra tirer sa propre marge bénéficiaire.

M. Berry appelle cela le dernier mile de la chaîne d’approvisionnement. « Mais c’est peut-être plutôt les derniers dix kilomètres », a-t-il ajouté.

Stimuler la demande

La mise en marché des médicaments ne résout toutefois que la moitié du problème et n’a aucun intérêt si la demande, étouffée par la pénurie d’approvisionnement et la faible sensibilisation du public concernant les bienfaits des SRO, n’est pas suffisamment stimulée.

Au cours de l’expérience pilote, des dizaines de détaillants et de promoteurs, ainsi que deux grossistes, recevront une formation à la vente des kits. Les fournisseurs de soins, quant à eux, bénéficieront de réductions sous forme de bons d’achat ou de transferts d’argent par téléphone mobile.

Le projet sera supervisé par une équipe de suivi et d’évaluation financée par l’UNICEF.

M. Berry a résumé sa philosophie en une courte phrase digne d’un tweet : « On peut apporter n’importe quelle marchandise ou n’importe quel service où que ce soit dans le monde en créant et maintenant la demande et en faisant de la réponse à cette demande une activité profitable ».

Pour Kate Schroder, de la Clinton Health Access Initiative (CHAI), une organisation mondiale dont l’objet est de renforcer les systèmes de santé, cela ne devrait pas se faire « par le biais de messages d’intérêt public, mais de la même façon que l’on stimulerait la demande de Coca-Cola ».

« Si la demande augmentait fortement, la chaîne d’approvisionnement se redresserait d’elle-même », a-t-elle dit.

Dans un article publié dans le British Medical Journal de février, la CHAI a décrit l’augmentation de la distribution de SRO et de zinc comme la mesure la plus simple pour atteindre le quatrième Objectif du Millénaire pour le développement : la réduction de deux tiers des taux de mortalité infantile de 1990 d’ici 2015.

M. Berry a été acclamé en haut lieu. « ColaLife est exactement le genre de nouvelle approche qui pourrait aider à accélérer les avancées et à sauver des vies en Zambie et ailleurs », a écrit Andrew Mitchell, ministre britannique du Développement international, dans un courriel à IRIN.

Le Département britannique pour le Développement international (DFID) participe en grande partie au financement de ColaLife. « L’ingéniosité britannique et le pouvoir du secteur privé font un mélange efficace », a dit M. Mitchell.

De son côté, Coca-Cola observe le projet avec intérêt. « S’il s’avère être une réussite pour toutes les parties prenantes, que ce soit les distributeurs, les organisations non gouvernementales (ONG), le gouvernement ou les autres bénéficiaires, nous serons certainement prêts à étudier avec nos partenaires la possibilité de reproduire ce modèle sur d’autres marchés », a dit le porte-parole du groupe, Sebastian Van Der Vegt.

La CHAI a également évoqué la possibilité de développer certains éléments de l’idée de M. Berry à l’échelle nationale, voire internationale, si le projet fonctionne.

Cependant, comme l’a signalé M. Tinorgah, de l’UNICEF, augmenter le recours aux SRO n’est pas la seule façon de mettre fin aux décès dus à la diarrhée, ni même la meilleure.

« Des interventions sont essentielles dans d’autres domaines : programmes d’eau et d’assainissement visant à encourager le lavage des mains et le traitement et le stockage adéquat de l’eau domestique ; programmes de nutrition promouvant la supplémentation en vitamine A ; allaitement maternel exclusif ; vaccination contre la rougeole et, plus récemment, contre le rotavirus ».

jh-am/mw-gd/amz

Theme (s): Santé et nutrition, Politique,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

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