Les enfants séparés ne sont pas encore rentrés chez eux

Des centaines d’enfants ivoiriens ont été séparés de leurs parents quand les gens ont fui leur village au milieu des violences post-électorales de 2011. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), neuf mois après la fin officielle du conflit, seul un quart de ces enfants ont retrouvé leur famille.

La plupart d’entre eux vivent chez des étrangers qui ont proposé de les accueillir. « J’ai du mal à les entretenir, mais Dieu est grand, » a dit Brigitte Lahou, une agricultrice de subsistance.

En mars 2011, elle a recueilli trois enfants séparés chez elle, près de Danané, en Côte d’Ivoire occidentale. L’une des enfants, Doriane, 6 ans, est maintenant en relation avec son père et va bientôt rentrer chez elle. Cependant les deux autres, Davila, 8 ans et Junior, sept ans, n’ont toujours pas vu leurs parents depuis qu’ils sont partis.

«[Davila] a perdu sa famille en cours de route et elle n’arrive pas à expliquer d’où elle est venue. Elle pleurait quand elle est arrivée, » a indiqué Mme Lahou, devant sa maison de bois délabrée.
L’UNICEF et ses partenaires ont documenté la situation de 686 enfants ivoiriens qui ont été séparés ou n’étaient pas accompagnés, à la suite du conflit de 2011 qui a provoqué le déplacement d’un million de personnes. Les archives indiquent que 137 d’entre eux ont retrouvé leur famille et que 60 sont rentrés par leurs propres moyens.

Le rapport de situation hebdomadaire de l’ONU du 9 au 18 janvier, compilé par le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires de l’ONU (OCHA), montre également que quelque 1 600 enfants non accompagnés ou séparés vivent encore dans des camps de réfugiés au Liberia, dans les comtés de Nimba et de Grand Gedeh. Il reste encore quelque 128 000 réfugiés au Libéria.

Obstacles à la réunification

La réunification des enfants nécessite du personnel sur le terrain pour retrouver la trace [des familles], pour effectuer la réunification, et des personnes qui puissent se rendre dans les zones rurales les plus isolées. « Nous recevons encore des informations indiquant que des familles vivent dans les régions forestières situées le long de la frontière du Liberia. Tout cela pose problème pour la réunification, » a déclaré Christina de Bruin, responsable adjointe de l’UNICEF en Côte d’Ivoire.

L’UNICEF et ses partenaires, Save the Children, l’International Rescue Committee et Caritas Côte d’ivoire, n’ont eu qu’un accès limité à cette région dans les mois qui ont suivi la capture de l’ancien président Laurent Gbagbo en avril 2011.

« L’incessante instabilité de la situation sécuritaire a empêché l’accès et empêché les recherches, » a indiqué Mme de Bruin.

De plus, la zone dans laquelle les enfants ont été séparés est vaste et une bonne partie des villages sont isolés. Tenter de retrouver les familles des enfants très jeunes pose des problèmes particuliers. « Dans certains cas, nous n’avons aucune information sur la famille, » a expliqué Irène Capet, coordonnatrice pour les actions d’urgence de Caritas Côte d’Ivoire.

A l’orphelinat Sainte Philomène dans la ville de Man à l’ouest du pays, Mme Capet s’occupe d’un groupe d’enfants trop jeunes pour expliquer où se trouve leur village, donner le nom de leurs parents ou même le leur.

« Nous ne connaissons pas son vrai nom, mais nous l’appelons Juliana, » a dit Mme Capet en montrant une toute petite fille, assise toute seule sur un tapis en plastique et en train de jouer avec une cuillère ; la petite est tombée à l’orphelinat et elle a un gros pansement autour de la tête.


Photo: Laura Burke/IRIN
Brigitte Lahou, à droite, a recueilli trois enfants chez elle, près de Danané, durant le conflit de 2011

« Juliana » a été trouvée en avril, à la traîne d’un groupe de personnes qui avaient fui les tueries de Bloléquin, une ville ivoirienne située à environ 40 kilomètres à l’est de la frontière libérienne. Nul dans le groupe ne savait d’où elle venait. Quand elle est arrivée à l’orphelinat, elle montrait des symptômes de traumatisme aigu. La petite fille n’a pas parlé pendant trois mois et elle a perdu presque tous ses cheveux, a indiqué Mme Capet. Les efforts faits pour localiser des membres de la famille de l’enfant – en affichant par exemple sa photo dans des camps de déplacés et en faisant passer des messages par d’autres ONG - ont échoué.

« Nous n’avons aucune idée de l’endroit où se trouvent ses parents, » a dit Mme Capet.

L’intérêt de l’enfant

Dans certains cas, les organisations chargées de la réunification établissent le contact entre un enfant et ses parents, mais cela ne signifie pas automatiquement qu’il y aura réunification.

« Pour l’UNICEF, l’intérêt de l’enfant est un principe essentiel. Nous n’imposons donc pas nécessairement la réunification si ce n’est pas dans l’intérêt de l’enfant, » a indiqué Mme de Bruin.

Il faut des spécialistes pour déterminer ce qui est le mieux pour chaque enfant. Des volontaires de la Croix-Rouge, en coordination étroite avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), se sont vraiment impliqués dans la réunification.

« Quand nous parvenons à retrouver la trace des parents, nous leur demandons s’ils veulent que nous rapatrions leurs enfants ; puis nous demandons aux enfants s’ils sont d’accord pour retourner chez leurs parents, » a déclaré en janvier Albert Jamah, chargé de la restauration des  liens familiaux pour le CICR en Côte d’Ivoire. « Chaque famille doit respecter l’intérêt de l’enfant. »

Maintenant que les déplacés retournent dans leurs villages et que la sécurité continue à s’améliorer, il va peut-être être plus facile de réunir les enfants [et leurs familles]. « Le programme va être intensifié et accéléré dans les mois qui viennent, » a indiqué Mme de Bruin.

lb/oss/cb-og/amz