Meurtres et menaces font fuir des leaders communautaires de Dadaab

Plusieurs leaders communautaires parmi les 463 000 habitants – des Somaliens en grande majorité - du plus grand site de camps de réfugiés du monde ont quitté ce camp situé à l’est du Kenya, parce qu’ils craignaient pour leur sécurité après le meurtre de deux de leurs collègues.



Ces morts et les menaces proférées à l’encontre d’autres réfugiés, interviennent après la décision des leaders d’accroître la vigilance, suite à des attentats à la voiture piégée, en organisant des patrouilles dans le camp de Dadaab. La police a accusé Al-Shabab, un groupe d’insurgés somaliens, de ces attaques et le groupe est désormais la cible de l’armée kenyane en Somalie.



La police, dont l’un des officiers a été tué lors de la dernière explosion, pense qu’Al-Shabab a établi une présence dans le camp. Certains réfugiés ont dit à IRIN, qu’au cours d’une intervention assez musclée, la police leur avait demandé de lui livrer les « éléments diaboliques » vivant parmi eux.



Les policiers ont arrêté plusieurs personnes dans deux des camps de Dadaab, Ifo et Hagadera, durant les patrouilles de surveillance.



Quelques jours plus tard, le 29 décembre, des hommes armés non identifiés ont abattu Ahamed Mahmoud Mohamed, un leader communautaire du camp de Hagadera. Puis trois jours plus tard, un autre leader communautaire a été mortellement blessé dans le camp d’Ifo.



Les deux hommes jouaient un rôle important dans les Equipes communautaires de paix et de sécurité, une sorte de force de police faite de volontaires et mise en place il y a plusieurs années.



« Ces hommes ont été victimes de l’affrontement entre les forces de police [kenyanes] et Al-Shabab, » a dit à IRIN un autre leader qui a demandé à rester anonyme.



«  Ce n’est plus sans danger de travailler comme chef dans cette période critique. Si vous ne travaillez pas avec la police, vous attirez les représailles, mais si nous collaborons, c’est Al-Shabab qui se vengera sur nous, » a t’il ajouté.



Un habitant du camp d’Ifo, où les résidents, la semaine dernière, ont remis à la police le matériel destiné à fabriquer des bombes qu’ils avaient découvert, a déclaré : « La nuit, nous dormons avec la peur au ventre, car nous craignons d’être attaqués par ceux qui avaient caché les explosifs. »



Un jeune leader de Dagahaley, l’un des autres camps de Dadaab, a dit avoir quitté le site après avoir reçu « plusieurs coups de téléphone menaçants » et entendu dire que « des personnes inconnues [le] cherchaient dans les secteurs d’habitation ».

« Etant donné que je faisais partie de l’équipe communautaire de sécurité, je crains vraiment pour ma vie. »



La personne qui l’a appelé, a t-il dit, l’a averti, en somalien : « Si tu n’arrêtes pas de faire ce que tu fais, nous saurons te trouver là où tu es. »



« Il n’existe aucune protection à Dadaab ; c’est en train de devenir exactement comme en Somalie. Des gens sont assassinés en plein jour et je ne veux pas risquer ma vie ici, » a t-il ajouté.



Menaces



« Certaines des personnes qui ont reçu des menaces ont été évacuées, » a indiqué Lennart Hernander, représentant au Kenya de la Fédération luthérienne mondiale, une organisation non gouvernementale (NGO) qui fournit une formation pour les équipes de sécurité et est responsable du logement et de la sécurité à Dadaab.



Mais si ces réfugiés occupaient tous une position de responsabilité à Dadaab, tous ne travaillaient pas avec les équipes de paix et de sécurité, a t-il noté.



« Nous ne savons pas pourquoi c’est arrivé et nous ne voulons pas nous lancer dans des spéculations, » a t-il dit en faisant référence aux deux meurtres.



Les équipes de paix et de sécurité « sont extrêmement importantes pour la résolution des problèmes quotidiens dans les camps, que ce soit la violence domestique, les disputes entre réfugiés, le resquillage ou toutes sortes de problèmes qui peuvent se poser, » a dit M. Hernander à IRIN.



« Elles sont particulièrement cruciales pour la protection des femmes ; les équipes patrouillent dans les camps jour et nuit. Nous sommes certains qu’elles permettent de prévenir les abus sexuels.



« Il va nous falloir revoir entièrement le système [des équipes de sécurité] » a t-il indiqué.



L’insécurité à Dadaab a eu pour conséquence que la présence et l’intervention humanitaires ont été limitées aux services de base. Les distributions générales de nourriture ont été brièvement interrompues fin 2011, mais ont repris peu après le Jour de l’An.



« Maintenant que les chefs de communauté qui jouaient le rôle de travailleurs humanitaires sont pris pour cible, nous ne pourrons plus compter sur qui que ce soit. La distribution des services devient très difficile. Nous sommes dans une sale situation, » a dit Hassan Bunow, résident à long terme du camp d’Ifo.



Tous ces facteurs, ajoutés aux prix alimentaires élevés et aux pluies abondantes qui ont arrosé leur pays, ont poussé certains réfugiés à rentrer en Somalie, selon Mohamud Jama, chef de communauté au camp d’Ifo.



« Nous savons, et nous l’avons constaté, que beaucoup de familles qui vivaient à Ifo 2 sont retournées dans leur ferme en Somalie du sud. Initialement, elles avaient fui la famine, mais maintenant la pluie est revenue. Si vous visitez le camp aujourd’hui, vous verrez beaucoup de tentes vides, » a t-il ajouté, sans donner de chiffres précis.



La police en butte à la critique

 

Plusieurs jeunes ont été détenus après que des membres de la communauté ont rapporté [à la police]que du matériel destiné à fabriquer des bombes avait été trouvé dans le camp d’Ifo.



« Ils ont arrêté sans raison nos enfants qui sont innocents, quand nous avons de notre plein gré accepté de coopérer avec eux. Et maintenant, tout le village est terrifié par la police. D’autres parties du camp ont peur de fournir des informations [maintenant qu’]ils ont vu avec quelle violence la police est intervenue aujourd’hui, » a indiqué un résident.



Citizens’ Rights Watch, un groupe de pression, a condamné l’intervention de la police après avoir récemment visité le camp de Dadaab, accusant la police d’avoir commis plusieurs viols collectifs, pillé et détruit les biens [de certains  réfugiés].



Cependant, le porte-parole adjoint de la police kenyane, Owino Wahongo, a rejeté les accusations.



« En général, les allégations de harcèlement par la police à Dadaab ou dans le nord du Kenya ne sont pas sincères ; en effet, personne n’a jamais déposé plainte auprès de la police à ce propos, » a t-il dit à IRIN.



« S’il y a vraiment des cas d’abus d’autorité la part des agences de sécurité, y compris de la police dans ses opérations de sécurité à Dadaab, nous sommes ouverts et acceptons de recevoir ce genre de plaintes et de les gérer conformément à la loi. Mais pour le moment, nous ne pouvons pas vraiment dire grand chose à ce sujet, » a t-il ajouté.



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