La lutte contre le trafic d'êtres humains à la traîne derrière les engagements

A tout moment, on estime qu’en Afrique sub-saharienne 130 000 personnes, victimes de la traite, sont soumises au travail forcé. Ceci n’est qu’une fraction du chiffre total que le Bureau international du Travail (BIT) estime à 2,5 millions, mais ce crime hautement lucratif et bien dissimulé est en augmentation en Afrique et les trafiquants opèrent en général en toute impunité.



L’Afrique australe offre des conditions que les trafiquants savent bien exploiter : la pauvreté et le taux de chômage endémiques qui poussent les gens à chercher de meilleures opportunités, et des taux élevés de migration régulière et irrégulière qui masquent les mouvements des trafiquants et de leurs victimes.



La région ne manque pas de protocoles, de cadres d’intervention ni de plans d’action pour lutter contre la traite des êtres humains, mais en fin de compte, tous ces accords n’ont eu pour effet qu’une poignée de poursuites.



« Les pays africains sont ravis de signer des documents et de participer à des conférences, mais à peine sortis de la salle de conférence, ils sont contents aussi d’aller déjeuner et d’oublier tout ça, » a dit Ottilia Maunganidze, chercheuse auprès du Programme sur le crime international en Afrique de l’Institute for Security Studies (Institut d’études sur la sécurité) de Pretoria.



Mme Maunganidze s’adressait à une salle remplie d’experts et de responsables gouvernementaux, dont la plupart faisaient partie de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Les participants étaient réunis, récemment, à Johannesbourg, en Afrique du Sud, pour examiner des moyens de transformer en actes les engagements en faveur de la lutte contre la traite.



Le principal cadre international établi pour combattre ce crime est le protocole 2000 des Nations Unies destiné à prévenir, supprimer et punir la traite des personnes ; il est également connu sous le nom de Protocole de Palerme. Sa définition détaillée de la traite des personnes comprend « le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou à d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, … aux fins d’exploitation. » Douze des 15 Etats membres de la SADC ont ratifié ce protocole, ce qui les obligeait à mettre en œuvre une législation destinée à faire du trafic d’êtres humains une offense criminelle.



Plus de dix ans plus tard, seuls six de ces Etats ont une législation complète sur la question. Plusieurs ont voté des lois partielles ou bien, comme c’est le cas pour l’Afrique du Sud, les lois attendent d’être votées. Cinq pays quant à eux ne disposent d’aucune législation spécifique.



Mme Maunganidze a fait remarquer qu’il ne suffisait pas de voter des lois. Le Mozambique a beau avoir une législation, il n’a jamais poursuivi un seul cas. « Il faut qu’il y ait criminalisation en pratique, » a t’elle dit aux participants.



Cela nécessite de définir des plans impliquant des travailleurs sociaux, des professionnels de santé, des procureurs et des policiers, d’établir une unité centrale anti-traite, d’allouer des ressources pour porter assistance aux victimes et de signer des accords bilatéraux et multilatéraux avec les pays dont sont originaires les victimes et ceux qu’elles traversent.



Les pays de la SADC ont adopté en 2009 un plan d’action stratégique sur 10 ans pour lutter conte la traite des personnes ; ce plan inclut la plupart des mesures indiquées ci-dessus. Il existe aussi un protocole sur le genre et le développement qui prévoit d’ici 2015 de mettre en place des mesures pour éradiquer la traite des personnes. Mme Maunganidze reconnaît que c’est « probablement très utopique » et elle avance la difficulté d’identifier et de résoudre certaines des raisons profondes de la traite, ainsi que le manque de ressources et de volonté politique accordées jusqu’ici aux interventions.



La traite des personnes en Afrique australe a principalement pour but l’exploitation sexuelle, mais la traite des personnes à des fins de travail forcé s’accroît et est encore mieux dissimulée, selon Bernardo Mariano-Joaquim, représentant régional de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).



Des organisations criminelles sont généralement impliquées dans ces activités et beaucoup de gens ne comprennent pas encore clairement ce qu’est la traite, ce qui complique le travail de détection et de poursuites. « Le crime organisé ne peut pas faire l’objet des mêmes poursuites que les autres crimes, » a déclaré M. Kruger. « Il faut être capable de relier les éléments entre eux ; cela requiert une bonne capacité d’anticipation et une coopération au niveau international. »



« En Afrique, nous faisons des progrès pour ce qui est d’offrir une assistance aux victimes, mais nous devons travailler davantage sur les poursuites judiciaires, » a dit à IRIN M. Mariano-Joaquim. « Les poursuites sont à la traîne derrière l’identification des victimes et même la prévention. »



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