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VIH/SIDA: Historique du Fonds mondial

JOHANNESBURG, 5 décembre 2011 (IRIN) - Le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme est aujourd’hui à la croisée des chemins et bien loin de ce qu’il était au moment de sa création. Son déficit s’élève en effet à 6 milliards de dollars et il a été contraint d’annuler son dernier appel à projets.

Dans cette chronologie, IRIN/PlusNews revient sur l’historique d’un mécanisme de financement international qui a révolutionné la lutte contre le VIH et permis à 2,8 millions de personnes d’obtenir un traitement contre le VIH.

Juillet 2000 - L’idée de créer un fonds pour lutter contre le VIH et d’autres maladies transmissibles naît à l’occasion du sommet du G8 au Japon. Un an plus tard, le projet obtient le soutien du Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Juin 2001 - Au moment de la fermeture de la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le VIH/SIDA, M. Annan annonce la création du fonds et se réjouit des promesses généreuses faites par les pays donateurs et le secteur privé. En août, un groupe de travail transitoire composé de représentants de pays et d’organisations est mis en place pour définir les principes, la mission et le champ d’application du Fonds. Il décide d’inclure dans les objectifs du Fonds la lutte contre la tuberculose et le paludisme.

Janvier 2002 - Le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme est officiellement créé. Trois mois plus tard, en mars, le Fonds a déjà reçu environ 320 propositions de projets dans près de 100 pays.

Avril 2002 - Ayant obtenu plus de 2 milliards de dollars de promesses de dons, le Fonds accorde près de 380 millions de dollars à la mise en œuvre de 40 programmes dans presque autant de pays. Certains pays donateurs donnent encore plus que ce qu’ils avaient initialement promis. Le Conseil d’administration accélère également le processus d’approbation d’environ 240 millions de dollars de dons pour permettre l’implantation d’autres programmes.

Le Fonds élit son premier directeur exécutif, Sir Richard Feachem, ancien doyen de l’École d'hygiène et de médecine tropicale de Londres (London School of Hygiene and Tropical Medicine) et directeur du Département de la santé, de la nutrition et de la population de la Banque mondiale.

2005 - Le Fonds abandonne le système de contributions ad hoc et adopte un mécanisme de financement basé sur des reconstitutions périodiques de ses ressources afin de permettre des prévisions plus précises. En août, le Fonds suspend les subventions accordées à l’Ouganda après avoir découvert le détournement de 280 000 dollars par des fonctionnaires de l’unité de gestion de projets du ministère de la Santé.

Le gouvernement ougandais ouvre une enquête officielle pour faire la lumière sur les malversations et le Fonds lève la suspension, mais plusieurs subventions ne sont pas renouvelées à cause du scandale. Le financement accordé à l’Afrique du Sud et au Sénégal est également partiellement suspendu à cause des piètres performances de ces deux pays.

Le Fonds commence à développer un modèle d’évaluation des risques, mais celui-ci n’est jamais mis en œuvre à cause de son incapacité à évaluer avec précision des risques tels que les difficultés de mise en œuvre et la faiblesse des capacités de passation des marchés.

2006 - Les subventions accordées au Tchad sont suspendues à la suite d’allégations faisant état de détournement de fonds. La suspension est levée un an plus tard après une série d’enquêtes et les parties prenantes s’engagent à mettre en place de meilleurs systèmes.

Avril 2007 - Le Dr Michel Kazatchkine, ancien vice-président du Conseil d’administration du Fonds, remplace M. Feachem en tant que directeur exécutif. M. Kazatchkine a commencé à travailler dans le domaine de la lutte contre le VIH en 1983 après avoir diagnostiqué un jeune couple de Français atteints du SIDA. Il a par la suite ouvert une clinique pour soigner les personnes séropositives à Paris.

2009 - Le Fonds découvre d’autres cas de mauvaise gestion financière au Kenya, en Mauritanie, aux Philippines et au Zimbabwe.

2010 - Le Fonds a distribué près de 11 milliards de dollars pour lutter contre le VIH, la tuberculose et le paludisme depuis sa création. Sa crédibilité est cependant fortement ébranlée lorsque le Bureau de l’Inspecteur général découvre des fraudes au Mali, en Mauritanie et en Zambie. On attribue aux échos médiatiques négatifs la panique qui s’empare des pays donateurs, notamment la Suède et l’Allemagne, et le financement accordé aux pays délinquants est suspendu jusqu’à ce que l’examen de la gestion du risque financier du Fonds, réalisé par un groupe d’experts de haut niveau, soit complété.

Octobre 2011 - Le Fonds reporte pour la deuxième fois son 11e tour d’appel à projets à cause de contributions plus faibles que prévu. En effet, certains pays donateurs, notamment l’Espagne, l’Italie et les Pays-Bas, n’ont pas versé les sommes promises et le rendement en intérêts sur le compte du Fonds à la Banque mondiale a été plus modeste que ce qui était attendu.

Le Fonds demande aux pays de continuer à peaufiner leur candidature et laisse entendre que les instigateurs des projets sélectionnés à l’occasion du 11e tour d’appel à propositions obtiendront l’argent à la fin 2013. L’organisation se prépare à distribuer des fonds d’urgence à une dizaine de pays, la plupart africains, pour leur permettre de répondre provisoirement aux besoins plus pressants.

Le groupe d’experts de haut niveau souligne l’importance de minimiser le risque financier du Fonds et exhorte la Suède à retourner à la table des négociations.

Novembre 2011 - Le Fonds mondial met en œuvre des réformes en réponse aux recommandations du groupe d’experts de haut niveau. Son Conseil d’administration est contraint d’annuler le 11e tour d’appel à projets et annonce l’établissement d’un mécanisme de financement transitoire pour couvrir les besoins les plus urgents et garder les patients déjà sous traitement.

« Les pays donateurs ont clairement décidé que si des coupures budgétaires devaient être faites, c’est le Fonds mondial qui devait d’abord en pâtir. Les crises financières ne constituent qu’un prétexte », a dit Stephen Lewis, ancien envoyé spécial des Nations Unies pour le VIH/SIDA en Afrique, qui dirige maintenant l’organisation non gouvernementale (ONG) AIDS-free World, dans un discours à la Yale School of Public Health. « Le problème, ce n’est pas seulement que des gens vont mourir ; c’est que ceux qui ont pris la décision savent que des gens vont mourir ».

Les militants de la lutte contre le VIH ont réagi plutôt tardivement. Ils conçoivent actuellement un plan d’action pour souligner le besoin urgent d’assurer la survie du Fonds mondial à l’occasion de la Conférence internationale sur le SIDA et les IST en Afrique (ICASA), qui aura lieu prochainement en Éthiopie.

llg/he–gd/amz

Theme (s): VIH/SIDA (PlusNews),

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

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