Améliorer la résilience alimentaire des villes

Selon les experts réunis à Bangkok à l’occasion d’un atelier de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sur la mise en place de systèmes alimentaires résilients en Asie, les plus grandes villes du continent devront utiliser tous les espaces disponibles – les toits, les voies ferrées – afin de cultiver suffisamment de nourriture pour nourrir une population dont la croissance est l’une des plus fortes au monde.



« De nos jours, la sécurité alimentaire doit être considérée comme un paramètre essentiel pour établir l’aménagement des villes », a dit Mariko Sato, chef du bureau régional du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (UN-HABITAT) en Asie.



Bien que la population des villes asiatiques soit globalement moins importante que celle des régions rurales – environ 43 pour cent contre 57 pour cent –, les Nations Unies prévoient, d’ici 2050, une augmentation de 89 pour cent (1,6 milliard de personnes) de la population urbaine de la région.



L’Asie compte 12 mégapoles de plus de 10 millions d’habitants qui, ensemble, accueillent la moitié de la population mondiale. En 2010, le taux de croissance urbaine du continent était le deuxième plus élevé au monde [après l’Afrique], selon la Commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie et le Pacifique (CESAP).



Selon Brian Roberts, spécialiste de la gestion urbaine auprès du Centre for Developing Cities de l’université de Canberra, en Australie, l’absence de régime foncier, les difficultés d’accès aux capitaux et aux marchés – et, partant, le manque d’attrait du métier d’agriculteur – ainsi que les problèmes liés au transport et à l’entreposage font de la satisfaction des besoins alimentaires de cette population urbaine en pleine expansion un véritable « défi ».



Par ailleurs, les agriculteurs n’ont pas toujours accès aux données du marché. Ils ne savent donc pas ce que préfèrent les habitants des villes et produisent sans discernement, sans même chercher à se diversifier, a ajouté M. Roberts. « Cultiver suffisamment de nourriture pour satisfaire les besoins de la population risque d’être une tâche très ardue ».



Prise de conscience



En 2000, la FAO a lancé l’initiative « Aliments pour les villes », mais il a fallu attendre 11 ans pour que l’organisation publie sa prise de position.



« Depuis [les émeutes liées à la flambée des prix des denrées alimentaires, en] 2008, les gens ont commencé à prendre conscience de l’importance de la sécurité alimentaire urbaine. C’est un élément qui a reçu trop peu d’attention par le passé », a dit Paul Munro-Faure, fonctionnaire principal à la Division du climat, de l’énergie et des régimes fonciers de la FAO, qui préside l’initiative.



Selon Carla Lacerda, responsable de programmes auprès du bureau régional du Programme alimentaire mondial (PAM) en Asie, les outils pour évaluer la pauvreté ont presque toujours été axés sur les régions rurales. La FAO et le PAM travaillent cependant à l’élaboration d’outils d’évaluation et d’intervention en milieu urbain.



Moins de 10 pour cent des programmes d’urgence du PAM en Asie, et notamment les transferts monétaires et les bons d’achat alimentaires, sont mis en œuvre dans des villes, a-t-elle ajouté.



« Les questions urbaines sont très complexes, et c’est pourquoi il est si difficile d’éradiquer la faim dans les villes. Pour les organisations d’aide humanitaire, il est plus facile d’y entrer que d’en sortir, car les [questions] concernent surtout le développement et les responsabilités des gouvernements ».



Dans le même temps, il faut éviter d’attirer en ville les habitants des régions rurales déprimées ou les fermiers dont les fermes se détériorent en mettant en place des programmes alimentaires urbains et faire attention de ne pas empiéter sur le travail d’organisations qui poursuivent des objectifs de développement. Il faut également tenir compte de la difficulté accrue de soutenir les moyens de subsistance dans les villes plutôt que dans les zones rurales et du défi que représente la mesure de l’impact de modes de vie dispersés, a ajouté Mme Lacerda.



Plus de la moitié de la population mondiale sous-alimentée (moins de 2 100 kilocalories par jour), soit quelque 642 millions de personnes, vit en Asie.



Dans les trois pays les plus peuplés de la région (la Chine, l’Inde et l’Indonésie), les taux officiels de pauvreté sont moins élevés dans les villes que dans les campagnes, selon la CESAP, mais la situation est en train de changer, a dit M. Munro-Faure, de la FAO.



« La sécurité alimentaire n’est pas seulement le problème des producteurs ruraux... En réalité, le clivage ville-campagne est un continuum et il est dès lors essentiel de tenir compte des populations urbaines ».



L’atelier de la FAO a duré deux jours et s’est terminé le 18 novembre.



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