Augmentation des cas de cancer du col de l'utérus dans les pays en développement

L’an dernier, environ deux millions de femmes à travers le monde ont développé le cancer du sein ou le cancer du col de l’utérus. Plus de 600 000 d'entre elles sont mortes, soit l’équivalent de six grands avions remplis de passagers s’écrasant chaque jour.



Ce sont les résultats d’une étude réalisée par une équipe de chercheurs de l’université de Washington à Seattle et publiée dans le journal britannique The Lancet juste avant la conférence sur les maladies non transmissibles organisée à New York par les Nations Unies.



L’étude, qui offre la première analyse mondiale de l’incidence et de la mortalité des cancers du sein et du col de l’utérus, s’est basée sur les données de 187 pays. Elle démontre que si les décès liés au cancer du sein concernent surtout les femmes plus âgées vivant dans des pays plus riches, 76 % des cas de cancer du col de l’utérus se produisent maintenant dans les pays en développement, où l’incidence de la maladie continue d’augmenter. Près de la moitié de ces cas concernent des femmes de moins de 50 ans.



Les auteurs concluent : « Nos résultats démontrent que l’incidence des cancers du sein et du col de l’utérus chez les femmes en âge de procréer dans les pays en développement est un problème aussi important que d’autres priorités mondiales comme la mortalité maternelle ».



Les fluctuations des statistiques sur les cancers du sein et du col de l’utérus dans des pays de la même région démontrent que « les facteurs de risque importants et connus tels que l’obésité et la consommation de graisses animales n’expliquent pas tous les profils enregistrés. L’interaction entre les gènes et les facteurs de risque individuels pourrait expliquer ces tendances divergentes ».



L’étude insiste par ailleurs sur la nécessité d’une surveillance accrue et de meilleurs systèmes de collecte de données.



Lacunes dans les données



Si les données pour l’Europe de l’Ouest, l’Amérique du Nord et l’Inde sont abondantes, il n’en existe presque aucune pour de vastes pans du continent africain, et en particulier de l’Afrique centrale. De plus, même dans les pays africains qui tentent de compiler des données, la précision est encore inégale.



Selon Tayo Sawyerr, un gynécologue de Lagos qui a 40 ans d'expérience, les statistiques de sa ville sont raisonnablement précises, car « on ne vous laisse pas enterrer un corps sans certificat de décès. Et nos certificats de décès sont identiques à ceux qu’on trouve au Royaume-Uni : on doit y inscrire la cause du décès ».



Dans les régions rurales du Togo toutefois, l’inhumation est une affaire privée et se fait dans l’enceinte du domicile familial. En outre, il faut payer pour enregistrer le décès, et puisque la famille n’en tire aucun avantage, de nombreux décès ne sont pas rapportés.



Même là où des données sont disponibles, les chercheurs ont découvert qu'elles n’étaient pas toujours complètes. Certains pays, comme l’Ouganda, notent l’incidence du cancer, mais pas le taux de mortalité qui y est associé. En Tanzanie, c’est l’inverse. Dans certains endroits, on se contente d’inscrire « cancer » dans l’espace réservé à la cause du décès sans préciser de quel type de cancer il s’agit ou sans faire de distinction entre le cancer du col et ceux d’autres parties de l’utérus.



Extrapolation



Lorsqu’on lui a demandé s’il faisait confiance aux statistiques obtenues, Raphael Lozano, professeur de santé mondiale à l’Institut de métrologie sanitaire et d’évaluation de Seattle (Institute for Health Metrics and Evaluation, IHME), a dit à IRIN : « Nous avons heureusement été capables de recueillir des informations dans les pays qui tiennent des registres des cancers comme le Malawi, l'Ouganda, la Namibie, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. Cap-Vert et l’Afrique du Sud disposent par ailleurs d’un système d’enregistrement des données d’état civil [naissances et décès]. Et nous nous sommes également basés sur des informations provenant d’autopsies verbales et tirées d’études représentatives à l’échelle nationale réalisées au Mozambique et au Burkina Faso. Nos modèles nous permettaient de renforcer ces données avec des données provenant de pays situés dans la même région et d’autres pays ».



« La qualité des données varie en fonction des pays et des années…Dans le cas des données d’état civil toutefois, nous avons de bonnes raisons de croire que la mention du cancer du sein comme cause du décès sur les certificats est d’une fiabilité acceptable en comparaison avec d’autres causes de mortalité ».



Il a ajouté qu’il croyait également que l’augmentation apparente de l’incidence des cancers chez les femmes plus jeunes n’était pas seulement due à l’amélioration des services de maternité, qui permettrait aux femmes d’être examinées plus souvent par des professionnels de la santé.



« Je crois que l’augmentation de l’incidence du cancer chez les femmes en âge de procréer est bien réelle. Si elle est modeste dans certains pays, elle est plutôt significative dans d’autres. Au Cameroun, par exemple, la proportion de décès liés au cancer du sein chez les femmes [de moins de] 50 ans était de 33 pour cent en 1980 contre 43 pour cent en 2010 ».



« En Guinée équatoriale, cette hausse est encore plus importante : [la proportion de décès liés au cancer du sein chez les femmes de moins de 50 ans est passée] de 22 à 43 pour cent. On ne peut pas l’attribuer simplement à une amélioration du dépistage et de la surveillance, surtout lorsqu’on connaît les défis auxquels sont confrontés les systèmes de santé de certains de ces pays ».



M. Sawyerr est convaincu que l’augmentation de l’incidence de ces cancers est bien réelle, en particulier pour le cancer du col de l’utérus. « J’ai eu une longue carrière », a-t-il dit. « Et je suis malheureusement surpris de constater que je vois plus de patients atteints de dysplasie [croissance anormale des cellules du col utérin] et de VPH qu’avant. En ce moment, j’ai une patiente qui a le cancer du col de l’utérus et qui n’a que 34 ans ».



Le VPH, ou virus du papillome humain, est une maladie transmissible sexuellement qui est impliquée dans le développement du cancer du col de l’utérus. Un vaccin contre le VPH est maintenant disponible. Lorsqu’il est combiné à des examens de dépistage réguliers, il contribue à réduire l’incidence et la mortalité du cancer de l’utérus dans les pays plus riches.



Le vaccin, dont le prix s’élevait au départ à environ 300 dollars pour trois doses, était cependant beaucoup trop cher pour les pays en développement. l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI) a récemment négocié un prix de 5 dollars la dose avec les fabricants et prévoit bientôt distribuer le vaccin dans les pays concernés.



Le ministre de la Santé sénégalais, Modou Diagne Fada, a dit à IRIN en juin qu’il espérait que le vaccin serait disponible dans son pays d’ici 2015. « Le paludisme n’est plus, de nos jours, la principale cause de mortalité. Ce sont désormais les maladies chroniques et les maladies non transmissibles, en particulier le cancer. Le cancer du col de l’utérus est particulièrement meurtrier, et je crois que l’introduction du vaccin contre le virus du papillome humain pourrait nous aider à réduire le nombre de femmes qui en meurent ».



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