Les crues, une nouvelle menace pour la sécurité alimentaire

Alors que la sécheresse continue de compromettre gravement la sécurité alimentaire de pas moins de 4,5 millions d’Ethiopiens, les inondations prévues pour la deuxième moitié de 2011 risquent d’aggraver la situation, selon les responsables du service météorologique.



L’agence éthiopienne de météorologie a annoncé des précipitations allant de normales à supérieures à la moyenne au cours de la saison des pluies, qui dure de juin à septembre ; elle a également averti que des inondations risquaient d’avoir lieu dans l’ouest, le nord-ouest et le centre du pays. Les crues risquent de toucher les zones situées autour du lac Tana, dans la région d’Amhara, certaines parties de Gambella, ainsi que les zones situées le long du bassin de l’Awash, dans la région de l’Afar.



« Certaines zones situées dans ces régions, en particulier celles qui se trouvent à basse altitude et en bordure des cours d’eau, risquent d’être touchées par les inondations, comme nous l’annonçons souvent en cette saison », a dit Diriba Koricha, directeur du service de prévisions et d’alerte précoce de l’agence.



Toutefois, « au fil de la saison, en août et septembre, des averses brèves mais violentes risquent également de provoquer des inondations n’importe où dans le pays », a-t-il expliqué, ajoutant que des mesures de préparation supplémentaires devaient être prises pour prévenir toute crise humanitaire.



Dans un appel lancé le 11 juillet en vue d’obtenir une aide pour faire face à la sécheresse, le ministère éthiopien de l’Agriculture a déclaré que l’état de la sécurité alimentaire du pays s’était aggravé depuis le début de l’année, en raison de la sécheresse dévastatrice liée à La Niña, qui frappe à l’heure actuelle certaines régions du pays.



Le pays a demandé à recevoir 398 millions de dollars d’aide alimentaire et non alimentaire entre juillet et décembre 2011.



Le gouvernement a lancé cet appel après que les acteurs humanitaires eurent signalé un manque de financements.



Selon Judith Schuler, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) en Ethiopie, un grand nombre des activités menées par l’organisme dans le domaine de l’aide alimentaire en Ethiopie « pâtissent d’un déficit de financement important ».



Le PAM a besoin de 120 000 tonnes de vivres supplémentaires, soit l’équivalent d’environ 112 millions de dollars, d’ici à la fin de l’année.



« En raison de ce manque de financement, le PAM a réduit les rations alimentaires distribuées dans le cadre de ses opérations de secours dans certaines régions du pays à compter de mars », a expliqué Mme Schuler.



Selon un rapport publié récemment par la branche éthiopienne du Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA), les rations alimentaires ne contiennent plus d’huile végétale et le mélange de farine de maïs et de soja est également distribué en moindre quantité.



« Pour pouvoir recommencer à distribuer des rations entières à l’ensemble des populations gravement touchées par la sécheresse, nous devons recevoir de nouvelles contributions d’urgence. Le temps est un facteur aggravant : à partir du moment où une contribution est confirmée, il faut compter entre quatre et cinq mois avant que les vivres ne soient livrés dans le pays », a dit Mme Schuler.



Entre janvier et juin, le PAM a aidé 269 300 enfants éthiopiens de moins de cinq ans atteints de malnutrition modérée, dans le cadre de son programme d’alimentation complémentaire ciblée en faveur des enfants de moins de cinq ans atteints de malnutrition et des femmes enceintes et allaitantes.



Les réfugiés somaliens



Les besoins alimentaires ne concernent pas uniquement les Ethiopiens ; un afflux de réfugiés somaliens a en effet été observé en Ethiopie.




Photo: Jane Some/IRIN
En Ethiopie, la situation de sécurité alimentaire s’est aggravée depuis le début de l’année en raison de la sécheresse (photo d’archives)

« Ils sont de plus en plus nombreux chaque jour, et l’état nutritionnel des réfugiés à leur arrivée est préoccupant », a déclaré Mme Schuler, ajoutant que selon une enquête menée en mars-avril, les enfants de moins de cinq ans arrivés dernièrement au camp de Dolo Ado, à la frontière entre le Kenya, la Somalie et l’Ethiopie, affichaient un taux de malnutrition de 45 pour cent.



Au moins 55 000 nouveaux réfugiés somaliens ont été recensés en Ethiopie depuis le mois de janvier, selon les Nations Unies. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a construit un nouveau camp pour leur venir en aide.



Selon les Nations Unies, l’Afrique de l’Est connaît à l’heure actuelle la crise alimentaire la plus grave du monde.



Le 4 juillet, l’association caritative internationale Oxfam Grande-Bretagne a lancé un appel de fonds en vue d’obtenir 50 millions de livres sterling (80 millions de dollars) pour aider l’Afrique de l’Est à faire face à la sécheresse, indiquant qu’au moins 12 millions de personnes étaient désormais engagées dans une « lutte pour la survie ».



« D’énormes obstacles doivent être surmontés pour pouvoir aider les populations : il n’y a pas assez d’argent pour acheter les quantités de vivres requises et le prix du maïs a augmenté de 40 pour cent dans la région, depuis l’année dernière », a indiqué Jane Cocking, directrice humanitaire d’Oxfam. « Le prix du carburant nécessaire pour transporter les vivres jusqu’à l’épicentre ?de la sécheresse? est également monté en flèche ».



Le 1er juillet, l’organisation non gouvernementale (ONG) Christian Aid a également lancé un appel humanitaire d’urgence, en vue d’aider à approvisionner les populations de la région en eau, en vivres et en fourrage.



« Les populations sont désespérées et si nous n’agissons pas immédiatement, nous risquons de nous retrouver face à l’une des situations de crise humanitaire les plus graves que le monde ait connues depuis longtemps », a averti Nick Guttmann, directeur humanitaire de Christian Aid.



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