La lutte des réfugiés pour une vie meilleure

Les premiers réfugiés érythréens enregistrés sont arrivés au Soudan en 1968 ; aujourd’hui, on estime que quelque 1 600 personnes franchissent la frontière chaque mois pour trouver refuge à Shagarab, un grand camp situé à l’est du Soudan.



Selon les estimations du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Nord-Soudan compte plus de 100 000 réfugiés érythréens, mais, en 43 ans, leur profil a évolué.



« Les nouveaux arrivants sont dans l’ensemble jeunes et instruits ; ils viennent des hautes terres et n’ont pas de liens culturels ou ethniques avec les populations locales », a indiqué Mohamed Ahmed Elaghbash, le Commissaire soudanais pour les réfugiés. « La plupart d’entre eux considèrent le Soudan comme un pays de transit. Ils restent ici quelques temps jusqu’à ce qu’ils aient la possibilité de partir vers le nord. Ils essayent parfois de traverser la Méditerranée depuis l’Afrique du Nord pour se rendre en Europe ».



Les réfugiés arrivés en 1968, qui fuyaient la guerre d’indépendance érythréenne (de 1961 à 1991), ont quant à eux fait leur vie au Soudan et certains d’entre eux ont même réussi à obtenir des papiers d’identité soudanais.



Parmi les réfugiés érythréens présents au Soudan, environ 40 000 vivent au sein de la communauté locale et appartiennent au même groupe ethnique. On trouve, par exemple, des Rashaida et des Beja des deux côtés de la frontière.



Nouveaux arrivants



La situation des réfugiés érythréens les plus récemment arrivés se révèle toutefois différente.



Gideon Tesfazion a dit à IRIN qu’il avait fui son pays en 2008 et passé un an dans le camp [de Shagarab] avant d’obtenir sa carte d’identité de réfugié.



Opposant au gouvernement érythréen, M. Tesfazion vit aujourd’hui à Khartoum où il a occupé divers emplois mal payés.



« En tant que réfugiés, de nombreux emplois nous sont interdits, même dans les organisations internationales basées à Khartoum ; nous ne sommes autorisés à travailler que dans de petites entreprises privées en tant que peintre ou agent d’entretien », a-t-il indiqué.



À quelques jours de la proclamation de l’indépendance du Sud-Soudan, le 9 juillet, le gouvernement de Khartoum est en train de mettre en application une nouvelle loi sur la citoyenneté et les réfugiés érythréens craignent de voir les autorités se montrer plus sévères en ce qui concerne leurs droits. Ils ont également peur que la population se montre plus dure à leur égard.



« À partir de juillet, la situation ne va faire qu’empirer pour les Érythréens », a-t-il dit. « Nous leur ressemblons, nous nous conduisons comme eux. Mais les Soudanais ont peur de nous. Et puis comme nous sommes des réfugiés, certaines personnes de l’administration nous demandent de l’argent sans véritable raison».



M. Tesfazion constate que les nouveaux réfugiés érythréens sont affectés par cette discrimination.



« Nous les voyons arriver à Khartoum sans statut juridique ; en ville, ils se déplacent sans arrêt de la maison d’un ami à celle d’un autre ami », a-t-il dit. « Ils essayent rapidement de franchir la frontière pour rejoindre l’Europe, mais il faut au moins 5 000 dollars pour faire ça ».



Risque de trafic de migrants



Dans les 12 camps qui bordent la frontière entre l’Érythrée et le Soudan, le HCR a mis en place des ateliers visant à dissuader la population de faire appel à des passeurs.














Photo: Maram Mazen/IRIN
Réfugiés érythréens du camp de Shagarab. Quelque 40 000 Érythréens vivent au sein des communautés soudanaises locales

« Nous leur expliquons que c’est très dangereux, qu’ils risquent de mourir pendant le voyage », a dit Boray Assadig, l’un des avocats des réfugiés du camp de Shagarab. « Le bateau peut par exemple couler dans la mer Méditerranée. Il est toutefois difficile de les convaincre, car il leur est quasiment impossible d’obtenir une autorisation pour sortir du camp et se rendre à Khartoum, et il leur est encore plus difficile de quitter le pays ».



En collaboration avec le Commissaire soudanais pour les réfugiés, le HCR procède à l’enregistrement de chaque nouvel arrivant en s’appuyant sur le système de détermination du statut de réfugié. L’enregistrement est sensé faciliter l’obtention de la carte de réfugié.



Parmi les hommes érythréens, on compte, par exemple, nombre de soldats qui se dérobent au service national qui, bien qu’officiellement limité à 18 mois, peut être prolongé pour une durée indéterminée. Les enquêteurs les interrogent donc sur l’unité à laquelle ils appartenaient et sur les armes qu’ils utilisaient, afin de vérifier leur identité.



Intégration



Le 20 juin, Janet Lim, la Haut Commissaire Assistant du HCR en charge des opérations, s’est rendue au camp de Shagarab à l’occasion de la Journée mondiale du réfugié. Elle s’est concentrée sur la question de l’intégration des réfugiés au sein de la population locale qui constitue, selon elle, le seul moyen efficace d’enrayer le phénomène du trafic humain et de permettre aux réfugiés de mener une vie meilleure.



Mme Lim a également promis que le HCR et diverses organisations internationales allaient installer des pompes à eau et distribuer de la nourriture à la population locale à condition que celle-ci permette aux nouveaux réfugiés de travailler et de s’intégrer dans leurs communautés.



Travailler dur et vivre avec les populations locales ou se rendre à Khartoum pour entreprendre le périlleux voyage vers l’est : Mokonen Teolebrhomes, 60 ans, ne sait plus quoi faire.



Dissident politique, M. Teolebrhomes a fui son pays pour la première fois en 1981 pour se réfugier dans le camp de Shagarab. Grâce à ses sœurs installées au Japon, il a pu vivre en exil en Asie pendant plus de 20 ans. En 1995, le mal du pays l’a conduit à revenir en Érythrée.



« Quand je suis revenu en Érythrée, j’étais toujours enregistré comme militant politique », a-t-il dit. Donc, j’ai à nouveau fui il y a deux mois. Et me voilà de retour à Shagarab. Je ne peux pas repartir au Japon, car mon beau-frère, qui m’a parrainé la première fois, est aujourd’hui à la retraite. Il ne peut plus me parrainer. Je ne sais pas quoi faire. Au Japon, c’était le paradis, ici, c’est l’enfer ».



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