Craintes d’une crise humanitaire alors que les combats s’intensifient

Le nombre de morts a brutalement augmenté lors des affrontements de ces derniers jours à Sana’a, la capitale du Yémen, et des centaines de personnes auraient fui leur domicile, faisant craindre une crise humanitaire, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies.



« Il y a un pilonnage continu dans le nord-ouest de la ville, mais pour l’instant il n’y a pas de signe de déplacements à grande échelle », a dit Pete Manfield, responsable adjoint du bureau d’OCHA. « Mais la situation pourrait se détériorer et se transformer en une crise humanitaire majeure. En ce moment, il y a très peu de carburant à cause d’un blocus autour de la ville, qui commence à affecter sérieusement la vie et les activités quotidiennes ».



Selon M. Manfield, des données établies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 26 mai indiquent que 66 personnes, y compris un enfant et une femme, sont mortes et que 266 personnes ont été blessées dans la ville. Six autres personnes seraient mortes lors d’affrontements dans la zone d’Arhab près de l’aéroport.



Les combats pourraient aussi aggraver la situation humanitaire actuelle dans le nord en réduisant l’accès aux populations vulnérables, y compris les 320 000 personnes déplacées à l’intérieur de leur pays (PDIP), et dans le sud où 190 000 réfugiés ont été enregistrés. « Nous n’avons pas encore de preuve d’impact, mais la situation demeure complexe au niveau politique et militaire avec d’éventuelles implications humaines », a ajouté M. Manfield.



D’autres sources ont dit à IRIN que de longues files d’attente s’étaient formées devant les boulangeries, les banques et les stations d’essence alors que les habitants essaient de s’approvisionner en argent liquide et en nourriture. Les services d’électricité, d’internet et de téléphonie ont été interrompus dans la ville. Les Etats-Unis ont demandé aux diplomates dont la présence n’est pas essentielle et aux membres des familles de l’ambassade de quitter le pays. Les dirigeants du G8 réunis en France ont exhorté le président à quitter le pouvoir.



Les combats dans la capitale se déroulent dans un moment où le conflit dans le nord perdure, avec les Houthis prenant le contrôle de la majorité du gouvernorat de Sa’dah. Actuellement, les responsables humanitaires dans le pays participent à un dialogue qui vise à essayer d’améliorer l’accès aux populations dans le besoin dans le nord.



Les combattants qui auraient pris le contrôle de certains bâtiments à Sana’a sont dirigés par le cheikh Sadiq al-Ahmar, chef de la confédération tribale des Hashid, un des deux principaux groupes tribaux. Dans la zone d’al-Hasabah au nord de la ville, près de l’aéroport, des combattants de l’opposition ont également mis en place des barrages routiers. Les magasins sont fermés et des véhicules appartenant au personnel du ministère de l’Intérieur ont été brûlés.



Le 25 mai, le secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon a dit qu’il était « profondément troublé » par ces violents affrontements, avertissant que la confrontation pourrait encore plus déstabiliser la situation ; il a demandé l’arrêt immédiat des affrontements.



Des manifestations contre le président Ali Abdullah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, ont débuté durant la première semaine de février et se sont intensifiées depuis. De violents incidents ont eu lieu, entraînant souvent des décès. Le président a affirmé qu’il ne démissionnerait pas et qu’il ne quitterait pas le Yémen, disant à ses partisans le 13 mai : « Nous répondrons à la provocation par une provocation plus grande encore ».



Selon des analystes, la répression des manifestations et l’absence d’accord dans les négociations entre le gouvernement et l’opposition pourraient se traduire par une montée de l’insécurité et de l’instabilité à travers le pays, même dans des gouvernorats relativement stables comme celui de Hadhramaout.



Pour Michael Horton de la Fondation Jamestown, l’usage fréquent de la violence contre les manifestants pourrait également conduire des Yéménites de divers groupes politiques et tribaux à prendre les armes. Si le président part, de tels groupes pourraient aussi se retourner les uns contre les autres.



D’un autre côté, Ginny Hill et Gerd Nonneman, de Chatham House, soutiennent qu’un changement politique radical au Yémen pourrait mener à de violents soulèvements et à une crise humanitaire, étant donné la détérioration de la situation économique et sécuritaire dans le pays.



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