Des appareils-photos pour aider les jeunes réfugiés des camps palestiniens

Une ONG de Beyrouth a décidé d’apprendre aux jeunes de 12 camps de réfugiés palestiniens au Liban à prendre des photos de la vie dans les camps. L’idée est que cet exercice sera cathartique pour les enfants, qu’il amènera aux camps un bénéfice financier et permettra à certain des jeunes ainsi formés de travailler comme photographes professionnels.



Cette idée de faire photographier la vie des camps par les jeunes est venue à Ramzi Haidar, après une de ses visites dans un camp de réfugiés palestiniens et l’a poussé à lancer le projet Zakira (souvenir).



« Les enfants sont des enfants ; ils sont les mêmes partout, » a t-il dit. « Ils ont les mêmes besoins, qu’ils soient Irakiens, Palestiniens, Libanais ou autre. Et s’ils traversent des guerres ou d’autres expériences difficiles, il faut qu’ils puissent exprimer ce qu’ils ont vu. »



M. Haidar pense que la souffrance de vivre dans les camps palestiniens est comparable avec ce qu’il avait vu en Irak, où les enfants devaient faire face à des situations auxquelles ils n’auraient jamais dû être confrontés, sans aucun moyen créatif ou intellectuel de réagir. « J’ai commencé à réfléchir à des manières de travailler avec la photographie pour exprimer ce genre d’expériences », a t-il dit à IRIN.



Grâce au projet Zakira, des centaines de jeunes ont eu cette chance à travers la photo. L’ONG a jusqu’à présent mené deux projets : “Lahza”, qui signifie “aperçu” ou “ moment ” en arabe, et la suite, “Après Lahza”.



Durant “Lahza”, Zakira a organisé des ateliers dans tous les camps palestiniens libanais : 500 jeunes ont appris les bases de la photographie ; on leur a donné des appareils jetables et on leur a demandé de photographier la vie du camp.



Une sélection des photos, qui avaient capturé tout , depuis les allées étroites et les maisons en béton gris si typiques, jusqu’à la famille et aux amis, a été publiée. L’argent obtenu, qui revient ainsi à la communauté palestinienne, a servi jusqu’ici à payer un terrain de football et la piste et les miroirs d’un studio de “Debke” (une danse folklorique) dans le plus grand camp du Liban, Ein el-Helweh.



Le projet “Après Lahza” utilise la photographie comme moyen d’expression et sert à rassembler les gens. Plus de 250 adolescents, Libanais et Palestiniens, ont obtenu un niveau de compétence avancé en photographie, grâce à des ateliers de trois mois à Beyrouth, Tripoli, Saida, Sur et Baalbek.



Une opportunité économique



Zakira voit plus loin : « Ce que nous espérons pouvoir faire maintenant, c’est d’installer des studios photographiques dans les camps de Beyrouth, Tripoli, Saida, Sur et Baalbek,” a dit Rima Abushakra, l’une des fondatrices du projet. « Une grande partie des jeunes avec qui nous avons travaillé durant “Après Lahza” avaient abandonné leurs études. Ils ont découvert qu’ils avaient un talent pour la photographie et maintenant, ils veulent le développer et en tirer un revenu.



« C’est vraiment bien, car dans les camps, comme partout ailleurs, il y a un marché pour les photographes, » a t’elle ajouté. « Les gens ont besoin de photos pour leurs cartes d’identité, et quand ils se marient, ils veulent aussi des photos. »



Les ateliers sont une opportunité d’améliorer ses compétences et de nouer de nouveaux contacts. Les compétences acquises constituent également une opportunité économique dans les camps. En tant que communauté sans Etat, les réfugiés ont en effet beaucoup de mal à accéder à l’éducation et à l’emploi.



« Nous avons découvert bien des choses chez les jeunes que nous avons formés : du talent, de la détermination et une recherche de l’expression personnelle », a dit Mme Abushakra. « Beaucoup d’entre eux sont désormais enthousiastes à l’idée de travailler dans la photo. »



L’une de ces jeunes qui a profité de la formation a eu plusieurs de ses photos publiées dans un journal libanais et un autre a été désigné photographe des événements dans son camp. Le projet a organisé des expositions à Dublin, Athènes, Washington et Paris.



Les Palestiniens représentent presque 10 pour cent d’une population libanaise de 4,2 millions, mais selon les observateurs, ils vivent en marge de la société. Quoiqu’ils vivent dans le pays depuis 1948, la plupart vivent encore dans des camps et sont confrontés à la pauvreté, la discrimination et l’exclusion sociale.



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