Beaucoup de chemin à faire pour revenir à la normale

La circulation sur l’autoroute A-9, au Sri Lanka, reflète la mobilité accrue qu’a permise le retour de la paix. Sur l’autoroute qui traverse l’ancienne zone de conflit, des centaines de véhicules à trois roues, de bus et de voitures disputent des courses pare-choc à pare-choc.



Deux ans après que le gouvernement a déclaré sa victoire sur les séparatistes des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (TLET), le 18 mai 2009, l’animation qui règne présente une image du Sri Lanka qui n’a rien à voir avec le pays paralysé et divisé par 26 ans de guerre civile qu’il était auparavant.



Chaque jour, des dizaines de milliers de Sri-Lankais – dont la plupart appartiennent à la majorité cinghalaise du Sud – vont et viennent dans cette région qui a été largement isolée pendant un quart de siècle.



Les habitants du Nord, qui sont principalement issus de la minorité tamoule, empruntent la même route, qui s’étend sur 110 kilomètres et traverse une zone qu’on appelle communément la région de Vanni.



Sept mois après la fin de la guerre, qui s’est terminée en décembre 2009, l’A-9 a été rouverte à la circulation civile. Avant cela, l’autoroute était fermée ou les déplacements étaient limités à cause du conflit, qui a fait des dizaines de milliers de morts et entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes.



Deux ans plus tard, la majeure partie des 300 000 personnes qui ont fui les derniers combats, entre la mi-2007 et 2009, se sont réinstallées. Cependant, 17 000 personnes demeurent toujours dans des camps situés, pour la plupart, en périphérie de Vavuniya, une ville située au nord du pays.



La levée des restrictions de déplacement a permis aux habitants du Sud de visiter Jaffna, Kilinochchi et d’autres endroits, même si certaines zones situées à l’est de la région de Vanni, où les combats ont été particulièrement intenses, demeurent inaccessibles aux civils du Sud, et même aux Cinghalais, sans une permission spéciale.



« J’ai l’impression que l’ouverture de l’autoroute est le meilleur point de rencontre pour ces deux communautés qui ont été séparées pendant si longtemps », a dit à IRIN Denagama Dammika, un Cinghalais ethnique du district de Matara, dans le sud du pays.



Ramanan, un jeune homme qui appartient à la minorité tamoule de Kilinochchi, l’ancienne capitale de facto des TLET, en convient : « Nous n’avons entretenu aucune relation étroite avec des gens du Sud pendant la guerre. C’était comme s’il y avait un mur entre nous », a-t-il dit. « La réouverture de l’A-9 a changé la situation ».



Tous deux s’accordent cependant pour dire que les deux communautés continuent de se méfier l’une de l’autre. « Il faudra du temps pour que la méfiance qui a prévalu pendant plus de 30 ans se dissipe », a dit M. Dammika.



Dans la province du Nord, où les combats étaient particulièrement violents, de nombreux habitants disent que les conditions de vie se sont améliorées en dépit du chômage élevé et du piteux état des infrastructures. À la fin du conflit, quelque 160 000 maisons avaient été détruites, aucune ligne électrique n’avait été épargnée et l’A-9 n’était plus qu’un amas de décombres.



Selon la dernière mise à jour des Nations Unies sur la situation humanitaire et le relèvement rapide, des milliers de retournés nécessiteront encore des abris en attendant que les projets de construction de logements permanents répondent à leurs besoins.














Photo: Amantha Perera/IRIN
La guerre civile au Sri Lanka a duré 26 ans et s’est terminée en mai 2009

« Il n’y a pas de tensions à Kilinochchi. La situation est à l’opposé de ce qu’elle était il y a deux ans et plusieurs années auparavant », a dit Ramanan, qui est rentré chez lui en avril 2010 après deux ans d’absence.



Développement inégal



Selon des défenseurs des droits de l’homme toutefois, les restrictions de déplacement toujours en vigueur et la surveillance militaire étroite ont ralenti le retour à la normale.



Ruki Fernando, coordinateur du programme « Droits humains dans les situations de conflit » au sein de l’organisation Law and Society Trust (LST), dont le siège se trouve à Colombo, a dit à IRIN : « Le gouvernement ne semble pas réaliser que les restrictions sur les déplacements, les événements religieux et la liberté d’association et de rassemblement qui s’appliquent seulement au Nord sont anormales par rapport au reste du pays et entravent le retour à la normale ».



M. Dammika, qui a déjà emprunté l’A-9 à plusieurs reprises, a également l’impression que le développement économique d’après-guerre, qui s’est accéléré dans d’autres régions du pays, a mis du temps à démarrer dans le Nord.



D’importants projets de développement ont été mis en œuvre dans la région de Vanni depuis la fin de la guerre. Si l’A-9 a été réparée et l’électricité a été rétablie dans les principales villes, la région n’a pas réussi à attirer les investisseurs privés et à créer des emplois.



Sithamparampillai Jeyanthi, une jeune fille de 27 ans originaire de Chavakachcheri, une ville située au sud de Jaffna, est à la recherche d’un emploi depuis qu’elle est rentrée chez elle fin 2009 après dix ans d’absence. Elle a dit qu’il n’y avait pratiquement pas d’emplois permanents en dépit du boom touristique que connaît Jaffna.



« Je viens d’une famille de fermiers, mais nos terres n’ont pas été cultivées depuis plus de dix ans. Nos maisons ont été détruites. Il devrait y avoir des programmes spéciaux pour aider ceux qui sont dans ma situation », a-t-elle dit.



Malgré les difficultés, personne à Kilinochchi ne souhaiterait retourner deux ans en arrière, a indiqué Ramanan.



« La paix, c’est bien. Mais il faudra du temps pour que la vie reprenne son cours normal et que nous reprenions confiance ».



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