Inquiétudes croissantes sur le remplacement des troupes étrangères

L’avenir du travail humanitaire et du développement en Afghanistan dépend de la capacité des forces naissantes de sécurité afghanes à réduire l’insécurité et à restaurer la stabilité, tandis que les forces américaines et l’OTAN s’apprêtent à se retirer progressivement à partir de juillet, disent les agences humanitaires.



« Si les forces de sécurité nationales qui sont appelées à rester en 2014 ne sont pas capables d’assurer la sécurité de la population - et il semblerait actuellement que cela risque en effet d’être le cas – on peut s’attendre alors à ce qu’elles soient également dans l’incapacité de garantir les conditions nécessaires à la distribution de l’aide humanitaire, » a dit à IRIN Rebecca Barber, conseillère de politique et de plaidoyer à Oxfam.



« Cela va entraîner de sévères conséquences pour la population afghane ; plusieurs millions d’Afghans survivent en effet grâce à l’aide humanitaire, » a t-elle ajouté.



La police et les soldats afghans doivent remplacer les forces étrangères à au moins cinq endroits du pays et la phase de transition, sur laquelle le gouvernement afghan et l’OTAN se sont mis d’accord, doit prendre fin en décembre 2014.



Les donateurs ont l’intention de former plus de 300 000 policiers et soldats d’ici octobre 2011 et l’OTAN doit continuer à couvrir ce coût, qui dépasse le PIB de l’Afghanistan – pendant de longues années.



Les exactions pourraient s’intensifier



Mais les forces américaines et celles de l’OTAN, qui forment les troupes de sécurité afghanes, ne s’efforcent pas suffisamment de prévenir les abus et ont été « trop lents » à s’attaquer au problème avant le transfert de pouvoir, ont déclaré deux ONG locales et deux ONG internationales dans un rapport publié le 10 mai.



« Si un meilleur équilibre des pouvoirs ne se met pas en place et si le rythme de la formation n’est pas accéléré de toute urgence, le risque est grand que les exactions et les abus commis par les forces afghanes ne s’intensifient au fur et à mesure qu’elles jouent un rôle de plus en plus important, » déclare le rapport No time to Lose [Pas de temps à perdre].



Quelque 2 777 civils ont perdu la vie en 2010 à cause du conflit, pour la plupart aux mains des insurgés antigouvernementaux, a dit l’ONU dans son rapport de mars [sur la sécurité des civils au sein du conflit armé en Afghanistan]. 



Le rapport des ONG accuse également les forces afghanes, en particulier la Police afghane locale (ALP), très contestée, de perpétrer sur des enfants des actes criminels - torture, meurtre, recrutement et abus sexuels - en toute impunité.



« La majorité de la population continue à considérer la police en particulier comme corrompue, incompétente, manquant de professionnalisme et criminelle » a dit Mme Barber, une des auteurs du rapport.



Un porte-parole du ministère de l’Intérieur a accepté de faire des commentaires sur le rapport des ONG, mais s’est ensuite rétracté. Selon une étude de février 2011 réalisée par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), 79 pour cent de la population afghane a une opinion favorable de la police.



Augmentation de la criminalité



Au moins sept personnes appartenant à des ONG ont été tuées, principalement par des criminels, et sept autres ont été enlevées au cours des trois premiers mois de l’année 2011, selon le Bureau de sécurité des ONG en Afghanistan (ANSO).



« Les attaques contre des ONG par l’opposition armée sont restées stables et peu fréquentes durant toute la période [de janvier à mars] ; toutefois, le nombre total d’incidents a augmenté de 38 pour cent, à cause des actes de banditisme, » a dit l’ANSO dans son rapport trimestriel le 24 avril.



L’ANSO, qui assure que les talibans n’ont pas habituellement pour politique de cibler les ONG, considère que les dommages collatéraux et les frappes accidentelles provoqués par des engins explosifs artisanaux constituent pour les ONG le facteur de risque le plus important.



Les ONG, de leur côté, ont exprimé leurs inquiétudes quant à la prolifération des groupes armés, dont l’ALP, qu’elles accusent d’être impliqués dans des enlèvements, des passages à tabac et autres actes criminels. Le gouvernement, soutenu par les USA et l’OTAN, a utilisé l’ALP pour riposter à une intensification de l’insurrection dans les campagnes où la présence de la police et de l’armée est faible.



« Il est extrêmement difficile d’imaginer que cette situation pourrait changer du tout au tout en trois ans seulement, » a dit Mme Barber.



« Il n’est pas trop tard mais il faudrait un véritable engagement politique au plus haut niveau de l’autorité civile et militaire, afghane aussi bien qu’internationale, si l’on veut mettre en place des forces de sécurité nationales auxquelles les Afghans peuvent faire confiance, » a dit le rapport.



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