Nécessité d'intensifier la lutte contre le tourisme sexuel impliquant des enfants

Quand la police de la ville touristique de Mombasa, sur la côte kenyane, effectue des descentes la nuit, il n’est pas rare qu’une bonne partie des travailleurs du sexe arrêtés soient des mineurs.



Le gouvernement se débat pour mettre fin à un commerce que beaucoup de jeunes filles considèrent comme une échappatoire facile à la pauvreté et un moyen d’accéder à une vie plus excitante.



Munirah* passe ses journées à chercher les clients sur la plage publique de Mombassa, la plage Kenyatta. A 15 ans à peine, elle a déjà un enfant et est l’unique soutien de la famille.



« Ma mère est veuve et a perdu les deux mains quand elle travaillait dans une aciérie de Mombasa, ce qui me force à faire ce que je fais, » a t-elle dit à IRIN/PlusNews.



Munirah dit que cela fait six mois qu’elle vend son corps et qu’elle a déjà couché avec plusieurs hommes, principalement des touristes. La plupart de ses clients préfèrent les relations sexuelles sans préservatif. Quand on lui demande si elle est consciente des risques d’attraper le SIDA, elle hausse les épaules et admet ne jamais avoir passé de test de dépistage du VIH.



Selon Grace Odembo, coordinatrice de terrain pour l’ONG Solidarity with Women in distress [Solidarité avec les femmes en détresse], SOLWODI, une grande partie des filles qui sont dans la rue n’ont eu qu’une scolarité formelle limitée et ont de ce fait peu de chances de trouver des emplois légaux rémunérés.



Selon elle, les "beach boys" – ces jeunes hommes qui traînent sur les plages – jouent le rôle de maquereau pour les touristes à la recherche de jeunes filles et reçoivent en échange une commission lucrative, perpétuant ainsi le cycle du commerce sexuel des enfants.



























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« Toutes ces petites filles que vous voyez traîner le long des plages à la recherche de « wazungu » [hommes blancs] et même celles qui ont un travail licite comme la vente de bibelots… tombent dans les griffes des beach boys qui leur [promettent] de les présenter à de riches prétendants absolument parfaits, alors qu’elles finissent en réalité dans les bras de maniaques sexuels, » a dit Mme Odembo.



Selon une étude publiée en 2006 par le gouvernement et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, jusqu’à 30 pour cent des adolescentes des villes côtières de Diani, Kilifi, Malindi et Mombasa se livrent au commerce du sexe de façon occasionnelle. Plus de 10 pour cent de ces jeunes filles ont commencé le sexe transactionnel avant l’âge de 12 ans.



L’étude indique aussi que 35,5 pour cent de tous les actes sexuels impliquant des enfants et des touristes avaient lieu sans préservatifs.



En 2004, le Kenya a introduit le « Code de conduite pour la protection des enfants contre l’exploitation sexuelle dans l’industrie du voyage et du tourisme » pour sensibiliser l’opinion publique et prévenir l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales. Cependant, ce code semble ne pas avoir eu un fort effet dissuasif sur les touristes à la recherche de sexe avec des mineurs.



Des membres du secteur du tourisme kenyan estiment que la pauvreté est le motif principal qui pousse les jeunes filles à se tourner vers le commerce du sexe et c’est la raison pour laquelle il est si difficile de combattre le phénomène.



« Les parents, dont il se trouve que la plupart sont pauvres, encouragent au contraire leurs filles à vendre leur corps, afin d’améliorer les gains familiaux, » a dit Titus Kangangi, président de l’Association kenyane des Hôteliers. « Très souvent, le responsable légal [de l’enfant] soutient l’accusé, en cas de plainte pour abus sexuel.

 

Les arrangements à l’amiable sont la norme dans ce genre de cas : Les touristes dédommagent les familles des jeunes filles pour éviter des peines de prison.



Il faut agir



Le ministre du Tourisme Najib Balala a dit à IRIN/PlusNews qu’il était important de débarrasser la côte de sa réputation de havre du tourisme sexuel impliquant des enfants. « Il nous faut nous occuper de cette étiquette embarrassante, en partant du niveau communautaire ; nous avons affaire à un cartel qui va nous demander de gros efforts si nous voulons en venir à bout, » a t-il dit. « Notre région et notre pays sont privés de la chance d’attirer des touristes fiables et des investisseurs qui voient à présent notre pays comme une destination sexuelle. »



M. Balala a indiqué que le gouvernement s’efforçait davantage d’adhérer au code de conduite, en annulant les licences commerciales des établissements qui permettent aux touristes de louer une chambre avec des mineures.



SOLWODI conseille les jeunes femmes et offre des revenus alternatifs grâce à des prêts de microcrédit. Toutefois ses ressources sont limitées et pour bien des jeunes filles, les petits prêts des ONG n’ont aucune commune mesure avec les revenus qu’elles peuvent gagner avec des touristes aisés.








« Beaucoup de gouvernements disposent de listes noires de pédophiles ayant interdiction d’entrer dans les pays concernés, mais ce genre de mesure n’existe pas au Kenya »

La pauvreté est la clé du problème



Selon Mme Odembo, le gouvernement devrait être plus vigilant quand il s’agit d’empêcher les jeunes filles de traîner dans les rues. « Le gouvernement doit mettre en place suffisamment de refuges dans la région », a t-elle dit. « Il doit aussi aller au fond du problème et établir pourquoi un enfant qui traîne sur la plage n’est pas à l’école. »



Pour James Weru, directeur des programmes de l’ONG African Pro-poor Tourism Development Centre, s’attaquer au problème de la pauvreté est essentiel pour mettre fin au tourisme sexuel impliquant des enfants.



« Le tourisme est l’une des sources de revenus majeures du Kenya, mais moins de 20 pour cent de ce revenu revient aux économies locales et par conséquent, les populations locales restent pauvres, » a t-il dit. « Le gouvernement doit répartir les revenus [du tourisme] pour que les locaux profitent des bénéfices de façon à réduire la tentation d’avoir recours au commerce sexuel. »



Il a indiqué qu’il était important aussi de faire respecter le code de conduite et de soutenir cette mesure en faisant supporter aux coupables de sévères conséquences juridiques.



« Nous devons aussi sensibiliser les touristes [au problème] et nous assurer que nous accueillons les bons touristes, » a ajouté M. Weru. « Beaucoup de gouvernements disposent de listes noires de pédophiles ayant interdiction d’entrer dans les pays concernés, mais ce genre de mesures n’existe pas au Kenya. »



*Un nom d’emprunt



jk/kr/mw –og/amz