La crise risque de provoquer des pénuries d’eau potable

Des centaines de milliers de citadins ivoiriens risquent d’être touchés par des pénuries d’eau potable ces prochaines semaines, les flambées de violence post-électorales ayant interrompu l’approvisionnement en substances chimiques employées dans les stations de traitement des eaux du pays.



Le risque de pénuries est d’autant plus préoccupant qu’une épidémie de choléra s’est déclarée au Ghana voisin ; plus de 6 000 cas ont été recensés à ce jour, selon François Bellet, spécialiste de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (WASH) au bureau régional du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.



Entre janvier et mars, au moins 515 cas de choléra ont été signalés à Abidjan, première ville de Côte d’Ivoire, et 12 décès ont été déplorés, selon Kadjo Yao, membre de l’équipe WASH de l’UNICEF à Abidjan. On ignore si le choléra continue de se propager, les systèmes de surveillance ayant cessé de fonctionner, selon l’organisme.



« La situation [des ressources en eau potable] est extrêmement incertaine – nous sommes sur le fil du rasoir », a déclaré M. Bellet, qui se trouve actuellement en Côte d’Ivoire.



L’UNICEF et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) se sont joints à la Société de distribution d’eau de la Côte d’Ivoire (SODECI) – qui approvisionne les centres urbains en eau – pour tenter de trouver des solutions immédiates et à moyen terme, afin d’éviter les pénuries. Le CICR a aidé la SODECI à acheminer des produits de traitement dans différentes zones d’Abidjan au cours des flambées de violence destructrices qui ont paralysé la ville ces dernières semaines, et continue de l’aider à transporter ces produits dans différentes usines, aux quatre coins du pays.



Les réserves en produits chimiques, bientôt épuisées



Man, première ville de l’ouest du pays, fait partie des centres urbains qui risquent d’être touchés par les pénuries. Les réserves actuelles de produits de traitement suffiront jusqu’à la fin du mois d’avril, selon le bureau régional de la SODECI pour l’ouest du pays.



Man compte environ 14 000 foyers reliés au réseau de distribution d’eau, mais il faut estimer que chaque foyer comprend au moins 15 usagers, selon Tondossama Broulaye, directeur régional de la SODECI dans l’ouest. En outre, l’eau potable est revendue, ont noté les experts en eau de l’UNICEF.



« Notre fournisseur à Abidjan a fermé lorsque la crise a éclaté et les banques ont fermé en janvier », a indiqué à IRIN M. Tondomassa de la SODECI. Normalement, les produits de traitement sont envoyés en Côte d’Ivoire depuis l’Europe, et distribués dans l’ensemble du pays par ce fournisseur, sis à Abidjan.



M. Tondossama a également rapporté que le centre logistique de la SODECI, situé dans le quartier d’Adjamé, à Abidjan, avait été saccagé pendant les flambées de violence post-électorales. « Il n’y a plus un seul ordinateur », a-t-il dit.



D’après M. Tondossama de la SODECI, si les réserves en substances chimiques ne sont pas reconstituées à temps, la société devra commencer à rationner l’eau ; les consommateurs auront alors l’eau courante environ six ou sept heures par jour, au lieu de 22 heures en temps normal.



L’UNICEF cherche une solution pour pouvoir accélérer l’acheminement des produits nécessaires (essentiellement du chlore et des sulfates) via le nouveau port de San Pedro, mais cela reste difficile pour des questions de transport et de sécurité.



Dernièrement, le véhicule d’un camionneur a été détourné en route. Il transportait un câble, à livrer dans une station de traitement des eaux de Duékoué, une ville de l’ouest du pays.



Le chlore étant extrêmement inflammable, les grandes quantités dont a besoin la Côte d’Ivoire ne peuvent être transportées par avion.



Dans l’immédiat, l’UNICEF a commencé à traiter régulièrement les puits familiaux et lancé des campagnes de sensibilisation, pour expliquer aux habitants comment traiter l’eau chez eux, avec les moyens dont ils disposent sur place, notamment à l’eau de Javel et par la technique de la désinfection solaire. L’UNICEF a traité les puits de Bouaké à la fin du mois de mars, au profit de quelque 250 000 habitants, a indiqué M. Bellet.



np/cb – nh/amz