La réforme électorale et la préparation aux catastrophes, deux défis à relever pour le président

Après plusieurs semaines de controverse sur les résultats des élections, le président du Bénin Boni Yayi a repris ses fonctions, amenant les analystes et les citoyens à faire pression pour qu’il se penche sur des questions jugées prioritaires pour le pays : la réforme électorale et économique, l’établissement de liens avec les partis d’opposition et la préparation aux inondations, un risque national à l’approche de la saison des pluies.



A la fin du mois de mars, M. Yayi a été déclaré vainqueur des élections par la Cour constitutionnelle avec 53 pour cent des voix, contre 36 pour cent pour Adrien Houngbédji, leader de l’opposition -un résultat qui a incité ce dernier à évoquer des fraudes électorales. Le président a prêté serment le 6 avril.



Malgré les efforts déployés en vue d’une meilleure organisation électorale, ces résultats restent incertains et controversés. Selon Urbain Amègbédji, secrétaire général du Centre Afrika Obota (CAO), qui s’efforce de promouvoir des élections transparentes, la démocratie et le respect des droits humains dans les pays d’Afrique, personne ne s’accorde sur le nombre d’électeurs inscrits et de voix, ni même sur le nombre total et la localisation des bureaux de vote.

 

« Nous nous sommes retrouvés avec deux chefs d’Etat – principalement à cause de la mauvaise organisation des élections – cela veut dire que nous devons nous demander comment restructurer les institutions qui ont participé à l’organisation de ces élections... La CENI [Commission électorale nationale indépendante] doit transcender la politique, et non être contrôlée par celle-ci ».



La CENI, un organisme partial, de l’avis général, doit être dépolitisée et professionnalisée, et une loi doit être adoptée à cet effet, estime M. Amègbédji.



A la suite des élections, de nombreux Béninois sont descendus dans la rue pour protester contre les résultats. Aujourd’hui, il est toutefois temps de passer à autre chose, selon les analystes. « Un arbitre indépendant [la Cour constitutionnelle] a parlé et même si les gens n’approuvent pas cette décision, nous devons accepter les résultats et passer à autre chose », a estimé Francis Lalèyè, analyste politique à Cotonou.



Pour promouvoir la stabilité, le président doit nouer des liens avec les leaders de l’opposition, a souligné M. Amègbédji. « Il doit tendre la main aux autres… afin que la douleur causée par des élections entachées d'irrégularités ne se convertisse pas en une frustration et une désillusion graves pour la population ».



Préparation aux catastrophes



Le président doit également s’intéresser de plus près à la préparation des crues, à l’approche de la saison des pluies (qui dure généralement d’avril à décembre).



En 2010, le Bénin a été frappé par les crues les plus dévastatrices observées depuis 50 ans ; celles-ci ont touché environ 680 000 habitants et menacé de compromettre les efforts déployés en vue d’augmenter la production agricole du pays. 



L’agriculture représente 88 pour cent des recettes d’exportation du Bénin et emploie 70 pour cent de la main-d’œuvre du pays, selon le Centre canadien de recherches pour le développement international (CRDI).



Un comité de gestion des catastrophes a été formé en 2010 pour atténuer les répercussions des crues et autres catastrophes à venir, en localisant les régions particulièrement exposées et en définissant des plans d’évacuation des populations en cas de fortes averses. Le comité a réalisé des progrès à l’échelle nationale, selon son directeur Alfred Sohou, mais pas à l’échelle municipale.



« Tous les maires doivent comprendre les risques courus par leurs administrés ; ils doivent savoir où ces risques sont les plus importants et prendre les mesures nécessaires pour protéger leurs populations [notamment les reloger dans des zones plus sûres]… Combien de maires font cela aujourd’hui ? On peut même dire qu’ils ne sont pas conscients du problème ». La plupart sont réticents à perturber leurs électeurs, a-t-il fait remarquer.



Le comité a envoyé des instructions à tous les chefs de districts, il y a plusieurs semaines, en vue de commencer à préparer les sites d’hébergement dans l’éventualité d’une évacuation de population, mais jusqu’ici peu d’entre eux ont répondu, a-t-il dit. Pour assurer la préparation aux catastrophes, les pressions doivent être exercées depuis le sommet, selon M. Lalèyè, analyste.



Il reste des tentes, des moustiquaires et des bâches, qui avaient été acheminées dans le cadre de l’intervention internationale menée en 2010 pour faire face aux crues, a indiqué M. Sohou, directeur du comité de gestion des catastrophes, faisant remarquer que 21 communes (sur un total national de 77) étaient encore sous les eaux.



A long terme, des négociations sont en cours entre le gouvernement et la Banque mondiale sur une proposition d’extension des canaux d’irrigation dans le département de Mono (sud-ouest), une zone inondable.



Le Bénin, trop dépendant du coton



Par ailleurs, si le Bénin a connu une reprise économique vigoureuse depuis la transition démocratique en 1990, le climat économique béninois reste morose, d’après la stratégie de réduction de la pauvreté de la Banque mondiale ; le pays se caractérise en effet par des infrastructures insuffisantes, un manque de compétitivité et une dépendance excessive à la production de coton.



Si le pays cultive également le maïs, les patates douces, le sorgo, les fèves, le manioc et le riz, le coton, qui représente 40 pour cent du Produit intérieur brut (PIB), reste de loin sa culture de rente la plus lucrative.



Bien que la dette du pays (460 millions de dollars) ait été annulée dans le cadre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), l’économie béninoise reste fiscalement faible, selon M. Lalèyè, et peu de ces fonds ont été réaffectés à l’amélioration de services de base délabrés. A peine 2,5 pour cent du PIB est alloué à la santé, d’après les statistiques du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).



Un tiers des Béninois vit en deçà du seuil de pauvreté, selon les Nations Unies, et le Bénin est classé 134e sur 169 à l’Indice de développement des Nations Unies. En outre, le taux de chômage est remarquablement élevé chez les jeunes, selon M. Lalèyè, bien qu’il soit difficile d’obtenir des statistiques officielles sur cette question.



Malgré les nombreux défis qu’il devra relever, le président a bien démarré son mandat, estiment certains ; ce mandat repose en effet sur des bases juridiques solides, ce qui permet de consolider le régime démocratique, selon le père Efore Penoukou, éminent chapelain et conseiller politique sur les questions d’éthique et de gouvernance. « Nous devrions nous réjouir à bien des égards. Ces élections étaient les plus étroitement surveillées de l’histoire du Bénin... Nous nous attendions à des désaccords et à des contretemps [au cours de ces élections]… mais j’ai été frappé par les appels à la paix… Nous devons en tirer des enseignements et regarder vers l’avenir ».



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