Où sont donc passés les pauvres ?

Selon une nouvelle enquête sur l’économie des ménages, le Swaziland compte aujourd’hui moins de pauvres qu’il y a dix ans. Le gouvernement a salué le rapport comme une preuve que ses efforts pour réduire la pauvreté étaient efficaces, mais pour les organisations de protection sociale, c’est l’importance du taux de mortalité parmi les pauvres qui explique cette réduction.



L’étude concernant les dépenses et revenus des ménages swazis, intitulée « La pauvreté au cours d’une décennie de croissance économique ralentie : Le Swaziland dans les années 2000 », publiée le 24 février par le Bureau central des statistiques du ministère de la Planification économique et du Développement, a révélé que « la proportion de la population swazie définie comme pauvre est tombée de 69 pour cent en 2000-2001 à 63 pour cent en 2009-2010.



Selon le rapport, non seulement le pourcentage de Swazis vivant dans la pauvreté a baissé, mais aussi le nombre de pauvres en chiffres absolus. Compte-tenu de cette baisse « modeste, mais significative », 641 000 personnes vivaient avec moins de deux dollars américains par jour – le critère international de pauvreté – en 2009-2010, contre 678 500 en 2000-2002.



« Ces chiffres ne tiennent pas debout. Le taux de natalité est resté élevé durant toute la décennie par rapport à la croissance économique, » a dit à IRIN un actuaire chez un courtier d’assurances de Mbabane, la capitale.



« Chaque année la Banque centrale indique que cette différence [entre croissance économique et croissance démographique] correspond à une détérioration des conditions de vie du Swazi moyen. Tous les indicateurs économiques sont en déclin depuis 10 ans ; comment les pauvres pourraient-ils avoir progressé ? »



Entre 2003 et 2010, le taux annuel de natalité au Swaziland a été de 28,25 pour cent, tandis que le produit intérieur brut (PIB) augmentait en moyenne de deux pour cent, selon le ministère de la Planification économique et du Développement . Officiellement, le chômage a fait un bond de 26 à 40 pour cent au cours de la dernière décennie.



Cette baisse de 37 500 parmi les gens pauvres à la fin de la décennie pourrait provenir du fait que certains ménages seraient allés à contre-courant des tendances nationales et auraient réussi à améliorer leurs conditions de vie, mais le taux de natalité élevé du pays aurait également dû provoquer une hausse du nombre de pauvres.



La population du Swaziland a atteint 1 083 289 en 2000. Si l’on se base sur le taux de natalité moyen, elle aurait dû atteindre environ 1 390 000 en 2010, mais le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a estimé la population swazie actuelle à 1,2 million et le résultat du recensement official de 2009 était de 1 018 449, soit un chiffre inférieur à celui de 2000.



« Il semblerait qu’il nous manque un quart de million d’habitants, » a dit Alicia Simelane, une travailleuse sociale de Manzini, la deuxième ville du Swaziland, qui suit l’évolution des tendances démographiques depuis les années 1990.



« J’aimerais pouvoir dire que six pour cent de la population sont sortis de la pauvreté parce qu’ils ont réussi à améliorer leurs conditions économiques, mais malheureusement, si l’augmentation démographique est d’un tiers de moins que prévu, c’est à cause du SIDA et de l’incapacité des pauvres à accéder aux soins de santé et à prévenir les décès infantiles, » a dit Mme. Simelane.

 

Avec une prévalence VIH de 26 pour cent chez les adultes, selon les chiffres de l’ONUSIDA, le Swaziland a le taux d’infection le plus élevé du monde. Comme la stigmatisation associée au virus empêche souvent les familles de reconnaître que certains de leurs membres sont morts de maladies liées au SIDA, il n’existe pas de statistiques sur ce genre de décès. Cependant, il ne fait guère de doute que le VIH est responsable de l’augmentation du taux annuel de mortalité au Swaziland, taux qui est passé d’environ 22 pour mille en 2003, à 31 pour mille à la fin de la décennie.



Le SIDA a certes fait des victimes dans toutes les couches socio-économiques, mais les responsables sanitaires disent que les victimes sont principalement issues des milieux défavorisés.

 

Selon Mandla Luphondvo, Directeur en communication et marketing à World Vision au Swaziland, les efforts de réduction de la pauvreté n’ont pas été suffisants, étant donné « la multiplicité des défis auxquels les communautés et les ménages ont à faire face chaque jour. »



Loin de chanter les louanges des mesures de réduction de la pauvreté, l’étude économique sur les ménages elle-même note que « près de trois personnes sur dix ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins nutritionnels journaliers et [que] la situation reste la même qu’au début de la décennie. »



jh/ks/he – og/amz