De l’aide pour les mères et les bébés séropositifs

En raison du coût élevé des soins de maternité et de santé, de l’absence d’un système de suivi adéquat et de la capacité limitée à diagnostiquer l’infection au VIH chez les nouveau-nés, de nombreux enfants zimbabwéens échappent au filet de sécurité que le programme de prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME) était censé offrir.



Selon les chiffres du gouvernement, au moins 150 000 enfants de moins de 15 ans sont séropositifs et plus de 90 pour cent des infections au VIH peuvent être attribuées à la transmission verticale. En 2009, on estimait à 13 300 le nombre d’enfants de moins de 15 ans décédés de maladies associées au SIDA, car ils n’avaient pas reçu de traitement contre le VIH à temps.



Malgré les progrès réalisés dans la lutte contre le VIH chez les enfants, Peter Halpert, chef de l’équipe Santé et Éducation de l’Agence Américaine pour le développement international (USAID), a dit à IRIN/PlusNews qu’il restait encore beaucoup à faire pour réduire la transmission du VIH de la mère à l’enfant.



Selon lui, la plupart des enfants échappent au système, car leur mère ne retourne pas au centre médical pour bénéficier des services de santé maternelle et infantile après la première consultation prénatale.



Les principaux obstacles sont les contraintes financières et le manque de connaissances concernant l’importance de s’inscrire aux services prénataux. Les longues distances à parcourir pour accéder aux centres de santé empêchent également de nombreuses femmes de faire soigner leur bébé.



« Les frais d’utilisation [pour accéder aux services] restent un sujet à l’ordre du jour pour de nombreux praticiens de la santé publique. Malheureusement, la situation économique du pays est telle que le gouvernement est incapable d’accorder des subventions aux centres de santé pour la gestion de leurs activités quotidiennes. La plupart de ces centres dépendent actuellement des frais d’utilisation pour pouvoir offrir leurs services », a dit M. Halpert.



En 2009, l’inflation galopante a poussé le gouvernement à abandonner le dollar zimbabwéen en faveur du dollar américain. « Les données montrent [le déplacement] des patients des centres de santé urbains (plus chers) vers les dispensaires ruraux ou missionnaires (moins chers, voire gratuits) immédiatement après la dollarisation. Les frais d’utilisation jouent donc un rôle dans l’échec de l’accès aux soins », a-t-il remarqué.



Dans la plupart des établissements de santé municipaux, l’inscription aux services prénataux coûte environ 50 dollars, alors que les hôpitaux missionnaires et les hôpitaux publics ruraux ne demandent que 20 dollars environ.



Selon M. Halpert, l’absence d’appareil de comptage CD4 [pour mesurer la résistance du système immunitaire] dans la plupart des centres de santé et la capacité limitée à diagnostiquer l’infection au VIH chez les nouveau-nés représentent également des difficultés pour le programme PTME.



Le ministre de la Santé et de la Protection de l’enfance, M. Henry Madzorera, a récemment indiqué que sur les 47 000 enfants de couples porteurs du VIH qui devraient naître en 2011, environ 14 000 allaient probablement être infectés par le virus si le gouvernement et ses partenaires ne réussissaient pas à étendre l’accès à des programmes PTME de qualité.



L’une des principales interventions pouvant participer à la réduction de la transmission verticale du VIH est l’application des lignes directrices de 2010 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour la PTME, qui recommandent que toutes les femmes enceintes porteuses du VIH commencent un traitement antirétroviral (ARV) après 14 semaines de grossesse et qu’elles continuent le traitement jusqu’à la fin de l’allaitement.



« Si ces nouvelles lignes directrices sont appliquées à toutes les femmes enceintes séropositives, il est certain que cela va réduire le nombre de nourrissons nés avec le VIH », a dit M. Halpert. Mais le secteur de la santé publique zimbabwéen, en proie à d’énormes difficultés financières, aura du mal à mettre cela en place.



La Children's Investment Fund Foundation (CIFF), une organisation basée à Londres, a récemment donné une bonne bouffée d’oxygène aux efforts mis en œuvre pour réduire le nombre d’infections au VIH en octroyant une aide de 45 millions de dollars sur cinq ans à la Fondation Elizabeth Glaser pour la lutte contre le sida pédiatrique (EGPAF) afin de financer plusieurs interventions au Zimbabwe.



Dans ce pays, environ 13 pour cent des femmes enceintes sont séropositives. Selon l’EGPAF, il s’agit de l’un des taux les plus élevés en Afrique.



D’après Marc Rubin, représentant adjoint du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) au Zimbabwe, il faudrait étendre massivement le programme PTME pour pouvoir éliminer le VIH pédiatrique dans le pays.



« De nouvelles infections au VIH surviennent encore à un rythme alarmant, notamment chez les jeunes femmes, et les pathologies associées au SIDA sont le principal facteur de mortalité maternelle et infantile », a remarqué M. Rubin.



« Davantage de centres de soins prénataux doivent offrir des services de PTME complets et des régimes médicamenteux plus efficaces. Un meilleur suivi est également nécessaire pour s’assurer que les femmes reçoivent des traitements ARV et qu’elles les prennent selon les nouvelles recommandations de l’OMS », a-t-il préconisé. « Davantage des femmes enceintes ou qui allaitent doivent avoir accès à un traitement ARV pour leur propre santé ».



st/kn/he – gd/amz