L’accès à la nourriture – un défi majeur face à l’augmentation du nombre des PDI à Afgooye

Les groupes humanitaires se sont retirés des camps de déplacés internes (PDI) et de plus en plus de personnes fuient les violences de Mogadiscio, exacerbant encore les problèmes des PDI, disent des sources de la société civile et des travailleurs humanitaires locaux à Mogadiscio, la capitale somalienne.



« La situation actuelle est pire que jamais et les besoins encore plus grands, car le conflit ou la sécheresse déplacent encore plus de personnes, » a dit à IRIN Abdulkadir Ibrahim Abkow, président du Forum de la société civile somalienne (SCSF).



Des centaines de milliers de familles vivant dans des camps de PDI autour de la ville sont dans une situation terrible : la nourriture se fait rare et le manque d’eau commence à se faire sentir, a t-il dit.



« Aucune agence humanitaire n’a fourni d’assistance au cours des quatre ou cinq derniers mois que ce soit dans les camps du corridor d’Afgooye ou dans ceux du nord de Mogadiscio. »



Un travailleur humanitaire du corridor d’Afgooye, qui a choisi de garder l’anonymat, a dit que la vulnérabilité s’était accrue depuis le retrait de beaucoup d’agences et l’intensification des combats à Mogadiscio durant ces derniers mois.



« Il arrive de plus en plus de personnes dans les camps, y compris des gens poussés par la sécheresse, et elles sont encore plus affaiblies que celles qui viennent de Mogadiscio. Le problème c’est qu’ici, il n’y a pas du tout d’assistance. Les gens ne peuvent que compter sur eux-mêmes ou sur l’aide d’autres [PDI]. »



Une nouvelle vague d’affrontements



Les combats opposant les troupes gouvernementales et les insurgés à Mogadiscio et dans les environs durent depuis des années mais, selon des sources locales, une flambée a provoqué la semaine dernière de nouveaux déplacements, aggravant encore la situation.














Photo: IRIN
Le corridor d’Afgooye a une très forte concentration de PDI et le flot d’arrivants continue à grossir chaque jour, selon la porte-parole du HCR, Roberta Russo

Roberta Russo, porte parole du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, le HCR, a dit à IRIN : « La situation humanitaire dans le corridor d’Afgooye est absolument catastrophique. Cette zone abrite la plus vaste concentration de personnes déplacées du monde entier et le flot d’arrivants continue à grossir chaque jour. Des centaines de milliers de familles désespérées ne reçoivent même pas le strict minimum d’aide pour pouvoir survivre, parce que la région est difficilement accessible aux agences humanitaires, en raison de l’insécurité ».



Selon les estimations des Nations Unies, au moins 2,4 millions de Somaliens ont besoin d’aide dans tout le pays. C’est en particulier le cas des PDI vivant dans les zones contrôlées par Al-Shabab: 410 000 dans le corridor d’Afgoye, 15 200 dans le corridor de Balad [30km au nord de Mogadiscio] et 55 000 à Dayniile, au nord-ouest de Mogadiscio.



L’absence de la principale agence humanitaire onusienne exacerbe la situation des populations démunies dans le corridor d’Afgoye et toutes les autres zones aux mains d’Al-Shabab.



« Les bénéficiaires du Programme alimentaire mondiale (PAM) se trouvent partout en Somalie, sauf dans les zones contrôlées par Al-Shabab, à cause de l’interdiction qui y est imposée [par Al-Shabab] sur les opérations du PAM et son personnel, » a dit le PAM.



Le PAM indique qu’il fournit de la nourriture à un million de Somaliens dans d’autres parties du pays.



Selon M. Abkow, le président du Forum de la société civile somalienne, le problème de l’accès devrait être résolu « intelligemment et d’autre possibilités d’accès devraient être explorées. »



« Certains Somaliens, des religieux, des anciens traditionnels et d’autres, pourraient distribuer l’aide humanitaire partout. Il suffit de trouver la bonne personne ou le bon groupe. Je sais que ce n’est pas facile, mais rien dans ce pays n’est facile, » a t-il ajouté.



Une source de la société civile, qui a demandé à rester anonyme, a dit à IRIN que les agences humanitaires devraient être « plus créatives et plus flexibles », si elles veulent aider ceux qui sont dans le besoin.



« Elles ne peuvent pas dire : “Nous abandonnons parce que la majorité des personnes dans le besoin vivent dans des zones qui sont aux mains d’Al-Shabab”; ne pas les aider revient à les condamner à mort, » a dit cette source.



Une personne déplacée, Fatuma*, a dit à IRIN que depuis que les agences humanitaires avaient quitté les camps, la situation de sa famille s’était détériorée.



« Tout d’abord l’aide alimentaire a disparu, puis l’eau, et maintenant je ne peux même plus aller à Mogadiscio pour y trouver du travail, » a t-elle dit, ajoutant que les affrontements et le coût élevé des transports avaient restreint ses déplacements pour gagner « même un tout petit peu. Tout semble ligué contre nous. »



* un nom d’emprunt



ah/mw – og/amz