L’éducation contre toute attente

Dans le nord de la République centrafricaine (RCA), des décennies de violences politiques ont causé beaucoup de destruction et de nombreux déplacements. Le secteur de l’éducation a été gravement touché par une sévère pénurie d’enseignants et d’infrastructures adéquates. Pour des milliers d’enfants, la classe ne se déroule pas dans de solides bâtiments en briques, mais dans des « écoles de brousse » rudimentaires.



« Les besoins sont immenses et les fonds insuffisants. Il faut plus d’infrastructures appropriées et plus d’enseignants qualifiés. A cause de difficultés dans les régions touchées par le conflit dans le nord, des disparités en terme d’accès et de qualité s’accentuent », a dit à IRIN Farid Boubekeur, chargé de l’éducation au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en RCA.



Pour 200 élèves de l’école primaire Ouande, dans le village de Linguiri de la sous-préfecture de M’Brès, dans le nord-est du pays, les leçons se déroulent sous un grand arbre en dessous duquel chaque pupitre en bois est partagé par cinq élèves.



Comme les arbres protègent du soleil mais pas de la pluie, les cours s’interrompent durant la saison des pluies, principalement de mai à octobre. Et à cause du manque d’espace, les enfants doivent alterner classes du matin et sessions de l’après-midi.



« Depuis que l’école a été brûlée par un feu de brousse fin 2010, nous avons décidé de faire classe dehors. Nous pensions qu’il s’agirait d’une solution temporaire. Mais nous ne savons pas si, et quand, nous trouverons de l’argent ou quelqu’un pour financer une nouvelle structure », a dit à IRIN Yama Bakeret Vassor, le directeur de l’école.



Alors que les financements sont recherchés par le biais d’agences humanitaires et du gouvernement local, les parents contribuent avec des briques à la construction d’un nouvel édifice.



« Nous avons commencé à apporter soit des briques soit de l’herbe pour le toit, que nous empilons à l’endroit où la nouvelle école doit être construite. Mais en ce moment, il n’y a pas d’eau ni de latrines là où les enfants suivent les cours et depuis des mois, la distribution de nourriture s’est arrêtée », a dit à IRIN David, père d’un élève.



De nombreux élèves qui vont à l’école dans cette région ont été forcés de fuir leur maison à cause du conflit entre les groupes de rebelles et les forces gouvernementales, et ils vivent désormais dans des campements de fortune dans et autour du village.

« A cause de la peur des attaques des rebelles, les enseignants nommés par le gouvernement refusent d’être muté ici », a expliqué M. Vassor à IRIN.



Selon l’UNICEF, il y a plus de 5 000 enfants en âge de fréquenter l’école primaire et un total de 19 écoles dans la préfecture, dont 10 construites en matériaux semi-périssables. Parmi les 76 enseignants, 40 sont des parents d’élèves, sans aucune qualification.



L’école Ouande a deux enseignants, tous les deux sous contrat avec le gouvernement, et un stagiaire, ce qui correspond aux statistiques de pays montrant une moyenne d’un enseignant pour 94 élèves. Contrairement aux deux enseignants qui touchent un salaire de 60 000 FCFA (120 dollars), les stagiaires travaillent gratuitement.



« Trouver des enseignants qui veulent travailler dans cette région est très difficile. Mais les parents d’élèves nous soutiennent énormément et ils contribuent volontairement à hauteur de 100 FCFA (50 cents) chacun pour soutenir l’enseignant stagiaire », a dit l’un des enseignants.



Les agences humanitaires ont aidé à construire 800 écoles dans le nord-ouest, les deux-tiers étant des « écoles de brousse », et elles ont donné des formations de base à l’enseignement à environ 2 000 parents.



cp/mw-sk/amz