Des signes encourageants pour la démobilisation des enfants soldats

Le plan d’action récemment négocié par les Nations Unies avec le gouvernement afghan – qui a été signé le 30 janvier et interdit l’utilisation d’enfants soldats dans les forces armées – ne s’est pas encore traduit par une démobilisation. Il a cependant permis de mettre l’accent sur le rôle des acteurs étatiques dans le recrutement d’enfants.



Il existe actuellement peu de gouvernements dans le monde qui recrutent et utilisent des enfants dans leurs forces armées. La Coalition contre l’utilisation d’enfants soldats (Coalition to Stop the Use of Child Soldiers, CSUCS), basée à Londres, considère le Tchad, la République démocratique du Congo (RDC), le Myanmar, la Somalie et le Soudan comme les « cinq véritables contrevenants », selon Lucia Withers, responsable des programmes internationaux de la CSUCS.



Avant l’Afghanistan, Radhika Coomaraswamy, la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour les enfants et les conflits armés, avait supervisé en janvier 2009 la signature d’un plan d’action similaire avec l’Ouganda. La mise en œuvre du plan s’était faite « très rapidement », a dit à IRIN Mme Coomaraswamy, ajoutant que la supervision des Nations Unies permettait d’assurer la démobilisation des enfants dans un délai maximal de 18 mois.



Mme Coomaraswamy s’attend à une intervention rapide en Afghanistan.



« Les États ont tendance à agir beaucoup plus rapidement – ils ont un objectif et souhaitent généralement se conformer aux normes internationales », a expliqué Mme Coomaraswamy. Elle s’attend à ce qu’un accord similaire soit conclu avec le Tchad au cours des prochains mois. Par ailleurs, le Premier ministre somalien a lui aussi manifesté en novembre sa volonté d’élaborer un plan d’action.



« Les Nations Unies doivent négocier avec des gouvernements difficiles et peu de plans d’action ont été signés », a dit Mme Withers. « Les progrès actuels sont beaucoup plus lents qu’on le souhaiterait ».



Des négociations avec le gouvernement du Myanmar ont été menées en 2009 et en 2010. Mme Coomaraswamy espère que des avancées seront possibles en cette année postélectorale.









« Les Nations Unies doivent négocier avec des gouvernements difficiles et peu de plans d’action ont été signés. Les progrès actuels sont beaucoup plus lents qu’on le souhaiterait »

Des plans d’action ont été adoptés par un nombre beaucoup plus important de factions militaires non gouvernementales dans plusieurs pays, notamment en Côte d'Ivoire, au Népal, aux Philippines, au Soudan, en République centrafricaine (RCA), au Burundi et au Sri Lanka.



« Peu contraignant »



Les plans d’action négociés par les Nations Unies peuvent être plus efficaces que d’autres mesures comme le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant, un protocole approuvé par l’Assemblée générale des Nations Unies qui fixe à 18 ans l’âge minimum pour le recrutement au sein de groupes armées et la participation directe aux hostilités.



Si l’Afghanistan fait partie des 138 pays qui ont ratifié le protocole, le pays n’a pas encore déposé le rapport qu’il aurait dû remettre il y a 6 ans au Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, une exigence normale pour tous les pays qui ont adhéré au Protocole.



« Le problème avec le Protocole facultatif, c’est qu’il n’y a aucune conséquence prévue en cas de non-respect. On compte sur les états, les organisations non gouvernementales (ONG), les Nations Unies et d’autres pour faire pression sur les États afin qu’ils assument leurs obligations, mais il n’y a aucune sanction associée. Ce genre de traité sur les droits de l’homme est très peu contraignant », a dit Mme Withers.



Lorsqu’un gouvernement ou un groupe armé ne respecte pas un plan d’action, il risque de figurer sur la liste annuelle de dénonciation du Secrétaire général des Nations Unies et d’encourir des sanctions.



Énigme afghan



Les militants pour les droits des enfants estiment que l’intervention rapide du gouvernement afghan est une réussite, mais il semble que l’ampleur du problème – si l’on en juge par les preuves photographiques et les discussions que des responsables des Nations Unies ont eues avec des soldats mineurs – était moindre que dans d’autres pays au départ.



Selon un travailleur humanitaire en Afghanistan qui a préféré garder l’anonymat, il n’existe aucune donnée précise permettant de connaître le nombre d’enfants enrôlés dans les forces armées ou la police afghane, ou dans des groupes armés non-étatiques.



« Je doute que quelqu’un en connaisse le nombre », a dit le travailleur humanitaire. « Mais il y a beaucoup de demandes pour augmenter le nombre de soldats et de policiers en Afghanistan, et il y a des pressions pour recruter. Cela semble malheureusement toucher les couches plus pauvres de la société... Lorsqu’il y a une augmentation du nombre de recrues, il y a aussi une hausse de la proportion de mineurs »



Mme Coomaraswamy a dit que son bureau espérait également établir le contact avec des acteurs non-étatiques en Afghanistan.



al/cb – gd/amz