Le choléra fait huit victimes à Abidjan

Selon les experts sanitaires et les habitants, le manque d’hygiène, aggravé par les tas d’ordures qui continuent à s’empiler, est en grande partie responsable de l’épidémie de choléra de saison sèche à Abidjan, la plus grande ville de Côte d’Ivoire ; une épidémie qui a tué huit des 61 personnes infectées.



Cette maladie diarrhéique s’attrape par le biais d’eau ou d’aliments contaminés, généralement durant la saison des pluies, quand les inondations peuvent contaminer les ressources en eau, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Mais des épidémies peuvent également se produire, dit l’OMS, durant la saison sèche.



Le premier cas – dans le quartier d’Adjamé à Abidjan (un quartier pauvre qui a été la scène de graves violences postélectorales dans les dernières semaines) - a été enregistré à la mi-janvier. Le plus gros des pluies s’était terminé en novembre. Le choléra a aussi affecté le quartier de Williamsville.



« Dans cette région [l’Afrique de l’Ouest], il reste des poches de pauvreté où l’hygiène est insuffisante et où nous voyons de temps en temps des épidémies, » a dit à IRIN Mamadou D. Ball, représentant de l’OMS pour la Côte d’Ivoire. « La bactérie du choléra est toujours présente. »



Le mauvais état de l’assainissement dans beaucoup de quartiers d’Abidjan favorise sa diffusion. Sandrine Touré, assistante sanitaire à Williamsville, a dit à IRIN : « Regardez simplement tout le long de la rue : les gens vendent de la nourriture, juste à côté de ces infects écoulements d’égouts. Malheureusement, ça ne perturbe pas les consommateurs. »



Elle voit souvent, a t-elle dit, des enfants qui mangent juste après avoir joué dans les ordures et « même ici , dans la capitale économique », beaucoup de gens n’ont pas accès à une eau potable salubre.



Impasse politique et entassement des ordures



Certains habitants, dont un infirmier du quartier d’Attécoubé à Abidjan, blâment l'impasse politique.



« Cette épidémie de choléra peut s’expliquer par toutes ces ordures qui s’accumulent, » a dit à IRIN l’infirmier Firmin Kouamé Bi. « Cela fait maintenant des semaines que certains coins d’Abidjan croulent sous les tas d’ordures ménagères et il semble que tout le monde s’en fiche complètement… Nous l’avons signalé plusieurs fois aux autorités, mais avec la crise actuelle, il n’y a pas vraiment d’autorité à qui s’adresser et les gens sont condamnés à vivre avec les ordures. »



Même si les familles savent que les maladies infectieuses sont liées à de mauvaise conditions sanitaires, le choléra n’est pas la première préoccupation des gens à cette époque de l’année, a dit Soumaïla Traoré. « Certaines communautés font preuve d’une certaine négligence. Avec les tas d’ordures, les gens savent que les risques de maladie sont réels. Mais personne ne parle de choléra en cette période de l’année. »



Christine Adjobé, ministre de la Santé du gouvernement de Laurent Gbagbo, a dit le 26 janvier aux journalistes que les malades atteints de choléra ont été soignés dans les hôpitaux locaux. Le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (l’UNICEF) et l’OMS travaillent avec les autorités sanitaires locales pour soigner les patients et faire passer aux communautés des conseils de prévention.



Ces agences disent qu’elles vont fournir aux communautés affectées 250 000 savonnettes et cinq kits de traitement du choléra - ce qui est suffisant pour soigner un millier de personnes – et [diffuser] 3 000 posters avec des conseils de prévention. « Le choléra peut tout à fait être évité, mais nous devons agir rapidement pour échapper au pire, » a dit dans un communiqué Sylvie Dossou, représentante adjointe de l’UNICEF en Côte d’Ivoire.



Le choléra se soigne facilement avec des sels de réhydratation orale. « Nul ne devrait mourir du choléra, » a dit M. Ball de l’OMS.



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